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Dans d’autres ligues professionnelles nord-américaines, il arrive que des officiels doivent répondre aux questions des journalistes à la suite de décisions controversées, ou en tout cas pour apporter un éclairage nécessaire à des situations nébuleuses. La Ligue nationale de hockey (LNH) a entrouvert timidement la porte à une telle possibilité jeudi, lors d’une conférence de presse donnée par son commissaire Gary Bettman.
Celui-ci répondait aux questions des journalistes avant le début du match no 3 opposant les Sénateurs d’Ottawa aux Hurricanes de la Caroline – il a été question de la situation inusitée, lors du 2e match, quand sur la même séquence, un but a été refusé, et un tir de pénalité a été décerné, et ce, en prolongation.
Le livre des règlements donnait entièrement raison aux arbitres. D’abord, sans ambiguïté, le but de Mark Jankowski devait bel et bien être invalidé en raison d’une entrée de zone escamotée.
Puis, lorsqu’une séquence est annulée en raison d’un hors-jeu, les règlements de la LNH prévoient toutefois que des pénalités encourues à la suite de l’entrée de zone demeurent valides.

Jordan Martinook n'a pas réussi à déjouer Linus Ullmark lors du tir de pénalité, mais il a tout de même inscrit le but vainqueur quelques instants plus tard.
Photo : Getty Images / Jared C. Tilton
Cela peut paraître un peu incohérent, car lorsqu’une séquence est annulée en raison d’un hors jeu raté, le cadran est reculé jusqu’au moment de la faute manquée. Et tout ce qui s’est produit ensuite s’en retrouve effacé. Tirs, mises en échec, buts… n’apparaissent à aucun registre, et se ramassent à jamais dans les limbes.
Exception faite pour une statistique : les pénalités.
Le règlement est ainsi pensé pour protéger les joueurs, et empêcher des malintentionnés de profiter de cette étrange déchirure spatio-temporelle pour frapper un adversaire en toute impunité. Un joueur qui accroche un autre après un hors-jeu manqué sera donc pénalisé, soit par un deux minutes, ou par un tir de punition.
Il n’y a aucun passe-droit en matière de pénalités. C’était quelque chose que nous, avec les directeurs généraux, lorsque la règle a été élaborée, jugions très important, a précisé le commissaire Bettman.
Le responsable de l’arbitrage chez Hockey Québec, François Fortin, confirme que ses confrères ont bien appliqué le règlement. De ce que j’ai vu de la situation en Caroline, dans la chaîne d’événements, les arbitres ont chaque fois pris la bonne décision, dit-il.
Mais ce sont des situations très rares, affirme celui qui a arbitré 13 saisons dans la LHJMQ, et 3 autres dans la LNAH.
En vingt ans d’expérience, François Fortin ne se souvient pas d’avoir arbitré une telle séquence. Mais il répète d’autres situations farfelues qui peuvent se produire, en conformité avec les règlements. On peut penser à une séquence où la rondelle entre dans le filet, mais que l’arbitre ne s’en aperçoit pas. Quinze secondes plus tard, l’équipe qui a marqué écope d’une pénalité. À l’arrêt de jeu, on constate qu’il y a un but, mais l’équipe qui a marqué va quand même se retrouver ensuite en désavantage numérique.
L’amateur moyen qui ne possède pas le livre des règlements de la LNH sur sa table de chevet peut rester bouche bée devant ces improbables séquences. Cela a d’ailleurs été souligné en conférence de presse auprès de Gary Bettman. Est-ce que la ligue pourrait mieux communiquer ses décisions? Des partisans en Caroline se préparaient par exemple à quitter le match, lors du but refusé de Jankowski.
Lors de cette situation particulière, les joueurs n’ont pas quitté la glace. Ça devrait être un bon indice que quelque chose se passait et de rester attentif , a indiqué Bettman. Ce que nous avons vu l’autre soir était une situation assez unique. Je pense que cela a été géré adéquatement. Le fait que certains partisans soient partis ou qu’il y ait eu un moment de confusion ne remet pas en cause le processus ou les procédures. À mon avis, tout le monde a fait ce qu’il devait faire.

Le commissaire de la LNH, Gary Bettman
Photo : Associated Press / Damian Dovarganes
Est-ce que la ligue pourrait imiter la NBA et la NFL et rendre disponibles des officiels pour répondre aux questions des journalistes? C’est une idée qui a été discutée, a admis du bout des lèvres Gary Bettman. Nous pensons que notre façon de faire fonctionne bien. L’objectif est d’éviter toute confusion ou incohérence, autant dans la compréhension de ce qui s’est passé que dans l’application des règles. Lorsqu’il y a de la confusion, nous fournissons des explications à partir de la salle de situation pour clarifier les choses.
François Fortin croit qu’une pareille initiative pourrait effectivement apporter plus de transparence, mais craint qu’elle n’expose trop les arbitres. On veut protéger les officiels. Il faut voir dans quel cadre cela serait proposé. On sait que les gens sont vifs à réagir, quand ils ne sont pas contents.
Il y a aussi une réalité opérationnelle à prendre en compte. Les arbitres sont formés pour arbitrer sur la glace. Est-ce qu’ils ont les habiletés de communication requises pour faire ce travail en plus?, se demande-t-il. Ils sont très bons pour comprendre les règlements, pour l’interpréter. Mais est-ce que ça veut dire qu’ils seraient bons aussi pour bien l’expliquer?
Gary Bettman s’en remet au travail des spécialistes dans la « Situation Room » (salle de crise, NDLR), chargée par exemple de réviser des buts ou des séquences lors des matchs, qui produisent aussi des vidéos explicatives lorsque surviennent des situations particulières. Dans tels cas, tout le monde devrait juste prendre une grande respiration, et laisser la Situation Room répondre. Elle ne peut pas répondre aux questions sur un enjeu en même temps qu’elle est en train de le traiter, dit-il
François Fortin ne croit pas non plus que le travail de communication de la ligue devrait incomber aux hommes zébrés. En séries, il y a un superviseur de la ligue assigné à chaque match. Je pense que ça pourrait être cette personne qui pourrait être appelée à répondre aux questions des journalistes, par exemple.


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