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Le Premier ministre britannique Andy Burnham a reçu jeudi le président français Emmanuel Macron à Downing Street pour leur première rencontre bilatérale. La veille, les deux dirigeants, accompagnés du roi Charles III et de la reine Camilla, avaient parcouru la tapisserie de Bayeux au British Museum. Cette tapisserie a été prêtée par la France pour la première fois en plus de neuf siècles.
Ce qui était présenté comme une mission culturelle a rapidement débouché sur des discussions pour un régime anti-immigration plus draconien dans la Manche. La broderie de 70 mètres commémore la conquête normande de 1066, une invasion armée de l'Angleterre menée sur des bateaux traversant la Manche. En l’espace de 24 heures les deux gouvernements annonçaient une opération de grande envergure des forces anti-émeutes afin d'empêcher les personnes désespérées fuyant la guerre et la misère d'effectuer cette même traversée à bord d'embarcations pneumatiques.
Outre la question migratoire, les discussions ont porté sur l'intensification de la guerre contre la Russie en Ukraine et sur des propositions visant à protéger les entreprises britanniques et européennes face à une guerre commerciale grandissante.
Cette rencontre était la première entre les deux dirigeants depuis qu'ils ont coprésidé le rassemblement anti-russe de la Coalition des volontaires à Kiev le 24 août, marquant le 35e anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine, et elle intervient dans un contexte d’amplification des tensions avec Moscou.
Le compte rendu du cabinet du Premier ministre indiquait que les deux hommes avaient «discuté des prochaines étapes de la mise en place de chaînes d'assemblage locales en Ukraine pour le missile à longue portée SCALP, qui utilise la technologie britannique». Burnham avait profité de sa visite à Kiev – son premier voyage à l'étranger en tant que Premier ministre – pour promettre la déclassification d'informations militaires sensibles permettant à l'Ukraine de fabriquer des composants pour ce missile, connu dans l'armée britannique sous le nom de Storm Shadow.
S'exprimant au British Museum, Macron a déclaré que le soutien du Royaume-Uni «comptait, tout comme notre action commune au sein de la Coalition des volontaires pour l'Ukraine », en évoquant notamment le transfert de technologie de missiles. Burnham a déclaré aux journalistes français: « Nous avons peut-être eu un changement de Premier ministre en Grande-Bretagne, mais pas de changement de cap » concernant l'Ukraine, soulignant que le départ de son prédécesseur travailliste, Keir Starmer, n'avait rien changé à la politique de guerre de l'impérialisme britannique.
Les dirigeants ont également évoqué l'escalade du conflit contre l'Iran, le compte rendu faisant état de « la nécessité d'assurer une désescalade dans le détroit d'Ormuz », où une mission navale franco-britannique est envisagée alors que les frappes américaines se poursuivent.
Lors de la séance de questions au Premier ministre la veille, Burnham avait déclaré aux députés que « le prêt de la tapisserie est un excellent exemple de coopération franco-britannique, la même coopération qui nous a permis de réduire les traversées estivales en petites embarcations ».
Le communiqué de Downing Street indiquait que le Premier ministre « remerciait le président Macron pour le prêt de la Tapisserie par la France, qui, selon lui, symbolisait les liens communs entre le Royaume-Uni et la France », et constituait « une déclaration d'unité dans un monde de plus en plus divisé ». Ce même communiqué célébrait l'Europe forteresse, où les migrants étaient empêchés d'entrer grâce à des clôtures frontalières, des barbelés et des refoulements.
La coopération entre le Royaume-Uni et la France portait « clairement ses fruits », a déclaré Burnham, et il était « désormais essentiel » que ce succès « soit étendu à toute l'Europe pour dissuader l'immigration clandestine ». À l'issue des discussions, il a déclaré aux journalistes : «Cela montre ce que la collaboration peut accomplir, tout comme nous le démontrons également à propos de l'Ukraine, des petits bateaux et du renforcement des relations entre le Royaume-Uni et l'UE.»
Un communiqué de presse publié à l'occasion de cette visite annonçait le déploiement d'une équipe renforcée de 45 gardes-frontières sur les plages des côtes du nord de la France, triplant ainsi les effectifs présents sur place. Par ailleurs, une unité spécialisée du renseignement et de la justice française a vu ses effectifs passer de 18 à 30 agents; une autre unité de 75 agents est déployée dans le nord de la France, portant le total des effectifs mobilisés à près de 1 050. Ce déploiement fait suite à celui, plus tôt cet été, d'une unité anti-émeute de 50 hommes, formée, selon les termes du gouvernement Starmer de l'époque, et « mieux équipée pour faire face aux foules hostiles et à l'évolution des tactiques des passeurs, et pour stopper net les migrants clandestins».
Au début des pourparlers, Burnham s'est vanté sur X: «voici les faits » a-t-il dit, citant le «plus faible nombre d'arrivées estivales par petites embarcations depuis 2020», le renvoi de «plus de 80 000 personnes qui n’ont pas le droit d’être ici», les retours annuels « à leur plus haut niveau depuis 2016 » et «deux fois moins de demandeurs d'asile hébergés dans des hôtels que l'an dernier». Insistant sur le fait qu'il ne fallait «pas se relâcher», il s'est engagé à «rétablir l'ordre et le contrôle à nos frontières».
La ministre de l'Intérieur, Shabana Mahmood, a déclaré que l'accord franco-britannique de 660 millions de livres sterling «portait ses fruits», se félicitant que plus de 48 000 tentatives de passage aient été empêchées depuis les élections législatives de 2024 et que les expulsions atteignaient des niveaux «records». Le Parti travailliste de Burnham fait concurrence à l'extrême droite sur son propre terrain, déplaçant le discours politique toujours plus à droite.
Les médias de tous les bords politiques ont relayé ce récit. La BBC a rapporté que les « méga-embarcations » — aperçues pour la première fois début août, dont une embarcation de 15 mètres de long transportant un nombre record de 230 migrants — constituaient « sans doute le défi le plus urgent auquel les deux pays sont confrontés ».
GB News, l'équivalent britannique de Fox News aux États-Unis, a déploré que le taux d'interception ait à peine évolué depuis la signature de l'accord.
Le Sun a qualifié les 45 policiers en France de policiers «à ne rien faire»; le Daily Mail a demandé: «C’est tout?», soutenant qu’il y avait des informations que les policiers français armés regardaient les bateaux chargés dans de l’eau à hauteur de genoux avec ordre de ne pas intervenir.
La ministre d’État à la sécurité des frontières, Anna Turley, a réagi sur les ondes de BBC Radio 4, dans l'émission Today, en expliquant que les 45 policiers n'étaient qu'une partie des plus de 1 000 agents déployés sur les plages du nord de la France et « intervenant » désormais «concrètement » dans l’eau. Elle a présenté des images vidéo « montrant les policiers s'approchant des embarcations, les crevant, repoussant les personnes présentes, essuyant des jets de pierres et de briques et faisant face à de nombreuses résistances, donc ils interviennent ».
Reuters a rapporté que Burnham et Macron ont également discuté de la volonté de la Grande-Bretagne de se rapprocher de l'Europe. Cet élément est au cœur du discours de Burnham auprès de la classe dirigeante: il affirme pouvoir garantir aux entreprises britanniques l'accès aux marchés européens, refusé à ses prédécesseurs, et redresser une situation économique gravement affaiblie depuis la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne en 2020, suite au référendum sur le Brexit de 2016.
Mais ces marques de courtoisie masquaient un conflit grandissant entre le capital britannique et les entreprises opérant au sein de l'UE, chacune poursuivant sa propre politique protectionniste. Le compte rendu de Downing Street reconnaissait que Burnham «avait exposé comment le programme 'Made in Europe' pourrait poser des défis importants à l'industrie britannique».
Le Financial Times a rapporté qu'il avait cité la sidérurgie et l'agriculture parmi les secteurs qu'il souhaitait protéger du plan d'approvisionnement « Made in Europe » de Bruxelles — lui-même dirigé contre la concurrence chinoise — tout en maintenant les « lignes rouges » du Parti travailliste contre le marché unique ou une union douanière.
La France a été parmi les plus farouches opposants à la participation britannique au fonds de défense «Action pour la sécurité en Europe» de 150 milliards d'euros et à un fonds d'investissement européen de 5 milliards d'euros destiné aux jeunes entreprises technologiques.
Londres recherche une exemption aux règles de l’«acheter européen» prévues par la loi européenne sur l'accélération industrielle, prévenant que 12 milliards d'euros d'importations annuelles de pièces automobiles seraient «menacées».
Le Financial Times a relevé la réaction de la Chambre de commerce britannique (BCC), qui avait «averti que les termes de l'accord, tels qu'ils étaient rédigés, menaçaient la compétitivité de l'industrie automobile britannique, ainsi que de certains secteurs de la chimie, des combustibles nucléaires et de l'hydrogène». Le journal cite William Bain, responsable de la politique commerciale de la BCC, qui insiste: «Les entreprises souhaitent une approche de type “Fabriqué avec l'Europe” et non “Fabriqué en Europe”, et que le rôle essentiel du Royaume-Uni dans les chaînes d'approvisionnement paneuropéennes se reflète dans cette approche, pour notre bien-être mutuel.»
Un responsable de l'UE a répondu: «Les Britanniques cherchent à faire des compromis avec des idées mal ficelées. Je pense que cela n’aboutira pas».
(Article paru en anglais le 4 septembre 2026)


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