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Vous connaissez bien cette sensation de brûlure qui remonte dans l'œsophage après les repas, lorsque vous vous penchez en avant ou lorsque vous êtes allongé ? C'est ce qu'on appelle un « pyrosis ». Celle-ci s'accompagne souvent de remontées acides atteignant la gorge ; ce sont les fameuses régurgitations. Ces deux symptômes - pyrosis et régurgitations - sont typiques d'une maladie très répandue dans la population : le reflux gastro-œsophagien ou RGO.
Une enquête de La Presse Médicale menée en 2006 sur 8000 adultes a révélé que 1 Français sur 3 en présentait un RGO et que près de 8 % de la population souffraient chaque jour ou chaque semaine de brûlures d'estomac.
Des signes parfois atypiques et trompeurs...
On parle de RGO lorsqu'une partie du contenu de l'estomac (le mélange d'acide gastrique, de pepsine, de bile, d'enzymes pancréatiques, etc.) remonte régulièrement dans l'œsophage en perturbant la vie de tous les jours. Selon le Dr Martine Cotinat, gastro-entérologue et auteure du livre Stop aux brûlures d'estomac, publié chez Thierry Souccar Éditions, parfois le RGO ne se traduit pas seulement (et parfois même pas du tout !) par cette très désagréable sensation de brûlure dans l'œsophage, mais aussi par des signes atypiques et trompeurs :
- douleurs à l'estomac,
- nausées,
- blocages alimentaires (dysphagies),
- douleurs thoraciques,
- toux chronique,
- voix enrouée, cassée ou aphone,
- douleurs d'angine,
- sensation d'avoir un corps étranger dans la gorge,
- bronchite chronique...
À suivre de près
Ces symptômes méritent que vous consultiez. Car même si le reflux gastro-œsophagien est une maladie considérée comme bénigne, elle peut donner lieu à des complications parfois sérieuses. La plus fréquente : l'œsophagite érosive, une inflammation de la paroi de l'œsophage accompagnée d'ulcérations superficielles peu étendues que l'on retrouve chez 30 à 40 % des « reflueurs » réguliers.
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Autres complications, plus problématiques, mais heureusement plus rares :
- les ulcères de l'œsophage ;
- la sténose, qui est liée à une cicatrisation fibreuse d'une ulcération et qui peut entraîner des blocages alimentaires ;
- l'endobrachyœsophage, qui est une transformation du tissu œsophagien secondaire à une cicatrisation anormale d'une ulcération, et qui augmente fortement le cancer de l’œsophage.
Face à ces symptômes, le médecin prescrit généralement une endoscopie pour vérifier s'il existe des lésions de l'œsophage, une pH-métrie (mesure de l'exposition de l'œsophage à l'acidité), une manométrie œsophagienne ou un test thérapeutique (pour tamponner l'acidité et voir si les douleurs persistent).
Défaillance du sphincter anti-reflux, vidange gastrique ralentie, mais aussi stress, obésité, tabagisme… Les causes du reflux sont multiples. © ggie, Adobe Stock
Quelles sont les causes ?
La physiopathologie du reflux gastro-œsophagien est relativement complexe et partiellement comprise. Généralement, plusieurs facteurs concourent à son apparition :
- un terrain génétique favorable ;
- une défaillance du sphincter anti-reflux (situé à la jonction de l'œsophage et de l’estomac) ; celui-ci va se relaxer anormalement durant 15 à 45 secondes sous l'effet des distensions gastriques ;
- des anomalies de la motilité œsophagienne ;
- un retard de la vidange gastrique ;
- une hernie hiatale (lorsque la partie supérieure de l'estomac remonte au-delà du diaphragme) ;
- une altération des capacités de la paroi de l'œsophage à s'auto-nettoyer (on parle de mauvaise « clairance » œsophagienne) ;
- salivation insuffisante (la salive est riche en bicarbonates capables de « tamponner » - donc de diminuer - l'acidité gastrique).
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Selon une étude publiée dans Computational and Structural Biotechnology Journal, il semblerait également qu'un déséquilibre du microbiote œsophagien soit à l'origine d'une stimulation des voies inflammatoires de la muqueuse qui pourrait amplifier l'inflammation et chroniciser le RGO. Plusieurs études ont par ailleurs démontré que la présence de certaines souches bactériennes (Clostridiales, Lachnospiraceae, Methanobrevibacter, Actinobacteria...) dans le microbiote intestinal exerçait un effet protecteur contre le RGO, alors que d'autres bactéries des familles ou des genres Mollicutes, Anaerostipes ou Tenericutes, représentaient des facteurs de risque.
Les facteurs favorisants ou aggravants
Plusieurs facteurs de risque, sur lesquels il est possible d'agir, peuvent favoriser ou aggraver les causes du reflux :
- l'obésité, surtout quand elle est située au niveau viscéral : en augmentant la pression intra-abdominale, celle-ci va augmenter non seulement la pression gastrique, mais également le temps d'exposition à l'acide de l'œsophage et les relaxations du sphincter œsophagien ;
- certains aliments, tels que le chocolat, la caféine, l'alcool ou les produits gras : ils contribuent chez certaines personnes à affaiblir le tonus du sphincter œsophagien et à favoriser le passage d'acide depuis l'estomac ;
- les boissons gazeuses : elles augmentent la distension gastrique, mais aussi la relaxation du sphincter, tout en diminuant son tonus de base ;
- le tabac et l'alcool : comme les aliments précédents, ils contribuent à exacerber le reflux en diminuant la pression au niveau du sphincter œsophagien ;
- les anti-inflammatoires et l'aspirine : ces médicaments augmentent les espaces entre les cellules de l'œsophage et favorisent l'ulcération ;
- le stress chronique : il favorise la production de cortisol, une hormone connue pour diminuer le tonus du sphincter de l'œsophage, il ralentit la vidange gastrique, il augmente la production d'acide gastrique et il augmente la sensibilité de l'œsophage à la douleur.


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