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Un immense monastère à vendre pour seulement 1 $ ? Derrière cette offre spectaculaire publicisée ces jours derniers se cache une saga judiciaire et politique qui ne cesse de s’alourdir — et un immeuble qui continue de se dégrader.
Son propriétaire, le promoteur André St-Martin, cherche à s’en départir afin de ne conserver que le vaste terrain adjacent, où il projette de construire des logements. Il qualifie ce bâtiment patrimonial de « cancer » et affirme avoir offert de le céder au gouvernement pour 1 $. Relayée par le Journal de Montréal, l’offre aurait suscité « une vingtaine de manifestations d’intérêt » dans le public, dit-il, mais, toujours selon lui, « c’est le ministère qui bloque ».
Or, le promoteur doit déjà près de 1 million de dollars à l’État en lien avec ce dossier. En avril 2023, à Joliette, la Cour supérieure a donné raison au ministère québécois de la Culture et des Communications (MCC) dans le litige l’opposant au propriétaire pour défaut d’entretien. Faute de paiement, l’État a entrepris d’autres recours.
M. St-Martin n’a pas renoncé pour autant à son idée de démolir le bâtiment. « Le monastère, il est désuet. Les sœurs, elles ne sont pas parties pour rien. »
Il ne cache pas que « c’étaient les terrains qui nous intéressaient », tout en précisant que « si moi, je l’achetais, c’était pour le démolir parce qu’il n’y avait rien à faire avec ». L’État ne partage pas cette analyse.
André St-Martin a tenté de porter la cause devant la Cour suprême du Canada, qui a refusé d’entendre l’affaire. L’homme soutient que ce refus confirme l’absence d’intérêt national du bâtiment, une interprétation qui va à l’encontre de celle du gouvernement du Québec.
L’ancien monastère, construit entre 1933 et 1963, est classé bien patrimonial. Implanté en retrait de la route, organisé autour d’un cloître central et d’une chapelle sobre, il présente une architecture néoromane d’inspiration beaux-arts. Conçu par l’architecte Joseph-Albert LaRue, l’ensemble constitue un exemple représentatif de l’architecture religieuse québécoise du XXᵉ siècle hors des grands centres. Depuis l’acquisition du bâtiment par le promoteur, les lieux n’ont cessé de se dégrader. En entrevue, M. St-Martin affirme que le monastère était déjà en mauvais état lorsqu’il en a fait l’acquisition et que les religieuses avaient tout au plus maquillé les problèmes avec de la peinture fraîche.
Aucune rénovation
Le promoteur affirme avoir dépensé à ce jour des millions de dollars en frais d’avocat et d’expertise. Pourquoi ne pas avoir consacré plutôt cet argent à entretenir le bâtiment ? « Moi, j’ai rien contre le patrimoine », dit-il, tout en évoquant « le gros bon sens » face aux coûts à son sens exagérés que commande la préservation de l’ensemble. « Chaque année, les sœurs dépensaient environ 100 000 $ pour garder le monastère debout. »
Son jugement sur le bâtiment est sans appel : « Il n’y a rien à faire avec. C’est des coûts astronomiques. »
Le MCC a indiqué au Devoir qu’« aucune rénovation n’a été effectuée au monastère par le propriétaire », tout en précisant que « la Loi sur le patrimoine culturel prévoit que tout propriétaire doit assurer la préservation des valeurs patrimoniales de son bien ».
Démolition par abandon ?
L’immeuble pourrait-il finir par s’effondrer faute d’entretien ? « C’est sûr qu’il va se démolir tout seul », affirme sans hésiter André St-Martin.
Le bâtiment a échappé de peu à un incendie criminel en 2022. La Sûreté du Québec rapporte plusieurs intrusions. Du cuivre aurait été arraché, notamment de la toiture. « Je ne vais pas m’asseoir avec une carabine à la porte », lance le propriétaire pour expliquer la dégradation accélérée des lieux.
En 2023, devant le tribunal, une experte du MCC avait parlé au sujet de ce monastère d’une tentative de « démolition par abandon », une stratégie utilisée par des promoteurs immobiliers. Elle consiste à laisser volontairement un immeuble se détériorer jusqu’à rendre la démolition inévitable.
Le MCC a précisé au Devoir que « le propriétaire maintient ses démarches pour démolir l’immeuble ». Le MCC indique par ailleurs que le propriétaire le poursuit désormais « devant le Tribunal administratif du Québec en lien avec le refus d’autoriser la démolition ».
Le promoteur a-t-il l’intention, en attendant, de s’acquitter des frais que la justice lui a ordonné de payer pour les travaux d’entretien réalisés à sa place par l’État ? « Bien, je n’ai pas d’affaires à payer », dit-il. Pourquoi ? À son sens, les travaux faits par l’État ont été mal réalisés et ont ajouté aux problèmes de l’immeuble. « Je me demande qui a inspecté les travaux qu’ils ont faits. […] Ce n’est pas à moi de courir après les entrepreneurs qui ont mal fait les travaux. »
« On a été piégés dans ce dossier, répète-t-il. La vérité va finir par sortir. Ce n’est pas fini ce dossier-là ! Je peux vous le dire. »
M. St-Martin évoque une lettre qui lui aurait été cachée et qu’il entend présenter comme preuve de son bon droit. Il n’a pas l’intention, en tout cas, de renoncer à son projet immobilier.
En raison de la judiciarisation du dossier, le MCC limite désormais ses commentaires publics, a-t-on indiqué au Devoir, tout en précisant que la loi oblige tout propriétaire d’un bien patrimonial classé à en assurer la préservation.


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