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Bourse à mythes

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1. Le bon timing, ou l’anticipation d’une correction. Beaucoup de mythes tournent autour du moment pour entrer et sortir du marché. Il a été dit plus d’une fois qu’acheter au creux et vendre au sommet relève de la chance, du hasard, du pile ou face. Il est vrai que, dans l’anticipation d’une correction imminente, demeurer sur la touche peut relever de la sagesse. Or, si l’on reprend les observations de Banque Nationale Investissements (BNI), un recul d’au moins 5 % se produit pratiquement tous les ans, de 10 % six années sur dix, et de 15 % environ quatre années sur dix. Donc, à force d’attendre, d’hésiter, on peut demeurer sur les lignes de côté fort longtemps.

Pour l’investisseur déjà engagé, « l’histoire donne raison à ceux qui sont résolus à rester investis en dépit de ces fluctuations, alors que même le rendement moyen des années marquées par une correction de 10 % ou plus est positif ». Au demeurant, les périodes de repli peuvent devenir une occasion d’acheter et d’abaisser le prix moyen si les capitaux sont disponibles. « Ainsi, les investisseurs dont l’horizon de placement permet une certaine patience ont probablement intérêt à accepter plutôt qu’à craindre les inévitables périodes de correction, celles-ci étant en quelque sorte le prix à payer pour réaliser ses objectifs de rendement à long terme », écrit BNI.

La croyance selon laquelle une synchronisation habile avec le marché est la clé pour réussir est tenace. Or, ce mythe peut encourager un comportement impulsif et spéculatif et engendrer des frais supplémentaires liés à des transactions fréquentes. On peut retenir qu’un investisseur trop actif a tendance à réagir à la moindre mauvaise nouvelle, à s’en remettre aux vedettes de l’heure et à multiplier les transactions d’achat et de vente.

À long terme, le moment d’entrer perd de son importance. BNI a fait la comparaison entre un investisseur doté du pouvoir prévisionnel parfait et un autre investisseur voué à choisir systématiquement le pire jour possible pour investir chaque année, pendant 30 ans. Au final, le champion du « market timing » aurait surpassé le plus malchanceux d’un léger 1 % par an.

Si on le compare maintenant à un investisseur s’engageant systématiquement au début de chaque mois, ce surpassement devient négligeable, réduit à moins de 1 %. Même en comparant le rendement d’un placement forfaitaire à celui des achats périodiques par sommes fixes, l’histoire enseigne que le premier l’emporte. Il faut en déduire que ce qui importe, c’est le passage du temps.

Cette dernière affirmation nous ramène à cette croyance voulant qu’un investisseur disposant d’un montant initial à investir ait intérêt à étaler son engagement dans le temps et à miser ainsi sur la moyenne d’achat. Il ressort des observations de BNI que, depuis 1980, il aurait été préférable d’investir la totalité du montant immédiatement, 84 % du temps, alors que la décision de répartir l’entrée de façon égale sur douze mois a coûté en moyenne 3 % en rendement perdu (selon un portefeuille équilibré d’obligations canadiennes et d’actions mondiales).

Toujours selon les illustrations de BNI, vendre systématiquement en zone de turbulence pour minimiser, voire éviter, les pertes peut aussi vouloir dire de vendre à bas prix et de rater le rebond qui s’ensuit. Laisser l’émotion prendre le dessus nous fait oublier que les reculs sont une réalité du marché boursier et deviennent souvent l’occasion d’appréciation du capital à long terme.

2. S’attendre au rendement moyen. Le rendement annuel moyen historique à long terme du marché boursier oscillant autour de 10 %, c’est celui auquel l’investisseur est en droit de s’attendre. En réalité, depuis 1957, seules 9 années sur 67 ont vu le marché boursier canadien générer une performance avoisinant la moyenne, à +/- 2 %, nous disent les graphiques de BNI. « Les investisseurs doivent [plutôt] s’attendre à un large éventail de résultats possibles d’une année à l’autre, alors que seul le passage du temps peut mener à un rendement annualisé se rapprochant de la moyenne à long terme du marché. » Autrement dit, « plus le temps passe, plus les chances de converger vers la prime de risque des actions sont grandes ».

3. Éviter les récessions. L’anticipation d’une récession imminente est généralement source de grande volatilité et d’instabilité en Bourse. « Or, si l’on prend du recul par rapport aux fluctuations boursières et que l’on se penche plutôt sur le rendement historique d’un portefeuille équilibré classique au cours des sept dernières récessions, on constate que le rendement moyen fut en fait de -1 %. Pas de quoi se réjouir, mais ça reste loin de la catastrophe financière appréhendée. De plus, n’oublions pas que les récessions ne concernent que 13 % des 53 dernières années. »

4. Contre-performance face à une hausse des taux d’intérêt. Le mythe précédent nous ramène à cette autre croyance voulant que les actions cohabitent difficilement avec une hausse généralisée du taux directeur des banques centrales. Certes, on retient qu’une corrélation négative peut s’établir entre le niveau des taux d’intérêt et le ratio cours-bénéfice accolé à une action, ce qui peut être générateur de volatilité. Cela étant, « ce qui incite les banques centrales à relever leur taux directeur, c’est habituellement une économie forte ; un environnement généralement favorable aux actions ».

BNI retient que, depuis 1996, le rendement total annuel du S&P/TSX est en moyenne de 6,7 % (de 9,7 % pour l’indice de référence américain S&P 500) lorsque la Banque du Canada (ou la Réserve fédérale des États-Unis) augmente au moins une fois le taux directeur. « Bien entendu, ces tendances historiques ne garantissent rien pour une année spécifique, comme en témoigne l’année 2022, dont les circonstances uniques ont conduit à d’importantes baisses. Néanmoins, à long terme, les chances demeurent en faveur des investisseurs patients, indépendamment des hauts et des bas des taux directeurs. »

5. Se coller aux cycles économiques. Bref, les observations précédentes nous ramènent à ce lien de causalité que l’investisseur fait souvent entre rendement boursier et cycle économique. Or, le marché boursier grimpe plutôt sur la base des profits réalisés et anticipés des entreprises et sur l’évolution du ratio coût/bénéfice, soit ce qu’est prêt à débourser l’investisseur pour chaque dollar de profit.

Dans une entrevue au Devoir publiée dans l’édition du 25 février, Vincent Delisle, premier vice-président et chef des marchés liquides à La Caisse, le résume bien. « Ça fait plus de 30 ans que je fais ce métier. Ç’a toujours été très difficile de faire une corrélation entre ce qui se passe à la Bourse et les nouvelles économiques qu’on lit dans les journaux… Même s’il est vrai que la déconnexion est peut-être plus importante depuis la pandémie […]. Si on en revient à la question : pourquoi la Bourse fait-elle si bien depuis quelques années ? Sa performance est dictée presque exclusivement par deux choses : les profits des entreprises et la direction des taux des banques centrales. Ç’a aidé les multiples d’évaluation. »

Voilà donc quelques mythes ou croyances qu’un regard historique permet de défaire, mais qu’il faut confronter à une réalité boursière voulant que le passé ne puisse être garant de l’avenir. Donc, que retenir finalement de tout cela ?

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