«Boum!» C’est par cette onomatopée que Benjamin Roduit (Le Centre/VS) a commencé son discours ce mardi à Berne. «Un seul mot suffit parfois à réveiller des souvenirs», explique le conseiller national, content de son petit effet en conférence de presse. Grand-père de sept petits-enfants, il évoque des familles réunies, toutes générations confondues, le regard tourné vers le même coin de ciel. C’est ce tableau que le comité «Non à l’interdiction des feux d’artifice» entend défendre jusqu’au 29 novembre, sous le slogan «Ce qui nous unit doit rester».
Lancée notamment par la Fondation Franz Weber, l’initiative «Pour une limitation des feux d’artifice» vise à interdire la vente et l’utilisation des pièces pyrotechniques bruyantes. Les cantons pourraient autoriser des exceptions pour des événements d’importance suprarégionale. Le Conseil fédéral et le parlement recommandent de la rejeter, le National par 131 voix contre 50 et les Etats par 40 voix contre 3. Le contre-projet indirect, qui visait à interdire les pétards, a échoué en vote final.
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Pour les opposants, le texte toucherait bien plus que les pétards des particuliers. Ancien conseiller national et conseiller d’Etat neuchâtelois, Jean Guinand préside le conseil d’administration de Sugyp, entreprise de pyrotechnie basée à Corcelles-près-Payerne (VD). Il juge l’initiative «intolérante», car elle ne s’attaque pas aux feux d’artifice en tant que tels, mais au bruit. Or, rappelle-t-il, la fête nationale se célèbre le plus souvent dans les communes. Et un 1er août villageois n’a rien d’un événement suprarégional. Même chose pour Nouvel An.
Le comité «Non à l’interdiction des feux d’artifice» a présenté ce mardi 6 octobre 2026 à Berne ses arguments contre l’initiative soumise au peuple le 29 novembre. — © KEYSTONE/PETER SCHNEIDER / keystone-sda.ch
Les initiants contestent cette lecture. Leur texte ne constitue pas une interdiction absolue, font-ils valoir: les feux silencieux, comme les feux de Bengale ou les volcans, resteraient autorisés, et les grands spectacles publics pourraient être maintenus.
Ancien président de commune, Benjamin Roduit dit avoir lui-même déjà dû interdire des tirs. «Les autorités doivent dire non quand c’est nécessaire», souligne-t-il, plaidant pour «la voie du juste milieu». A ses yeux, l’initiative se trompe de méthode en inscrivant une interdiction dans la Constitution, alors que la vie collective se joue à l’échelle locale. Le conseiller national Edgar Bischof (UDC/AR) abonde: «La tradition n’est pas une pièce de musée». Qui veut la préserver doit faire preuve de prudence, et les cantons comme les communes disposent déjà des outils pour encadrer, autoriser ou interdire.
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Directeur de l’Union suisse des arts et métiers (Usam), Urs Furrer voit dans le texte le symptôme d’une nouvelle tendance dans la société: porter chaque problème au plus haut niveau de l’Etat. «Le bruit est local et doit être réglé de manière locale.» Président des Jeunes PLR, Jonas Lüthy cite l’exemple de la ville de Berne, qui protège sa vieille ville par une interdiction. Il craint qu’un non fédéral pousse les particuliers à commander sur des sites étrangers, alimentant un marché parallèle échappant à tout contrôle.
La branche, elle, se décrit comme «très petite». Daniel Bussmann, président de l’association ProFeuerwerk, l’estime à environ 300 emplois à plein temps, entre producteurs, importateurs et revendeurs. La campagne se jouera essentiellement en ligne. Son budget est encore en cours d’élaboration et sera publié d’ici au 15 octobre, promet-il.
Les opposants partent toutefois avec un handicap: selon les sondages de l’institut gfs.bern cités l’an dernier, près de 70% de la population soutenait l’initiative.
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