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Alors que les plus récentes données de Statistique Canada confirment que la Saskatchewan détient le triste record de la surreprésentation autochtone en milieu carcéral, le gouvernement provincial mise sur une approche novatrice. Dès cet été, un projet pilote de tribunal autochtone verra le jour à Saskatoon avec l’ambition de briser un cycle systémique qui ne cesse de s'alourdir.
Un fossé qui continue de se creuser
Les chiffres de la période 2023-2024 sont sans appel : en Saskatchewan, les membres des communautés autochtones sont incarcérés à un taux 19,4 fois supérieur à celui des non-Autochtones. Cette disparité s'aggrave de manière préoccupante, alors que cet écart s'élevait à 17,7 fois en 2019-2020.
Pour Eleanore Sunchild, avocate basée à Saskatoon, ces statistiques ne sont pas surprenantes. Selon elle, le système actuel manque cruellement d'alternatives adaptées.
Les Autochtones sont la principale composante du système de justice pénale en Saskatchewan, mais il y a un manque criant de services pour eux. La réponse semble toujours être la prison.
Un tribunal conçu par et pour la communauté
Pour répondre à cette urgence, Christeen Shire, porte-parole du système judiciaire provincial, a confirmé que le nouveau tribunal est élaboré selon un processus de coconception guidé par des Aînés.
Ce projet repose sur un partenariat étroit avec les communautés autochtones et les services de soutien aux victimes.
L'objectif affiché par le gouvernement est de s'attaquer de front aux effets intergénérationnels du colonialisme et des pensionnats pour Autochtones. Pour ce faire, la province propose un système de justice culturellement pertinent, à la fois restaurateur et holistique. Ce modèle s'inspire directement du Tribunal autochtone de Calgary, établi en 2019, dont les résultats en Alberta sont jugés probants.
L'approche holistique : guérir plutôt que punir
Contrairement à un tribunal traditionnel axé sur la sentence, cette instance mise sur la participation active du contrevenant, de la victime et de la collectivité.
Krysia Przepiorka, avocate et présidente du Centre de justice autochtone de l'Alberta, explique que cette approche repose d'abord sur un plan de guérison qui, au lieu d'une simple peine, vise à réintégrer la personne dans sa communauté tout en la reconnectant à son héritage culturel.
Ce processus s'inscrit par ailleurs dans le temps long, car il ne s'agit pas d'une solution rapide et peut s'étendre sur plus de deux ans pour certains clients.
Enfin, l'avocate souligne que la finalité demeure la prévention : le succès de la démarche ne se mesure pas à l'issue des accusations, mais au fait que la personne ne revienne plus jamais devant la cour.
Un premier pas vers la réconciliation
Ce projet pilote s'inscrit directement dans l'Appel à l'action numéro 30 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Ce dernier exhortait les gouvernements à éliminer la surreprésentation des Autochtones en détention au cours de la prochaine décennie.
Si les défenseurs des droits des prisonniers saluent l'initiative, ils rappellent toutefois que le tribunal n'est qu'un outil parmi d'autres au sein d'une réforme nécessaire. Pour Sherri Gordon, de l'organisme Beyond Prison Walls Canada Society, il est impératif de trouver des alternatives concrètes à l'incarcération.
Personne ne se réveille le matin en voulant aller en prison. Ce sont des problèmes systémiques qui y mènent les gens.
Le lancement prévu cet été à Saskatoon sera scruté de près par les organisations de défense des droits et les communautés autochtones.
L'espoir demeure que ce modèle puisse, à terme, être étendu à l'ensemble de la province pour transformer durablement le paysage judiciaire saskatchewanais.
Avec les informations d'Alexander Quon


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