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Belgique : « La neutralité scolaire est menacée par un collectif pro-palestinien »

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FIGAROVOX/TRIBUNE - «Enseignons.be», un site soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles à destination des enseignants belges a publié un entretien avec les fondatrices du collectif «Teachers for Palestine». Nadia Geerts, essayiste, critique les propos tenus dans cet article.

Nadia Geerts est essayiste et chroniqueuse. Elle a publié Woke ! La tyrannie victimaire aux Éditions Deville en 2024. 


«Enseignons.be» est un site bien connu de tous les enseignants en Belgique francophone. Ce portail pédagogique en ligne existe en effet depuis 2004 et propose gratuitement des milliers de ressources pédagogiques. Il bénéficie du soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles (FW-B), ce qui lui donne un crédit indéniable auprès des enseignants soucieux d’élaborer des séquences de cours de qualité. Or, un visuel circule ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Figurant une femme voilée entourée de trois enfants souriants, l’un d’eux brandissant un drapeau palestinien. Il illustre un entretien avec les fondatrices du collectif «Teachers for Palestine» annonçant un «article nuancé et profondément actuel» et «une volonté de parler des droits humains sans endoctriner».

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Cet article de Romy Aerts, initialement publié dans la revue L’École démocratique en décembre 2025, est particulièrement interpellant quant à la lecture qu’il propose du devoir de neutralité qui s’impose aux enseignants des réseaux officiels. Pour rappel, l’enseignement belge peut être schématisé ainsi : un réseau officiel et un réseau libre. Le réseau officiel regroupe l’enseignement organisé soit par l’entité fédérée compétente (la FW-B en Belgique francophone), soit par un autre pouvoir public (province, ville, commune). Le réseau libre rassemble les écoles organisées par des instances privées, souvent confessionnelles. Seul l’enseignement officiel est astreint, via le Code de l’enseignement, à la neutralité.

Et celui-ci exige par exemple que «les faits soient exposés et commentés, que ce soit oralement ou par écrit, avec la plus grande objectivité possible». Il enjoint aux enseignants de s’abstenir, devant leurs élèves, « de toute attitude et de tout propos partisans dans les problèmes idéologiques, moraux ou sociaux, qui sont d’actualité et divisent l’opinion publique. (…) De la même manière, il veille à ce que sous son autorité ne se développent ni le prosélytisme religieux  ou philosophique, ni le militantisme politique organisé par ou pour les élèves.»

Quand on interroge ces enseignants de « Teachers for Palestine » sur ses éventuels contacts avec la communauté juive, la seule mention qui en est faite est l’invitation d’un représentant de l’Alliance Juive Anti-Sioniste.

Or, non seulement les porte-paroles de «Teachers for Palestine» interviewées dans cet article s’accordent des libertés considérables avec ce qu’impose le décret, mais encore elles estiment le respecter scrupuleusement, tout en le questionnant. Ainsi, Sara s’interroge : «La neutralité, c’est quoi ? Un enseignant qui étudie le racisme ou le sexisme en classe n’est-il donc plus “neutre” ? La neutralité dont il est question dans les décrets ne concerne pas le discours sur les droits humains, la citoyenneté, l’importance d’un État de droit fort et donc la garantie des traités internationaux. Chaque enseignant est censé défendre ces valeurs. La neutralité nous rappelle que nous enseignons à des groupes pluriels qui ont chacun leurs propres convictions, idéologies, préférences politiques et sont tous également les bienvenus. S’il n’est plus considéré comme «neutre» de défendre des valeurs universelles comme l’idée qu’un enfant a droit à l’éducation, à la sécurité et à un avenir, alors ce n’est pas nous qui sommes le problème.»

Nous voilà au cœur du problème : de bonne foi sans doute, ces enseignants estiment que leur lecture du conflit israélo-palestinien est neutre, qu’elle correspond non pas à leur sensibilité personnelle, mais à ce que devrait raisonnablement défendre toute personne correctement informée. Car le texte légal en matière de neutralité scolaire ne considère évidemment pas que la neutralité consiste à ne jamais prendre parti. S’il enjoint les enseignants à ne pas tenir des propos partisans sur des questions qui divisent l’opinion publique, il fixe également des limites à cette neutralité : «le respect des libertés et des droits fondamentaux tels que définis par la Constitution, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les Conventions internationales relatives aux droits de l’homme et de l’enfant qui s’imposent à la Communauté.»

Et c’est précisément ce flou – non pas dans le chef du législateur, mais dans l’interprétation qu’en font certains – qui permet à Sara d’affirmer que «précisément parce que nous sommes des modèles, nous ne sommes pas neutres. Nous constituons en effet absolument des modèles dans la défense des droits humains, de la citoyenneté mondiale et de l’importance du respect des traités internationaux.»

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Or, il faut rappeler quelques évidences. Affirmer, comme le fait Pauline, qu’«il est très important d’écouter les jeunes, pour qu’ils puissent aussi exprimer ce qu’ils ressentent en voyant un génocide se dérouler sur leur téléphone », ce n’est pas neutre, car le recours au terme «génocide» comme s’il s’agissait de la qualification juridiquement validée des crimes commis par l’État hébreu à Gaza est déjà une prise de position partisane. Lorsque l’auteur de l’article, Romy Aerts, plante le décor en écrivant qu’après les massacres commis par le Hamas le 7 octobre, «Israël réagit avec une brutalité jamais vue et commence, sous le couvert d’une «guerre contre le Hamas», à exterminer le peuple palestinien», il ne s’agit pas d’une formulation neutre, puisqu’elle induit le soupçon qu’Israël ne fait pas ce qu’il prétend vouloir faire – éradiquer le Hamas - mais poursuit en réalité un projet génocidaire.

En réalité, la lecture que fait Sara de la neutralité est édifiante, comme en témoigne ce passage : «dans cette déclaration de neutralité, il n’est dit nulle part que les enseignants ne peuvent pas exprimer des opinions tranchées sur des thèmes comme les droits humains. Au contraire, elle y invite et demande d’y être attentif et de ne pas «endoctriner». Si nous choisissons le 1er septembre de nous vêtir en rouge pour annoncer clairement la couleur auprès de nos collègues et élèves, ce n’est pas la même chose que de donner un 0 à un élève parce qu’il aurait un avis différent du nôtre sur la question.»

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Elle fait là allusion à une action lancée par son collectif le 1er septembre 2025, « un appel national aux enseignants pour qu’ils aillent travailler en rouge, sur le modèle de la campagne «une ligne rouge», sous le slogan «En temps de génocide, pas de 1er septembre comme d’habitude». Nous avons également appelé les enseignants à placer des chaises vides à l’avant de la classe, puisque les enfants de Gaza  ne pouvaient/peuvent pas retourner à l’école. Les enseignants ont partagé avec nous leurs photos de leurs tenues rouges et des chaises vides.»

Ce faisant, Sara réduit la neutralité à une portion ridiculement congrue, qui consisterait à ne pas pénaliser un élève qui penserait différemment d’elle. Encore heureux ! Mais elle s’insurge qu’on lui interdise d’organiser à l’école des actions relevant de toute évidence du militantisme, puisque à ses yeux, il s’agit d’un militantisme «moral», consistant à défendre une cause juste et nécessaire, celle des droits humains à Gaza. Et quand on interroge ces enseignants de «Teachers for Palestine» sur ses éventuels contacts avec la communauté juive, la seule mention qui en est faite est l’invitation d’un représentant de l’Alliance juive anti-sioniste.

La conclusion de Pauline, à l’aune de cette dernière information, prête presque à rire : «En tant qu’enseignants, il n’est jamais de notre intention de polariser, cela fait aussi partie de notre façon de communiquer.» Ce qui prête moins à rire, c’est que des enseignants puissent, de bonne foi, considérer que «Teachers for Palestine» constitue un partenaire pédagogique fiable, puisque mis en avant sur un portail pédagogique bénéficiant de subventions publiques.

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