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970 milliards de francs CFA. C’est l’écart entre le premier et le second chiffrage du projet hydroélectrique de Kikot, présenté par EDF et le ministère de l’Eau et de l’Énergie en l’espace de quelques mois. Le mot pillage revient de plus en plus souvent dans les couloirs feutrés de la Direction générale du Trésor. Et franchement, difficile de lui donner tort.
Une explosion tarifaire que rien ne justifie
Reprenons les faits, parce qu’ils méritent d’être posés froidement. En juillet 2025, lors des débats sur l’orientation budgétaire, le ministre des Finances Louis Paul Motazé avait présenté le coût du projet Kikot : 650 milliards de francs CFA pour 500 mégawatts. Ce montant sortait des travaux sérieux de la commission mixte Congo-Cameroun, après plusieurs séries d’évaluations techniques menées sur le terrain.
Puis, silence. Et quelques mois plus tard, sans passer par aucune consultation publique digne de ce nom, le ministère de l’Eau et de l’Énergie a sorti un nouveau chiffrage. 1 620 milliards de francs CFA. Pour la même puissance de 500 mégawatts. Une augmentation de plus de 149 pour cent, sans qu’aucun élément technique nouveau ne vienne l’expliquer sérieusement.
EDF et le Minee ont alors avancé une série d’arguments qui sonnent creux. Le Covid-19, la guerre en Ukraine, et tout récemment la crise du détroit d’Ormuz. Le truc c’est que ces justifications sont devenues le refrain habituel de tous ceux qui veulent gonfler une facture sans se fatiguer à convaincre. Le chiffre fait mal, et la comparaison achève de démonter l’argumentaire.
Le barrage Julius Nyerere, livré récemment en Tanzanie avec une capacité de 2 115 mégawatts, soit plus de quatre fois celle de Kikot, a coûté 1 650 milliards de francs CFA. À peine plus que ce qu’EDF réclamait au Cameroun pour un ouvrage quatre fois plus modeste.
On ne sait pas encore sur quelle base technique un tel écart pouvait se justifier. Rien, à ce stade, ne confirme une quelconque rigueur méthodologique dans ce second chiffrage.
Un scénario déjà vu à Nachtigal
Ce n’est pas la première fois qu’EDF pratique ce genre de méthode au Cameroun. Sur le barrage de Nachtigal, l’entreprise française avait construit 420 mégawatts pour plus de 800 milliards de francs CFA, un montage financier déjà jugé déséquilibré par plusieurs experts du secteur énergétique à l’époque. Personne ne s’y est vraiment opposé publiquement, et le dossier est passé.
Le schéma semblait se répéter à l’identique sur Kikot, avec la bénédiction tacite d’un Minee peu regardant sur les intérêts financiers de l’État. C’est ce point précis qui pose question. Pourquoi un ministère technique laisse-t-il filer un dossier de cette ampleur sans exiger de contre-expertise indépendante ?
Mais cette fois, quelqu’un a dit non. Le ministre des Finances n’a pas laissé filer le dossier comme les précédents. La semaine dernière, Motazé s’est rendu en personne en France pour rencontrer les responsables d’EDF et exiger des clarifications sur cette flambée tarifaire jugée injustifiable. Un déplacement qui, dans le contexte, ressemble à un ultimatum plus qu’à une simple visite de courtoisie.
Le 15 septembre 2026, plusieurs dizaines de partenaires financiers se sont réunis à l’hôtel Hilton de Yaoundé pour évoquer la faisabilité du projet. Et là, sans la moindre justification publique, le montant est retombé à 850 milliards de francs CFA.
Presque 770 milliards de francs CFA de moins qu’il y a quelques mois. Sans qu’on nous explique techniquement d’où venait le trop-plein initial. C’est un aveu, difficile de le lire autrement. Quand la pression politique monte, les prix miraculeusement redescendent. Le signal est clair : ce n’était pas une question de coûts réels, mais bien de marges de négociation gonflées artificiellement dès le départ.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]


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