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Le 15 juin est la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance envers les personnes âgées. En tant que proche aidante et chercheuse, je me demande si l’accent mis sur la dénonciation de la maltraitance des personnes âgées perpétrée par des agresseurs ne détourne pas l’attention de notre responsabilité collective dans l’éradication de la culture âgiste qui la rend possible.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la maltraitance des personnes âgées comme un acte unique ou répété, ou l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation de confiance, causant des blessures, un préjudice ou une détresse à une personne âgée. Bien que, selon l’OMS, la maltraitance des personnes âgées soit évitable et que chacun ait un rôle à jouer pour la combattre, les fondements scientifiques de cette affirmation se concentrent sur la relation entre la personne âgée et son aidant, reléguant le public à un rôle extérieur. Il est simplement suggéré au public de rester vigilant face aux signes de maltraitance et d’apprendre comment obtenir de l’aide et signaler les abus.
Bien sûr, le signalement est un aspect essentiel de la lutte contre la maltraitance des personnes âgées, mais je crois que notre responsabilité collective face à la prévalence de ce phénomène est bien plus profonde.
Si nous reconnaissons que la maltraitance des personnes âgées est une conséquence d’une culture âgiste, nous disposons de davantage de moyens d’agir, en tant que citoyens, pour briser le cycle de la maltraitance. Je suggère donc de se souvenir que le public et les communautés sont tout autant en relation avec les personnes âgées que leurs aidants directs, et qu’instaurer la confiance dans ce contexte est crucial pour garantir l’autonomie et la capacité d’agir des personnes âgées à long terme, non seulement grâce à des relations individuelles, mais aussi grâce à des structures de soutien collectif.
Bien sûr, éradiquer l’âgisme de notre société est un travail immense et de longue haleine. Permettez-moi donc de suggérer trois domaines où nous pouvons tous intervenir à l’occasion de cette Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées : l’exclusion, la négligence et l’engagement.
Favoriser l’autonomie des aînés exige de remettre en question nos idées reçues sur leurs capacités et leurs droits. Trop souvent, lorsque j’accompagne ma mère à ses rendez-vous pour la soutenir, on l’ignore pour ne s’adresser qu’à moi, que l’on considère comme la personne compétente. Cette exclusion engendre un déséquilibre de pouvoir entre les aînés et leurs aidants qui peut très facilement dégénérer en maltraitance. Ce n’est pas juste aux aînés et à leurs aidants de gérer cette dynamique ; nous avons besoin d’une culture qui reconnaît et soutient l’autonomie des aînés, même lorsque leurs capacités physiques et mentales évoluent. Avez-vous offert votre écoute à une personne âgée aujourd’hui ?
La négligence envers les aînés n’est pas seulement la responsabilité des aidants. De la même manière que nous réagissons collectivement lorsqu’un enfant semble perdu, une réponse collective face aux besoins des aînés est nécessaire. Au lieu de considérer le comportement d’une personne âgée comme « bizarre », le comportement devrait nous signaler qu’il y a peut-être un besoin d’aide. Cela exige de s’adresser aux personnes en difficulté avec respect et bienveillance, sans préjugés et sans leur faire éprouver de la honte. Cela nous invite à faire appel à notre empathie au lieu de notre sympathie envers les besoins fluctuants des personnes âgées, que nous partagerons peut-être tous un jour ou l’autre. Avez-vous pensé aux besoins d’une personne âgée aujourd’hui ?
L’engagement est mon domaine d’intervention préféré, car il nous permet de passer de la simple sensibilisation à la maltraitance des aînés à une prise de conscience plus large de leur bien-être entier. S’engager, c’est savoir où se trouvent les aînés de nos communautés et quels défis ils rencontrent. C’est reconnaître leur valeur, valoriser leur savoir et apprécier leurs contributions. C’est connaître leur histoire et partager leurs expériences. C’est se voir dans leur passé, leur présent et leur avenir et s’impliquer activement dans leur réalité, car elle est aussi la nôtre. Avez-vous parlé à une personne âgée aujourd’hui ?
La frontière entre bienveillance et maltraitance est bien plus ténue qu’on ne l’imagine et peut facilement être franchie malgré les meilleures intentions. Il est donc essentiel de développer un sens de responsabilité collective qui ne repose pas uniquement sur la dynamique ou les efforts des aînés et de leurs aidants. C’est le fait de promouvoir une société qui valorise et soutient le vieillissement qui nous permettra d’éradiquer la maltraitance des aînés.


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