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"Avant, on parlait de politique entre nous, on a arrêté" : immersion dans un Brésil divisé, avant le second tour de la présidentielle

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Publié le 20/10/2026 21:56 Mis à jour le 20/10/2026 21:56

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Article rédigé par France 2 - V. Lerouge, M. Niewenglowski, A.-L. Desarnauts, A. Lopez. Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

À cinq jours du second tour de la présidentielle au Brésil, le président de gauche Lula est sous pression. Face à lui, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président, est arrivé en tête avec deux points d’avance. Reportage au cœur d'une campagne virulente qui déchire le pays.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


À Salvador de Bahia, comme dans tout le Brésil, l'ambiance est électrique à cinq jours du second tour de la présidentielle. Les deux candidats sont au coude-à-coude et le duel enflamme les discussions, jusque sur le marché. "Qu'est-ce que Lula a fait de bien dans notre pays ?", demande vivement un commerçant. Un autre lui répond : "Tout !". Et lui de renchérir : "Quoi ?" "La Bourse Famille !", lui lance alors son interlocuteur. Le deuxième marchand, Helielson Ferreira, ne jure que par Bolsonaro, son voisin, Ary Bastos, est pro-Lula et les deux s'écharpent quotidiennement. "Les travaux du marché, qui les a faits ? C'est le parti de Lula. Avant, on avait les pieds dans la boue", pointe Ary. "Mais ils étaient obligés de le faire !", s'agace Helielson.

Des discussions interminables qui tournent au dialogue de sourds. "Cela fait vingt ans que le Parti des Travailleurs de Lula se sert du peuple. Mais le peuple commence à ouvrir les yeux. Il faut encore quelques années pour changer les mentalités et on va éradiquer le PT", estime Helielson Ferreira. Ary Bastos précise : "Dans toutes les familles, il y a un bolsonariste. Dans la mienne aussi. Mais j'essaye de lui expliquer la différence entre Bolsonaro et Lula."

La campagne est si polarisée qu'elle fracture groupes d'amis, familles ou clubs de sport. "Avant, on parlait de politique entre nous. On débattait à propos de ce que tel candidat avait dit, de la proposition de l'autre. On a arrêté. Maintenant, ce n'est plus que de la haine, de la haine. Et ça me fait mal. Pour faire une sorte de détox, moi, par exemple, j'ai quitté Instagram", confie une habitante.

Au niveau national, Flavio Bolsonaro est arrivé en tête au premier tour avec 47% des voix, devant Lula, 45%. Un choc pour Gabrielle Moreira, 19 ans. C'est la première fois qu'elle vote. Sa voix ira à Lula, sans hésiter. Car, comme ses amis étudiants, elle craint le retour de l'extrême droite. "Chaque voix compte. Les gens, s'il vous plaît, allez voter. Chaque vote peut faire la différence. On se bat pour un gouvernement plus social. Lula a déjà sorti le Brésil de la faim et il le fera encore. C'est pour ça que nous nous battons", clame-t-elle.

L'étudiante habite à la périphérie de Salvador, dans un quartier populaire. "Je vais t'emmener chez moi pour te faire découvrir ma famille et là où j'habite", nous lance-t-elle. Son foyer compte "Cinq personnes : mon père, ma mère, deux de mes trois sœurs et moi", précise la jeune fille. Daizy, sa mère, cuisine des beignets qu'elle vend dans la rue. Son mari est moto-taxi. Lula leur a changé la vie, dit-elle. Les trois aînées sont étudiantes : l'une en médecine à São Paulo, l'autre en école vétérinaire, Gabrielle en droit. Toutes bénéficient d'un coût d'inscription réduit et d'un prêt étudiant à taux zéro lancé par Lula.

"Je n'aurais pas pu étudier sans ça, parce que je n'ai pas réussi à être admise à l'université publique gratuite. Et mes parents n'ont pas les moyens de nous payer la faculté privée. Donc, sans cette aide, je n'aurais pas pu faire d'études", souligne Gabrielle. "Je ne veux pas qu'elles aient la vie que j'ai eue. J'ai eu mon premier enfant très jeune, j'ai fondé une famille. Heureusement, on est encore ensemble avec mon mari. Mais ce que je veux pour elles, c'est la prospérité grâce aux études", ajoute Daizy Moreira.

Ils perçoivent aussi la Bourse famille, lancée durant le premier mandat de Lula : environ 125 euros par mois pour eux, à condition que les enfants aillent à l'école. Ils bénéficient également de la mesure Gaz pour les pauvres, mise en place il y a un an. "Gaz pour les pauvres, ça consiste en une bouteille de gaz gratuite tous les trois mois. Mais je pense que le parti de Lula doit arrêter de parler uniquement de la faim qu'il a éradiquée, et parler davantage d'entrepreneuriat, et dire que les personnes qui sortent de la pauvreté comme nous veulent aller au-delà de ça", commente Daizy.

Mais ce n'est pas la situation économique qui domine la campagne électorale. La principale préoccupation est de loin l'insécurité. Un fléau qui s'aggrave et qui fait les beaux jours des émissions qui y sont entièrement consacrées. Dans Alô Juca, les téléspectateurs appellent pour informer d'un meurtre ou d'une opération de police. Tout est retransmis en direct, y compris les interviews de trafiquants ou d'agresseurs présumés à peine arrêtés. Et l'on y parle aussi de politique.

Dans un quartier résidentiel de Salvador, Ramon Lisboa, reporter à Record TV, se rend sur la scène du meurtre d'une infirmière de 37 ans. Quelques heures auparavant, elle aurait eu le tort de se plaindre de la présence de trafiquants de drogue. "Trois hommes à moto ont tiré sur la jeune femme. Et selon nos informations, elle n'avait aucun lien avec le trafic de drogue. C'est la triste réalité de Bahia", explique-t-il en direct. C'est l'un des trois homicides de la journée à Salvador. Un jeudi ordinaire, selon le reporter.

Cliquez sur la vidéo pour regarder le reportage en intégralité.

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