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Avant les débats, sortez les chiffres

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À l’approche de la prochaine campagne électorale québécoise, j’aimerais lancer une demande toute simple aux partis politiques : avant de venir débattre, dites-nous combien coûteront toutes vos promesses et comment elles seront financées.

Cela passe par un cadre financier crédible et chiffré de tous vos engagements, présentant clairement les projections de revenus et de dépenses, mais surtout du déficit et de la dette, pour l’ensemble du prochain mandat de quatre ans.

Comme dirait Jerry Maguire dans le film : « Show me the money ! » Autrement dit : avant les débats, sortez les chiffres. Pas seulement des annonces à la pièce, au jour le jour, pour gagner la bataille médiatique de la journée, jusqu’à la dernière semaine avant les élections du 5 octobre.

Lors de la campagne fédérale de 2025, le débat des chefs en français s’est tenu le 16 avril. C’était le seul grand débat fédéral en français de la campagne électorale, après que le face-à-face TVA a été annulé. Or, à ce moment précis, les électeurs ne disposaient pas encore des plateformes chiffrées complètes de tous les partis.

Les chefs ont donc débattu de leurs engagements avant que les électeurs puissent véritablement comparer l’ensemble de la facture. C’est un peu comme demander à quelqu’un de choisir entre cinq maisons sans lui permettre de connaître le prix de quatre d’entre elles.

Les libéraux et les néodémocrates ont publié leurs plateformes chiffrées le 19 avril, trois jours après le débat. Les conservateurs, eux, ont publié leur plateforme le 22 avril. Le vote par anticipation avait pourtant débuté le 18 avril.

***

La valse des milliards et des annonces électorales a déjà commencé.

Le chef du parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a ouvert le bal avec un gros chiffre : 47 milliards de dollars de compressions, de réductions des dépenses et de subventions aux entreprises sur cinq ans. La première ministre Fréchette a rapidement répliqué, en parlant de « démantèlement » de l’État.

Québec solidaire (QS) a pour sa part proposé notamment la création d’une quinzaine d’épiceries publiques, au coût de 100 millions de dollars, pour faire face au coût de la vie.

Mais peut-on vraiment juger de la crédibilité de ces annonces sans connaître l’ensemble du cadre financier ? Non.

Prenons le chiffre de 47 milliards de dollars. Oui, il peut sembler énorme. Mais c’est sur cinq ans. Cela représente donc 9,4 milliards par année en moyenne. En comparaison, le déficit de cette année est de l’ordre de 7,2 milliards. Si un parti a pour objectif d’atteindre le déficit zéro, il devrait trouver ces 7,2 milliards, en réduction des dépenses, en augmentation des revenus ou un mélange des deux.

Même chose pour une mesure de 100 millions de dollars de QS. Est-ce sous-estimé ?

Un chiffre, sorti de son contexte, ne nous permet pas de juger d’une politique publique. C’est l’ensemble du cadre financier qui permet de le faire.

Et pour les partis politiques, c’est aussi une question de crédibilité. Car ils peuvent se tromper.

Durant la campagne électorale de 2022, le Parti libéral du Québec avait été forcé de corriger une erreur importante dans son cadre financier concernant le niveau de la dette, une erreur évaluée à environ 12 milliards de dollars. Pour une formation qui se veut le parti de l’économie, cela fait mal sur l’échelle de la crédibilité.

Ce genre d’erreur devrait nous rappeler une chose : les chiffres ne sont pas un détail technique d’une campagne électorale. Ils sont au cœur du choix que les électeurs sont appelés à faire.

Quand un parti promet une baisse d’impôt, une nouvelle mesure sociale, des investissements massifs dans les infrastructures ou des réductions de dépenses, le citoyen doit pouvoir savoir ce que cela signifie pour les finances publiques et son portefeuille.

Gouverner, c’est faire des choix. Établir des priorités. Et pour juger des priorités des formations politiques, il faut connaître les chiffres. Sinon, nous ne débattons pas véritablement de choix. Nous débattons de slogan. De personnalités. De perceptions.

***

Les Québécois auront l’occasion de voir les chefs s’affronter le 15 septembre à TVA, le 16 septembre à Noovo/Crave et le 23 septembre à Radio-Canada.

Je demande donc aux partis politiques une chose fort simple : publiez votre cadre financier complet avant le premier grand débat.

Pas seulement une liste de promesses. Pas seulement quelques mesures accompagnées de gros chiffres. Le tout présenté de manière suffisamment détaillée pour que les Québécois puissent comparer les propositions des différents partis. Et on pourra ainsi vous voir en débattre.

Vous voulez gérer le Québec pendant quatre ans ? Très bien. Mais avant de nous demander notre vote, présentez-nous la facture, puis présentez-vous au lutrin.

Augmenter les dépenses ? Qu’on nous dise comment elles seront financées.

Promesse de baisse d’impôt ? Quelles seront les répercussions sur le déficit ?

Équilibre budgétaire ? Dites-nous comment vous allez y arriver.

Et si le cœur vous en dit, incluez aussi la promesse, trop longtemps faite et non réalisée, de créer un poste de directeur parlementaire du budget à Québec, comme à Ottawa.

Entre les élections, cela permet d’avoir un organisme indépendant pour remettre en question les décisions du gouvernement. C’est aussi un outil essentiel pour les oppositions dans l’exercice de leurs fonctions.

À Ottawa, les partis politiques ont la possibilité de consulter le directeur parlementaire du budget pour établir leur plateforme électorale. Cela peut éviter des erreurs.

Que les chiffres soient bons ou mauvais, qu’ils plaisent ou non, mettons-les sur la table. Toutes les promesses ont quelque chose en commun : quelqu’un paie la facture.

Alors, avant les débats, sortez les chiffres. Show us the money !

Rodolphe Husny a été conseiller politique dans le gouvernement Harper. Il est aujourd’hui chroniqueur, analyste politique et conférencier.

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