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Noël Godin, célèbre entarteur belge, est mort dimanche à Bruxelles à l’âge de 80 ans. Pendant près de six décennies, ce journaliste de cinéma aura fait de la tarte à la crème une arme de dérision massive dans la tradition du surréalisme belge. Ses cibles : les puissants, les vedettes et les personnalités qu’il jugeait vaniteuses et risibles. « Entartons les pompeux cornichons ! »
Depuis 1969, Noël Godin et ses complices ont transformé l’entartage en une forme de guérilla burlesque. Sa première victime est l’écrivaine Marguerite Duras. Suivront notamment Jean-Luc Godard, Bernard-Henri Lévy, Patrick Bruel, Nicolas Sarkozy et, en 1998, Bill Gates.
Tout le monde ne le trouvait pas drôle. Il avait fini par être condamné « violences volontaires par préméditation ». Ses frasques avaient fini par lui coûter cher en frais d’avocat.
Godin revendiquait avoir entarté le philosophe Bernard-Henri Lévy une dizaine de fois lui-même pour se moquer de son côté poseur. « À vrai dire, quand il ne sera plus là, je serai désemparé », disait-il au sujet du philosophe ultra-médiatique. « On ne fait de bobos qu’à l’ego de nos victimes », insistait-il, refusant toute confrontation physique. Dans une altercation, « BHL » avait menacé de lui piétiner le visage tandis que celui-ci était au sol.
Au Québec, Noël Godin avait fait des émules. Il participa d’ailleurs à certaines de leurs opérations.
Ses gestes faisaient débat. Lancer une tarte à la crème au visage d’un personnage public comme dans une forme de pied de nez au sérieux allégué des uns et des autres, est-ce là un geste d’art, un acte politique ou simplement un fait d’armes ?
Entartistes et entartés d’ici
François Gourd, artiste multidisciplinaire, ancien membre du Parti Rhinocéros et l’une des figures centrales du mouvement des entartistes québécois, refusait catégoriquement l’étiquette artistique. « Nous sommes des terroristes burlesques », explique-t-il en accueillant Noël Godin à Montréal. « Nous posons un geste de nature révolutionnaire en lançant des tartes à la crème. »
Les entartistes québécois s’en prennent à des figures du pouvoir, notamment au candidat à la mairie de Montréal Jacques Duchesneau. La scène se déroule en 1998 devant une foule considérable. Le caricaturiste Serge Chapleau pousse même le gag plus loin en dessinant le candidat Michel Prescott se lançant lui-même une tarte afin d’accroître sa popularité.
Parmi les entartés, on trouve aussi Bill Johnson, chroniqueur au journal The Gazette à qui est reproché son jusqu’au-boutisme politique. Suivront d’autres attentats pâtissiers québécois par des émules de Godin. Au nombre des cibles : Stéphane Dion, Mathieu Bock-Côté, Jean Charest, Mario Dumont, Gérald Tremblay ou encore Jean Chrétien.
En avril 2000, Noël Godin est invité au Symfolium, un festival montréalais consacré à la folie, l’absurde et la subversion. Il participe au Gala des Pâtissiers sans frontières et va loger chez François Gourd.
À l’occasion de ce séjour, Godin et les entarteurs québécois passent de la théorie subversive sur la tarte à la crème à la pratique du tir de celle-ci. Leur cible est Bernard Landry, alors vice-premier ministre et ministre des Finances du Québec. La tarte manque sa cible, mais atteint des personnes de son entourage.
En 2003, à l’occasion d’un autre séjour au Québec, Noël Godin participe à un « attentat pâtissier » contre Jean Charest.
Godin n’a jamais considéré ses opérations comme de simples plaisanteries. Il parlait d’un « pacifisme burlesque » destiné à ne blesser que l’ego de ses victimes. Son mouvement s’inscrivait dans une longue tradition de provocation surréaliste et anarchiste vers lesquelles ses racines belges semblaient le conduire.


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