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Le thème du repreneuriat occupe l’actualité ces jours-ci, ce qui met la table pour un sommet qui s’ouvrira mardi au Palais des congrès de Montréal. Il a pour socle cette vague dite historique, voire cette déferlante d’entreprises disponibles au transfert. Avis aux acheteurs intéressés. Mais il appert qu’une forte concurrence pour les entreprises performantes se profile derrière cette offre abondante. N’est-ce que du marketing, tout cela ?
La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante en établissait les bases à la fin de 2022. Dans un rapport, elle parlait alors de plus de 2000 milliards de dollars en actifs commerciaux susceptibles de changer de mains, 76 % des propriétaires de PME prévoyant passer le relais sur une période de 10 ans. Les trois quarts des propriétaires quitteraient leur entreprise pour prendre leur retraite — un peu moins de la moitié (49 %) vendraient leur entreprise à un acheteur sans lien de parenté, 24 % à un proche parent et 23 % à leurs employés, pouvait-on retenir.
Désormais, le tout se précise et se rapproche davantage.
Dans une étude publiée en janvier, la Banque de développement du Canada (BDC) souligne que près de 61 % des PME appartiennent à des personnes âgées de 50 ans ou plus et que près d’un cinquième de ces personnes prévoient de se retirer de l’entreprise au cours des cinq prochaines années. Fait encore plus frappant : « un quart de ces départs pourraient se produire au cours de l’année prochaine ». L’institution parle donc d’un « transfert historique de valeur économique », et estime ce changement démographique à plus de 300 milliards de dollars de revenus au cours des cinq prochaines années.
En extrapolant, on peut avancer que près de 50 000 entreprises québécoises pourraient ainsi être l’objet d’une intention de vendre d’ici cinq ans — et probablement 10 000 dans la prochaine année.
Cela dit, tous les appelés ne seront pas élus. Pour dix acheteurs potentiels, on ne compte que sept vendeurs, ce qui crée une forte concurrence pour l’acquisition des entreprises performantes, met en exergue la BDC. Il ressort de son étude que 83 % des entrepreneurs qui vendent leur entreprise prévoient un transfert au personnel ou aux partenaires (31 %), à des membres de leur famille (19 %) ou à des acheteurs du Canada ou de l’étranger (34 %). Les études soulignent qu’au Québec, quatre sur dix (42,6 %) ont trouvé une relève, et ce pourcentage passe à un propriétaire sur deux (51,4 %) dans le cas d’une entreprise familiale.
Payant malgré tout
Les PME qui parviennent à réaliser des acquisitions, cinq ans après la transaction, génèrent des bénéfices quatre fois plus élevés que les entreprises similaires qui n’en font aucune. « Ces PME acquéreuses ont réalisé des synergies importantes, [ont] dégagé des économies d’échelle et [ont] réduit leurs coûts comparativement aux entreprises qui ont connu une croissance naturelle », lit-on dans l’étude de la BDC.
Si l’on ventile les données par industries, on obtient des revenus de l’ordre de 1,7 fois plus élevés dans le commerce de gros, de 1,8 fois dans la fabrication, de 1,9 fois dans le commerce de détail et de 2,2 fois en éducation et en santé.
Tout n’est toutefois pas que rose. Pour ce qui est du taux d’échec du processus de repreneuriat, « plus d’une personne sur cinq a déjà échoué dans une tentative de reprise d’entreprise (8,7 % plus d’une fois). Près d’un propriétaire sur cinq a déjà échoué dans une tentative de vente ou de cessation de son entreprise (6 % plus d’une fois) », peut-on faire ressortir des données du Réseau Mentorat. Mais, à l’opposé, pensons à une autre observation de la BDC, qui veut que le tiers des nouvelles entreprises ferment dans les cinq ans suivant leur fondation.
Le tout est à mettre dans le contexte d’une conjoncture économique peu accommodante pour le lancement d’une entreprise, de par les pressions inflationnistes, le climat d’austérité au sud de la frontière et un marché du travail dit favorable aux demandeurs d’emploi.
Sur une base plus structurelle, on ne peut pas non plus négliger le vieillissement de la population, un marché du travail rendant malgré tout plus facile l’obtention d’un emploi bien rémunéré et la flexibilité offerte par le télétravail. Les conditions de travail plus souples et les salaires plus élevés sont autant d’éléments qui font en sorte qu’il est plus coûteux de se lancer en affaires ou de créer sa propre entreprise.
Les experts font normalement valoir qu’à court terme, une conjoncture économique dominée par une baisse de la demande et une hausse des loyers, du coût en capital et des salaires vient compliquer la vie de nombre de PME. Et à plus long terme, dans la prochaine décennie, les pénuries structurelles de main-d’œuvre devraient soutenir la croissance des salaires et des avantages sociaux, ce qui ferait du travail rémunéré une option relativement plus attrayante, et ce, encore davantage vu la cherté du coût de la vie et de l’accès à la propriété, a-t-on déjà écrit.
Bon repreneuriat !
Une version précédente de ce texte mentionnait que le Sommet du repreneuriat s’ouvrirait lundi. Il débute plutôt mardi, le 31 mars.


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