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Éditorial

Le Monde

Lors des élections de mi-mandat, le 3 novembre, les Américains auront l’occasion de se prononcer sur la dérive autoritaire de la présidence Trump. Mais le rebond civique pourrait se faire attendre, en raison d’un paysage politique marqué par l’affaiblissement des deux principaux partis, ainsi que par le charcutage de la carte électorale.

Publié aujourd’hui à 14h30 Temps de Lecture 2 min.

Les élections de mi-mandat, aux Etats-Unis, sont presque invariablement perdues par le parti qui occupe la Maison Blanche. Cette loi d’airain et la forte impopularité de Donald Trump pourraient se traduire, à l’occasion de celles qui se tiendront dans un mois, le mardi 3 novembre, par une défaite du Grand Old Party à la Chambre des représentants.

Jugée initialement plus solide, du fait d’un renouvellement partiel favorable, la majorité républicaine au Sénat apparaît également fragilisée par les décisions du président des Etats-Unis. Ses guerres commerciales et l’agression de l’Iran conduite avec Israël ont en effet alimenté une inflation tenace, qui devrait peser lourd dans les urnes, même si l’économie américaine affiche un dynamisme enviable grâce au secteur de l’intelligence artificielle.

Ces élections intermédiaires constituent un test pour la solidité de la démocratie car rien ne dit que Donald Trump acceptera de bonne grâce une défaite, lors de ce qui sera la dernière échéance électorale avant son départ du pouvoir, en 2028. Le précédent de la présidentielle perdue de 2020, qu’il n’a jamais reconnue, et l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 – une tentative de coup de force sans équivalent dans l’histoire américaine conduite par des fidèles fanatisés – le rappellent.

Le président américain, Donald Trump, après un meeting de campagne à Mobile, dans l’Alabama (Etats-Unis), le 2 octobre 2026. Le président américain, Donald Trump, après un meeting de campagne à Mobile, dans l’Alabama (Etats-Unis), le 2 octobre 2026.

La Maison Blanche a d’ailleurs tout mis en œuvre, sans attendre le jour du scrutin, pour tordre le vote à son profit, en imposant notamment à des Etats républicains serviles un charcutage électoral lui aussi inédit, faute de résultats de recensement pour le justifier. Ce tripatouillage fausse un peu plus un jeu démocratique déjà pollué par la place prise par l’argent, qui bénéficie de manière disproportionnée au camp du président. Tout a été également tenté, parfois en vain, pour limiter les votes considérés comme acquis à l’opposition démocrate.

Ces élections de mi-mandat devraient théoriquement donner l’occasion aux électeurs américains de se prononcer sur la dérive autoritaire d’une présidence renforcée comme jamais par les bonnes œuvres de la majorité conservatrice de la Cour suprême. L’enrichissement dérangeant d’un clan qui piétine la notion de conflit d’intérêts et le symbole que constitue la personnalisation embarrassante des projets architecturaux voulus par Donald Trump dans la capitale fédérale constitueront également la toile de fond du vote.

Elle ne peut que compliquer la tâche du Parti républicain dans chacune des élections locales auxquelles les midterms vont donner lieu. Mais ce dernier n’a strictement rien fait pour défendre la loi et les institutions dont il se présentait naguère comme le meilleur garant.

Face à ce camp présidentiel affaibli, le Parti démocrate affiche d’autres faiblesses que traduit une impopularité également persistante. Faute d’avoir dressé le bilan du mandat de Joe Biden (2021-2025), les démocrates restent dépourvus de ligne claire, tiraillés entre une aile gauche souvent conquérante dans leurs bastions et un camp soucieux d’équilibre dans les Etats plus disputés, alors que la clé du scrutin passera, comme presque toujours, par le vote des électeurs indépendants qui se sont détournés au fil des mois de l’actuelle administration.

Affaiblissement des mécanismes électoraux, exténuation des institutions, fragilisation des deux partis qui concentrent l’essentiel des votes : rien n’est pour l’instant propice à un rebond civique et démocratique. Les Etats-Unis en auraient pourtant bien besoin.

Le Monde