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On connaît Lamborghini pour sa gamme de voitures de sport, plus prestigieuses et performantes les unes que les autres. Si aujourd’hui le constructeur italien vend également un SUV dans sa gamme, on oublie qu’il proposait à la vente dans les années 80 un engin complètement dingue. Un véhicule financé par un concurrent, qui n’aurait jamais dû voir le jour en série.
Nicolas Laperruque (Photos Lamborghini) - Aujourd'hui à 07:00 | mis à jour aujourd'hui à 07:09 - Temps de lecture :
Nous sommes dans les années 70 et l’époque n’est plus vraiment au gaspillage d’énergie. Le choc pétrolier est passé par là et en Italie le constructeur de voitures de sport Lamborghini va très mal. Cette crise a laissé des traces et il faut trouver de nouveaux débouchés. Les Italiens entrent dans de longues discussions avec des partenaires pour assurer l’avenir de Lamborghini.
Le premier résultat tombe avec BMW qui confie à Lamborghini la mise au point et l’industrialisation du projet “E26”, qui deviendra la BMW M1. Devant ce juteux contrat, le gouvernement italien verse des millions d’aides financières à Lamborghini pour monter les chaînes de la future BMW. Mais à quoi va réellement servir cet argent?
L’arnaque à la Cheetah
Alors que tout le monde voit Lamborghini sauvé par BMW, le constructeur Italien va tout miser sur un autre projet, bien loin des voitures de sport. L’armée américaine cherche son futur véhicule militaire, Lamborghini est décidé à le lui fournir et ça tombe bien, car Mobility Technology International (MTI) fournit aux ingénieurs Italiens une étude de véhicule tout-terrain servant de base au projet.
Malgré cela, il faut beaucoup d’argent pour développer ce projet. La solution est vite trouvée, Lamborghini va utiliser l’argent de BMW et de l'État Italien pour développer le projet Cheetah. Le temps que BMW s’en rende compte, l’engin sera prêt !
Plagiat !
Le plan est simple : en décrochant l’appel d’offre de l’armée, Lamborghini va vendre à bon prix une centaine de milliers de véhicules simples à construire, de quoi sauver définitivement la marque. Les problèmes ne vont pas tarder pourtant.
On se rend rapidement compte que le Cheetah de Lamborghini est très inspiré du FMC de XR311, un prototype développé par des concurrents en 1970. Un procès en plagiat industriel est lancé, qui entraîne d’énormes frais de justice et entache la candidature de Lamborghini.
Échec ou renaissance ?
Deuxième problème, on installe un moteur Chrysler pour flatter le patriotisme américain, mais celui-ci est disposé à l’arrière du véhicule. Le bloc de 180 ch n’est pas assez puissant pour ce lourd véhicule et cette architecture baroque rend l’engin inconduisible et difficilement maniable.
Les tests de l’armée US sont un échec, le Cheetah ne passe pas le premier tour de l’appel d'offres. Entre temps BMW a rompu le contrat avec Lamborghini, le constructeur Italien se retrouve avec des dettes, et un énorme 4X4, qui ne sert à rien. A moins que…
LM002, le Rambo Lambo
Le constructeur Transalpin décide d’en dériver une version civile. Exit le moteur Chrysler, on va piocher dans la banque d'organes de la marque et emprunter à la Countach son moteur V12, monté à l’avant.
Le Cheetah devient LM002 et gagne des pneus Pirelli exclusifs, un réservoir de 169 litres, un intérieur complet recouvert de cuir, ainsi qu’un système audio dernier cri. Après un long et coûteux développement, le LM002 est enfin présenté au public au Salon de l’auto de Bruxelles 1986. Chez Lamborghini, on a le sourire.
Des performances uniques
Le statut iconique de la LM002 reposait avant tout sur sa motorisation, directement dérivée de la légendaire Countach Quattrovalvole. Le V12 à 60° de 5 167 cm³, doté de quatre soupapes par cylindre, développait environ 450 ch (420 ch en norme SAE NET), permettant à ce 4x4 Lamborghini de plus de 2 700 kg d'atteindre une vitesse de pointe de 210 km/h. Initialement équipé de six carburateurs Weber, le moteur a ensuite évolué vers une version à injection électronique, introduite en 1989 et homologuée pour le marché américain.
Le système de transmission était composé d'une boîte de vitesses manuelle ZF à cinq rapports avec gamme de rapports courts et transmission intégrale débrayable, permettant au LM002 de gravir des pentes jusqu'à 120 %. La transmission intégrait trois différentiels autobloquants, avec des taux de blocage de 25 % à l'avant et de 75 % à l'arrière. Le différentiel central, également doté d'un taux de blocage de 75 %, pouvait être bloqué mécaniquement jusqu'à 100 %, des solutions directement issues de l'expérience acquise lors du développement des prototypes LMA.
Le LM002 était non seulement exceptionnellement rapide, mais aussi largement surdimensionné pour résister à des conditions d'utilisation extrêmes. Son châssis tubulaire en acier renforcé pouvait encaisser des forces jusqu'à huit fois l'accélération de la gravité, tandis que sa suspension entièrement indépendante à double triangulation offrait un débattement généreux, de 130 mm en compression et 110 mm en extension. Le véhicule pouvait également franchir des gués jusqu'à 82 cm de profondeur sans préparation particulière.
Une rareté
Le plan est alors de vendre ces véhicules aux riches Saoudiens. Malgré une vitesse de pointe de 250 km/h et un 0 à 100 km/h expédié en moins de 8 secondes qui ridiculise n’importe quel Range Rover, le succès se fait attendre. Le LM002 est capricieux, pas toujours fiable et seuls quelques Sultans ou milliardaires se laissent tenter. Seuls 328 exemplaires seront produits, dont 301 de série. La production s’arrête en 1992, faisant de ce Rambo Lambo un des engins les plus fous et les plus rares de la production mondiale.


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