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Dans les archives de Porsche, il y a des records de vitesse, des couronnes au Monte-Carlo, des victoires au Mans ou au Nürburgring. Mais il y a aussi des projets qui, à première vue, ressemblent presque à une blague : monter une voiture de sport sur le plus haut sommet accessible de la Terre, le Kilimandjaro.
Nicolas Laperruque (Photos Porsche) - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :
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À 6721 mètres d'altitude, on peut croiser une Porsche.
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Ces exploits ont été réalisées avec du e-fuel. -
De nombreux élements sont de série.
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Les 911 sont allégées.
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Les humains sont ceux qui souffrent le plus de l'altitude.
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Les voitures sont exposées au musée Porsche. -
Monter le Kilimandjaro en 911, c'est possible.
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Plusieurs tentatives seront nécessaires pour établir le record.
C'est une histoire hors du commun, au sens propre comme au figuré. Le musée Porsche consacre une exposition spéciale à deux prototypes tout-terrain appelés Edith Doris.
“Ces deux voitures sont basées sur la Porsche 911 et ont accompli un exploit qui ne se mesure ni en temps au tour ni en vitesse de pointe, mais en mètres d'altitude”, explique Tanja Schleicher, conservatrice du musée Porsche. Elles ont gravi les 6 721 mètres du volcan Ojos del Salado au Chili et établi un record du monde.
Une idée folle
À l’origine, tout part d’une idée folle. Pourquoi ne pas tenter de grimper avec un 911 jusqu’au point le plus élevé où une voiture peut encore rouler sur Terre? Plus qu’un coup marketing, la projet Kilimandjaro entre dans l’ADN de la marque, comme les exploits déjà établis, les raids ou les records de vitesse. Une expédition qui promettait son lot de galères avec de faibles niveaux d’oxygène, des températures descendant jusqu’à -20 °C, des vents violents et pentes atteignant 40 %. Un autre point essentiel est l’utilisation de carburants synthétiques, chers à la marque.
Des 911 allégées
L’exposition actuellement au musée Porsche met en lumière deux modèles Porsche 911 Carrera 4S de la génération 992, à deux stades de développement différents. « Doris » marque le point de départ, tandis qu'« Edith » représente l'aboutissement. « Avec “Edith”, nous avons pu gagner environ 360 kilogrammes et optimiser la voiture précisément là où c'était crucial compte tenu des conditions », explique Jens Kayser, chef de projet.
Des 911 proches de la série
Les voitures utilisées sont deux 911 modifiées, équipées de solutions techniques pour la montagne. Le premier véhicule, baptisé “Doris”, doit son nom à un système de suspension spécifique, le Warp Connector, qui assure stabilité en roulis et grands débattements de suspension. Le second, “Edith”, est directement relié à la présence de Romain Dumas, pilote de course et de rallye, à la fois à l’aise sur circuit et en tout‑terrain, notamment via son expérience du Dakar. Deux voitures sont utilisées afin d’avoir une 911 de réserve en cas de problème. Mais même chargées au maximum, le constat est rassurant : la 911 de série, même modifiée, tient la route et surtout, la piste.
Le châssis reste celui d’un 911 grand public, la transmission est une 7‑rapports manuelle de série, les optiques, les trains roulants, les freins gardent beaucoup de pièces de production. Les modifications se concentrent sur quelques points clés : extensions de garde au sol grâce à des réducteurs de moyeu, amélioration de la fiabilité thermique, adaptation de la gestion électronique pour la rareté de l’oxygène, mais sans renoncer à la philosophie “série‑prêtée‑à‑compétition”.
C’est dans ce compromis que le projet trouve tout son sens : montrer que la 911 de route, telle qu’elle est vendue, possède déjà une base solide, capable de supporter des conditions extrêmes, qu’il s’agisse de températures allant du torride à -20 °C sur une même journée, de pistes défoncées, ou de pentes qui rappellent plus un mur qu’une route. La montagne devient un banc d’essai naturel.
Un défi humain
Selon Porsche, la principale difficulté est avant tout humaine. Il faut en effet s'acclimater à l’altitude. À 6 000 mètres, la pression partielle d’oxygène chute de manière spectaculaire. Ce n’est plus seulement une question de fatigue, mais de sécurité : mal de tête, nausées, problèmes de sommeil, et au-delà, le risque de mal des montagnes, qui peut devenir dangereux. Les tests de préparation montrent que la machine, elle, se comporte remarquablement bien.
Le moteur a été éprouvé sur un banc d’essai en altitude, la 911 réagit sans problème, alors que les humains sont déjà au bord de leurs limites physiologiques. C’est là que le “sport” entre vraiment en jeu : la compétition, ce n’est plus seulement contre le chronomètre, mais contre la montagne elle-même.
Gérer les conditions
Le récit de l’expédition balaie l’image romantique du record d’altitude. Il n’y a pas de confort, on campe en tente, sous un froid de -20 °C, avec un vent fort, de la poussière partout, et l’impossibilité de dormir correctement. Le rythme est celui d’un haut‑alpinisme automobile : montée progressive, acclimatation, gestion du souffle, repérage des premiers signes de malaise.
Dans ce contexte, le journal personnel tenu par l’un des membres de l’équipe devient un indice précieux : debout dans son sac de couchage, griffonnant quelques notes à la lumière d’une lampe frontale, l’ingénieur ou le pilote se transforme en alpiniste‑technicien.
Le rôle central des e‑fuels
Porsche a décidé de faire du record du Kilimandjaro un manifeste pour les e‑fuels : des carburants synthétiques, produits à partir de sources d’énergie renouvelables, mais compatibles avec les moteurs thermiques classiques. Les tests montrent que, pour le moteur, la différence est quasi inexistante entre un supercarburant “traditionnel” et un e‑fuel.
Le véhicule ne ronfle pas, ne surchauffe pas, ne perd pas de puissance. Sur le plan symbolique, le projet envoie un message clair : Porsche ne rejette pas le moteur à combustion, mais le réinvente.
Le poids de l’histoire
Le projet Kilimandjaro sinscrit dans une longue lignée de records, de démonstrations de fiabilité et de performances réalisées par Porsche depuis le début du XXᵉ siècle. De Ferdinand Porsche en 1900, avec ses premiers succès en électrique, jusqu’aux exploits de Gerhard Plattner au volant d’un 924 puis d’un 944, la marque a toujours utilisé les records comme vitrine technologique.
Plattner, avec son pari de parcourir l’équivalent de la distance Terre‑Lune en un an, montrait déjà la capacité des Porsche à tenir sur la durée, et à valider des carburants nouveaux, comme l’essence sans plomb. Le projet du Kilimandjaro prolonge cette logique : il ne s’agit plus seulement de vitesse ou de kilomètres, mais d’altitude, d’environnement hostile, de conditions où chaque petit défaut peut coûter cher.
Le Kilimandjaro, nouveau chapitre du mythe 911
Pour l’équipe Heritage et Musée de Porsche, le projet trouve une importance particulière. En intégrant les deux 911 modifiées dans la collection, la marque donne une matérialité à une histoire qui, sans cela, pourrait rester une anecdote. Le Kilimandjaro devient un chapitre à part de la saga 911, aux côtés de Targa Florio, de Le Mans ou de la Carrera Panamericana.
Ces véhicules ne sont pas seulement exposés comme des reliques esthétiques : ils portent avec eux des récits de campements de nuit à -20 °C, de tentatives avortées, de deux échecs avant le succès, puis de l’obstination d’une équipe qui ne lâche rien. Dans ce contexte, le projet confirme aussi le rôle social de Porsche : transmettre une histoire de passion, de calcul, de bonne préparation, mais aussi d’humilité face à la montagne et à la nature.


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