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Après un suspense de trois semaines, la victoire de la candidate de droite marque le retour du « fujimorisme » au pouvoir, plus de deux décennies après la fin de règne de son père, Alberto Fujimori.
Keiko Fujimori, à Lima, le 14 avril 2026. La candidate de droite Keiko Fujimori a été officiellement déclarée, lundi 29 juin, vainqueure du second tour de la présidentielle au Pérou par l’autorité électorale, trois semaines après le scrutin. Mme Fujimori est créditée de 50,13 % des voix, contre 49,86 % à son rival de gauche Roberto Sanchez, selon les résultats définitifs publiés sur le site internet de l’Office national des processus électoraux (ONPE).
Après trois défaites lors des scrutins de 2011, 2016 et 2021, cette victoire marque le retour du « fujimorisme » au pouvoir, plus de deux décennies après la fin de règne de son père Alberto Fujimori (1990-2000), qui a gouverné le pays d’une main de fer avant de tomber en disgrâce.
Ce second tour est l’un des scrutins les plus serrés de l’histoire récente en Amérique latine, l’écart final entre les deux rivaux étant de 50 000 voix sur plus de 18 millions de votants.
Roberto Sanchez conteste le résultat
Le camp Fujimori attendait l’officialisation de la victoire, la candidate de 51 ans ayant depuis la semaine dernière une avance que son rival ne pouvait plus combler. Mais Roberto Sanchez, 57 ans, héritier politique de l’ex-chef de l’Etat Pedro Castillo, a laissé entendre qu’il ne reconnaîtrait pas le résultat et réclame l’annulation des votes des Péruviens à l’étranger, dénonçant des irrégularités.
Il a pris la tête, samedi, pour le second week-end consécutif, d’une marche de centaines de sympathisants à Lima dénonçant « une grave atteinte au processus électoral ». « Nous allons saisir des instances internationales pour que la volonté du peuple soit reconnue », a-t-il lancé à la foule depuis un balcon avant le début de la mobilisation.
Cette élection était censée mettre fin à la forte instabilité politique dans le pays andin, où huit présidents se sont succédé depuis 2016, sur fond de crises institutionnelles à répétition. La passation de pouvoir avec le président par intérim, José Maria Balcazar, est prévue le 28 juillet.
« Chaque jour plus près d’un chemin d’ordre et d’espoir pour tous les Péruviens », a publié Mme Fujimori sur X. « Attendons avec beaucoup d’humilité, de prudence et de responsabilité la proclamation du JNE », le Jury national électoral qui la désignera présidente élue, a-t-elle ajouté.
Mme Fujimori a reconnu hériter d’un pays « fragmenté » par une campagne polarisée et le faible écart sorti des urnes au second tour. « Nous savons que le pays est divisé. Nous avons la grande responsabilité d’écouter les deux camps. Les portes du dialogue sont ouvertes » pour Roberto Sanchez et l’ensemble des forces politiques du pays, a-t-elle assuré.
Ancienne députée
Diplômée en administration aux Etats-Unis, ancienne députée et dirigeante du parti Force populaire, Keiko Fujimori a grandi dans les coulisses du pouvoir, avant de devenir, à 19 ans, première dame sous la présidence de son père, en raison du divorce de ses parents. Elle a alors côtoyé chefs d’État et dirigeants du monde entier.
Pour ses partisans comme pour ses détracteurs, elle reste indissociable de la figure tutélaire de son père. Un héritage qui lui a garanti un électorat fidèle mais suscite également un profond rejet car Alberto Fujimori est un personnage encore clivant au Pérou. Il a vaincu les guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) et maîtrisé l’hyperinflation, avant d’être condamné pour corruption et crimes contre l’humanité.
L’ancienne députée de droite estime que cette opposition au fujimorisme a dominé la vie politique du pays depuis la chute de son père. « Depuis vingt-cinq ans, le Pérou est gouverné par des gouvernements antifujimoristes », affirme-t-elle, accusant ses adversaires d’avoir alimenté la « haine » et la « division ». Ses détracteurs lui reprochent au contraire d’avoir contribué à l’instabilité chronique du pays, qui a connu huit présidents en dix ans, du fait de l’influence exercée par son camp au Parlement.
Un héritage assumé
Première campagne sans son père, décédé en 2024, cette élection l’a vue revendiquer plus ouvertement que jamais l’héritage sécuritaire du fujimorisme.
Dans un pays frappé par une montée de la criminalité, elle a fait de l’« ordre » son principal slogan. « La gauche conduit à la pauvreté et au chaos », a-t-elle assuré en parlant de son adversaire. « Avec la même détermination que mon père pour vaincre le Sentier lumineux et le MRTA, nous viendrons à bout des délinquants », a-t-elle déclaré.
Longtemps perçue comme une personnalité combative et clivante, notamment en raison de ses démêlés judiciaires, elle s’efforce depuis plusieurs années d’adoucir son image. Elle a passé plus d’un an en détention provisoire dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent liée au scandale Odebrecht, une affaire de corruption dans le BTP qui a touché une grande partie de l’Amérique du Sud.
« J’ai aussi commis des erreurs, notamment en ayant parfois une attitude très conflictuelle », reconnaît cette mère de deux filles, divorcée d’un Américain.
Le Monde avec AFP


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