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Lee Ufan expose en parallèle avec le festival d'Avignon qui a choisi cette année comme langue invitée la langue coréenne. Comme toutes les expositions de l'artiste qui habite entre Paris, New York et le Japon, celle-ci s'intitule "Relatum", un mot qui renvoie à la relation entre les œuvres et l'espace qui les entoure.
Dans la Grande Chapelle du Palais, construite en 1347, de 52 m de long et 20 m de haut, il a disposé 60 tonnes de plaques d'ardoises soigneusement agencées l'une à l'autre, sur 650 m2 en réponse à la dimension spirituelle du lieu. Des milliers d'autres ardoises sont posées au bas des murs. Deux cairns, des petites pyramides d'ardoises se dressent dans ce paysage minéral. "Je souhaitais, dit-il, représenter l'image de l'origine de l'habitat de l'humanité. Elle est brute, désolée, mais aussi pleine d'énergie, et l'on peut y ressentir la résonance et le souffle de la nature et de l'humanité."
Lee Ufan dans la chapelle Saint-Martial ©Photo: l'art en plusCette grande installation, comme du Land Art au cœur du sacré, illustre la phrase de Lee Ufan : "Le propre de l'œuvre d'art est d'ouvrir un instant du temps, nous faisant sentir la respiration de l'infini."
J'encourage tout le monde à prendre un moment pour s'arrêter.
Plus loin, dans le Grand Tinel (qui était la salle des festins au Palais), il expose ses tableaux grand format, faits d'un coup de pinceau soigneusement préparé, rempli de couleurs.
Lee Ufan au Palais des Papes ©Photo: l'art en plus, David GIANCATARINAIl a déposé une grande pierre comme sacrée au milieu de la chapelle peinte Saint-Martial. Pour lui, les pierres sont des symboles d'éternité, de sublime, de temps accumulé. "Placer une pierre dans une pièce évoque la présence d'un être disparu."
Plus loin, dans la Cuisine haute, il relie par un fil le sommet de la voûte à une sorte de grand bassin d'acier miroir. Une manière de rejoindre l'infini et la rencontre.
Lee Ufan au Palais des Papes ©Photo : l'art en plus, David GIANCATARINAL'art rend visible
Né en 1936 en Corée du Sud dans un village de montagne, Lee Ufan fut d'abord initié à la culture traditionnelle chinoise. Il se forme à l'écriture et à la littérature. Installé au Japon à l'âge de 20 ans, il étudie la philosophie (il est inspiré par Heidegger). Il est attiré aussi par l'abstraction gestuelle de Jackson Pollock. Et il participe alors au mouvement japonais Mono-Ha (L'école des choses), dont le but était d'utiliser une chose sans rien y ajouter, faisant voir des éléments dans les rapports qu'ils entretiennent entre eux. Ce mouvement est né en même temps que des mouvements similaires en Occident comme l'Arte Povera ou le Land Art.
Exposition "relatum" de Lee UFAN
Palais des Papes, Avignon ©Photo par David GIANCATARINAPour Lee Ufan, l'acte du sculpteur consiste, en réponse à une évolution de l'art qui, après des millénaires d'objets fabriqués par la main de l'homme, s'est ouvert à l'objet industriel et au ready-made, à introduire ce qui n'est pas fabriqué, à économiser les gestes, à ralentir l'action de créer en quelque sorte.
À Arles, Lee Ufan crée un lieu d'art et de méditationLe propos de l'artiste est de critiquer l'hyperproductivité du monde contemporain, et donc de concentrer son travail en un simple geste. Mais un geste qui est le fruit d'une longue et patiente préparation.
Il veut attirer les pierres empruntées à la nature du côté des hommes. La relation d'une pierre, d'une plaque de métal, d'un coup de pinceau, avec l'espace, et leur participation au paysage sont plus importantes que l'objet lui-même. Lee Ufan reprend la phrase de Paul Klee : "L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible".
Lee Ufan a expliqué qu'en entrant dans le Palais des Papes, il avait ressenti "une empreinte du temps qui a mûri. En tant que voyageur temporaire dans ce monde et artiste, je souhaite ouvrir une brèche dans le flux temporel et révéler l'immensité de l'humanité. À l'ère de l'IA qui cherche à effacer le temps, je souhaite encourager tout le monde à prendre un moment pour s'arrêter."
Lee Ufan montre un autre VersaillesTout près d'Avignon, à Arles, la fondation Lee Ufan est installée, depuis 2022, au cœur de l'Hôtel Vernon, hôtel particulier construit entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Au Japon, sur l'île de Naoshima, Tadao Ando a construit un autre musée, splendide, pour Lee Ufan dont l'œuvre se relie parfaitement à l'architecture et la nature du lieu.
Lee Ufan au Palais des Papes, à Avignon, jusqu'au 15 novembre
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