Sur la carte, c’est une ligne droite qui traverse le vide. Au sol, c’est une route de 552 kilomètres dont environ 446 filent au cœur du Taklamakan, en plein Xinjiang, sans un village, une ferme ou un point d’eau naturel sur tout ce tronçon. Elle relie les villes de Luntai et Minfeng, ouverte à la circulation en 1995 après deux ans de chantier, et elle tient debout grâce à un dispositif qu’on ne voit nulle part ailleurs : des gardiens logés tous les quatre kilomètres, chargés d’empêcher le sable de reprendre ce que le bitume lui a pris.
À retenir
- Une route de 446 kilomètres traverse le Taklamakan avec un gardien tous les quatre kilomètres depuis 1995.
- Des arbustes à racines profondes irrigués par des puits à 100 mètres retiennent les dunes de chaque côté de la chaussée.
- 86 stations solaires remplacent depuis 2022 les générateurs diesel pour pomper l’eau destinée à irriguer 3 100 hectares de ceinture verte.
- La route protège un pipeline pétrolier stratégique reliant le nord au sud sous le désert.
Sommaire
Une haie qui boit pour que la route respire
Le Taklamakan n’est pas un désert de sable plat. Ce sont des dunes mouvantes, certaines hautes de 20 mètres, qui avancent au gré du vent et engloutissent tout ce qui ne bouge pas. Pour retenir cette masse, les ingénieurs ont planté des rangées d’arbustes des deux côtés de la chaussée sur la quasi-totalité du parcours désertique, des espèces choisies pour leurs racines profondes, comme le saxaoul ou certaines variétés de tamaris.
Ces plantes ne survivraient pas une saison sans aide. Un vaste système d’irrigation puise l’eau dans des nappes souterraines, via des puits forés à environ 100 mètres de profondeur, alimentées elles-mêmes par les rivières descendues des montagnes qui encerclent le bassin du Tarim. L’eau vient de puits forés à 100 mètres de profondeur dans un aquifère sous le désert, lui-même alimenté par les rivières des montagnes environnantes.
Sans cette eau, la haie meurt en quelques semaines.
Une maison tous les quatre kilomètres, et rien d’autre
C’est là que la route bascule dans l’incroyable. Tous les quatre kilomètres, une maison d’entretien permet de maintenir irriguée une bande d’arbustes le long de la route, ce qui protège la chaussée contre le sable en mouvement. Ces bâtiments abritent une pompe, du matériel, et les personnes chargées de surveiller l’arrosage jour après jour. En dehors des travailleurs affectés à l’entretien des stations de pompage, la région est entièrement inhabitée.
Aucune ferme, aucun hameau, aucun point de ravitaillement spontané sur des centaines de kilomètres. Des centaines de travailleurs ont été employés, logés tous les quatre kilomètres le long de la route, pour entretenir les petites roses des sables, le saxaoul et l’argousier et veiller à ce qu’ils ne meurent pas. À l’échelle du désert, ces maisons ressemblent à des points minuscules. Elles sont pourtant la seule chose qui empêche l’ensablement complet de la chaussée.
Le calcul est vertigineux : 446 kilomètres de dunes contre une chaîne de refuges espacés de quatre kilomètres, chacun occupé pour que la haie voisine ne s’assèche pas.
L’énergie qui a changé, la vigilance qui n’a pas bougé
Longtemps, ces pompes tournaient au diesel, acheminé par camion jusqu’au cœur du désert. Ce système a été remplacé : depuis 2022, l’ensemble des stations de pompage de la route a basculé vers l’énergie solaire, une conversion menée par une filiale de PetroChina en charge du gisement pétrolier du Tarim. Quelque 86 stations solaires d’une capacité de 3,5 mégawatts ont été construites le long de la route, remplaçant les générateurs diesel nécessaires au pompage de l’eau pour l’usage quotidien et l’irrigation.
Ces installations produisent environ 3,6 millions de kilowattheures d’électricité par an et servent à irriguer plus de 3 100 hectares de ceinture verte. Un chiffre qui donne le vertige rapporté à la végétation d’un simple jardin de particulier. Mais le principe reste identique à celui de 1995 : sans présence humaine continue pour surveiller les débits et réparer les fuites, le système s’effondre en quelques semaines.
Le pipeline pétrolier enterré sous cette portion du désert explique l’ampleur de l’investissement. La route a été construite en 1995 pour desservir un pipeline pétrolier essentiel reliant le nord au sud, sous le Taklamakan, où se trouve le plus grand gisement de pétrole et de gaz de Chine. Sans cet enjeu économique, personne n’aurait sans doute justifié d’installer des dizaines de logements isolés au milieu d’un erg pour arroser une haie.
Ce qui arrive quand une pompe s’arrête
Le système n’a rien d’automatique ni d’infaillible. Une pompe en panne, un puits colmaté par le sel des nappes salines, et c’est tout un tronçon d’arbustes qui commence à dépérir en quelques jours dans la chaleur du désert. Sans racines vivantes pour les retenir, les dunes reprennent leur mouvement naturel et referment la chaussée, exactement comme avant 1993.
C’est tout le paradoxe de cette route : elle n’existe que parce que des dizaines de personnes acceptent de vivre seules, à intervalles réguliers, au milieu de nulle part, pour faire boire une haie chaque jour. Le désert n’a pas besoin de grand-chose pour reprendre ses droits. Juste qu’un tuyau se bouche, et qu’un kilomètre de sable se remette à avancer.
Sources : gowesternchina.com | chinatravelplaces.com


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