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Au-dessus du Texas a volé 47 fois entre 1955 et 1957 un bombardier dont le réacteur de 1 MW n’entraînait aucun moteur

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Un bombardier géant traversant le ciel texan avec un réacteur nucléaire en fonctionnement dans sa soute, sans que celui-ci n’entraîne le moindre moteur : voilà le pitch, à peine croyable, du Convair NB-36H « Crusader ». Entre 1955 et 1957, cet avion a réellement existé, réellement volé, et réellement transporté de l’uranium fissile au-dessus de villes texanes. Pas dans un scénario de film catastrophe. Dans la réalité de la Guerre froide.

Le programme trouve son origine dans une idée aussi séduisante que vertigineuse : un bombardier capable de rester en vol pendant des semaines, libéré de la contrainte du carburant. Les militaires américains y voyaient un atout stratégique majeur face à l’URSS. Convair a donc récupéré un B-36H accidenté, assigné au programme le 11 mai 1953 après avoir été sévèrement endommagé par une tornade qui a frappé la base aérienne de Carswell le 1er septembre 1952. Plutôt que de réparer le nez détruit de l’appareil, les ingénieurs y ont vu l’occasion parfaite pour une reconstruction radicale.

À retenir

  • Un réacteur nucléaire de 1 MW a tourné en vol 89 heures sans propulser aucun moteur
  • L’équipage était enfermé dans une cabine de plomb si épaisse que les hublots ressemblaient à des murs
  • 47 vols secrets au-dessus du Texas ont révélé une vérité gênante que personne ne voulait affronter

Sommaire

  1. Un cockpit blindé de 12 tonnes pour affronter l’invisible
  2. Un réacteur de 1 MW, purement expérimental
  3. 47 vols au-dessus du Texas, puis l’abandon

Un cockpit blindé de 12 tonnes pour affronter l’invisible

Le défi technique était immense : comment protéger un équipage humain d’un réacteur nucléaire actif à quelques mètres seulement ? La réponse tient en un chiffre qui donne le vertige. La cabine d’origine a été remplacée par une section d’équipage massive doublée de plomb et de caoutchouc, pesant 11 tonnes, pour un pilote, un copilote, un ingénieur de vol et deux ingénieurs nucléaires. Même les petites fenêtres disposaient de verre plombé de 25 à 30 centimètres d’épaisseur. les hublots du poste de pilotage étaient plus épais qu’un mur de parpaings classique.

Ce blindage colossal ne suffisait pas à rassurer tout le monde. Les conséquences d’un crash du NB-36H étaient si effrayantes que plusieurs avions d’escorte, dont un rempli d’une équipe de parachutistes, suivaient l’appareil à chaque vol. En cas de crash ou de largage forcé du réacteur, ils devaient sauter pour sécuriser le site et participer au nettoyage. Un détail donne la mesure de l’angoisse ambiante : une ligne téléphonique directe avec le bureau du président avait été installée en cas de catastrophe. Elle a bien failli servir un jour où un marqueur de fumée s’est déclenché dans le compartiment du réacteur.

Un réacteur de 1 MW, purement expérimental

Le cœur du dispositif, appelé ASTR pour Aircraft Shield Test Reactor, avait été mis au point par le laboratoire national d’Oak Ridge. L’appareil était équipé d’un réacteur refroidi à l’air d’une puissance de 1 mégawatt, pesant 35 000 livres, soit environ 16 tonnes. Pour donner une idée de la démesure de l’engin : ce réacteur pesait à lui seul plus lourd qu’un char Leclerc moderne, simplement pour tester si l’on pouvait le blinder correctement.

Le point crucial, souvent mal compris, mérite d’être répété clairement. Le réacteur n’alimentait aucun des systèmes de l’avion, ni ne fournissait de propulsion, mais avait été placé sur le NB-36 pour vérifier que l’appareil pouvait le transporter et le faire fonctionner en vol. L’avion volait donc normalement, propulsé par une combinaison de six moteurs Pratt & Whitney Wasp Major R-4360-53 refroidis par air à 28 cylindres, et de quatre turboréacteurs General Electric J47-GE-19. Le réacteur, lui, tournait dans son coin, comme un simple cobaye scientifique suspendu dans la soute.

Un système de télévision en circuit fermé permettait d’ailleurs à l’équipage de surveiller cette installation sans avoir à s’en approcher physiquement. Une précaution logique quand on sait que la section arrière, où logeait le réacteur, restait volontairement inhabitée pendant tout le vol.

47 vols au-dessus du Texas, puis l’abandon

Le premier vol a lieu le 17 septembre 1955 à Carswell Air Force Base, près de Fort Worth. Au total, l’appareil a effectué 47 vols d’essai et 215 heures de vol, dont 89 heures avec le réacteur en fonctionnement, entre septembre 1955 et mars 1957, au-dessus du Nouveau-Mexique et du Texas. Ces zones n’étaient pas choisies au hasard : les déserts texans offraient une faible densité de population, atout précieux en cas d’incident nucléaire.

Les résultats scientifiques ont finalement été jugés satisfaisants sur un point précis, mais préoccupants sur un autre. Les vols d’essai ont révélé qu’avec le blindage utilisé, l’équipage ne serait pas mis en danger par les radiations du réacteur, mais qu’il existait un risque de contamination radioactive en cas d’accident. Autant dire que le projet démontrait sa propre limite : protéger un équipage, oui ; garantir l’absence de catastrophe environnementale en cas de crash, non.

Le couperet tombe rapidement après la fin des essais. Sur la base des résultats des tests, l’ensemble du projet a été annulé, et l’appareil a été ferraillé à Fort Worth en 1958. Le programme plus large dont dépendait le NB-36H, l’Aircraft Nuclear Propulsion, a survécu quelques années de plus avant d’être définitivement enterré. Son développement s’est achevé avec l’annulation du programme ANP en mars 1961. Coût total de l’aventure sur ses quinze années d’existence : 7 milliards de dollars, une somme colossale pour l’époque, engloutie dans un rêve qui n’a jamais quitté le stade expérimental.

Ce qui frappe rétrospectivement, c’est moins l’échec technique que le contexte psychologique de l’époque. En pleine course aux armements, l’idée qu’un bombardier puisse rester indéfiniment en vol, sans jamais se ravitailler, semblait justifier presque tous les risques, y compris celui de faire voler un réacteur nucléaire actif au-dessus de zones habitées. L’arrivée des missiles balistiques intercontinentaux, capables d’atteindre leur cible sans pilote ni patrouille prolongée, a rendu ce pari obsolète avant même qu’il n’aboutisse. Le Crusader n’aura finalement servi qu’à prouver qu’on pouvait faire une chose : ne surtout pas la refaire.

Sources : thisdayinaviation.com | megahobby.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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