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Au bord de l’extinction en 1995, le kākāpō, un perroquet néo-zélandais est désormais un immense motif d’espoir

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Environnement 03/09/2026 17:48 Actualisé le 03/09/2026 18:47

Menacé par l’introduction de prédateurs invasifs, la chasse et la déforestation, cet oiseau a vu ses effectifs bondir. Ce, grâce à un effort de conservation exceptionnel.

Animal parmi les plus surprenant de la planète, le kākāpō, gros perroquet vert incapable de voler, fait figure d’exemple mondial de protection de la biodiversité après avoir été sauvé de l’extinction.

Peter Drury for the Department of Conservation via Reuters

Animal parmi les plus surprenant de la planète, le kākāpō, gros perroquet vert incapable de voler, fait figure d’exemple mondial de protection de la biodiversité après avoir été sauvé de l’extinction.

Il a été conduit au bord de l’abysse, sauvé in extremis, couvé pendant des décennies, et rêve désormais d’un avenir paisible. Le kākāpō, de son nom maori, ou perroquet-hibou en français, a accédé à la célébrité mondiale en 2009, au détour d’un reportage animalier de la BBC dans lequel l’un de ses représentants tentait de s’accoupler… avec le crâne du journaliste en train de le décrire. Mais depuis le 1er septembre, ce gros oiseau néo-zélandais aux belles teintes de vert est surtout un exemple mondial de protection de la biodiversité.

Ce mardi, le DOC, le ministère de la Conservation de la Nouvelle-Zélande, a effectivement annoncé une avancée décisive : il y a désormais 325 kākāpō en vie. Un nombre apparemment infime, et pourtant largement suffisant pour se réjouir et faire les gros titres de la presse à travers le monde.

Car le kākāpō - un mot qui signifie perroquet nocturne - est un survivant qui a frôlé l’extinction. Selon le DOC, cela faisait 75 ans qu’il n’y en avait pas eu autant. Au plus bas, en 1995, il ne restait que 51 spécimens, dont 20 femelles.

De quoi craindre la disparition pure et simple de cette espèce hors du commun, fruit de l’isolement total de la Nouvelle-Zélande depuis la dérive des continents il y a 30 millions d’années ; le perroquet le plus lourd du monde, végétarien et nocturne, incapable de voler mais expert de la navigation dans le noir grâce à des moustaches sensorielles, qui se reproduit tous les deux à quatre ans quand sa plante préférée daigne donner suffisamment de fruits et qui attire sa partenaire grâce à un « boom » digne d’une soirée électro. Des caractéristiques qui font dire à Andrew Digby, l’un des plus grands spécialistes de l’espèce, qu’il se rapproche davantage d’une sorte de blaireau ailé que de n’importe quel oiseau.

Un oiseau qui prospérait jusqu’à l’arrivée de l’Homme

Un animal au service duquel de formidables efforts ont été déployés depuis trois décennies. À partir de 1995, et après une série de tentatives infructueuses qu’elles soient individuelles ou officielles depuis 1894, le DOC a mis en place le « Kākāpō Recovery Programme ». Soit un ensemble d’actions visant à permettre à l’espèce de ne pas sombrer en facilitant la reproduction, en évitant l’appauvrissement génétique, et en aidant les oiseaux à trouver de la nourriture quand leur environnement ne leur en fournit pas suffisamment.

Transport de sperme par drones jusqu’aux îles où vivent les dernières populations, mise sous couveuse des œufs fécondés, attribution d’œufs à des femelles expérimentées mais sans poussin, éradication des prédateurs importés par la colonisation européenne au milieu du XIXe siècle, puçage de chaque oiseau (qui portent d’ailleurs tous un nom - notamment Sirocco, la fameuse star de la BBC) pour ne jamais perdre leur trace et surveiller leur état de santé… Tous les moyens ont été bons pour tenter d’éviter le pire à un animal qui prospérait jusqu’à l’arrivée de l’Homme sur ses terres du bout du monde (les premiers Polynésiens ancêtres des Maoris les ont chassés il y a 700 ans, puis les différentes vagues de peuplement ont apporté prédateurs et déforestation).

Puisqu’il ne se reproduit que lors des saisons où sa plante préférée donne des fruits en nombre suffisant pour nourrir ses poussins, le kākāpō peut passer entre deux et quatre ans sans produire d’œuf.

AFP PHOTO / New Zealand Department of Conservation / Don Merton

Puisqu’il ne se reproduit que lors des saisons où sa plante préférée donne des fruits en nombre suffisant pour nourrir ses poussins, le kākāpō peut passer entre deux et quatre ans sans produire d’œuf.

Et cela donne des résultats. Cette année, alors qu’il n’y avait plus eu de conditions naturelles propices à la reproduction depuis quatre ans (les kākāpō ne se reproduisent que lorsque le « rimu », un arbre dont les fruits sont l’unique source de nourriture de leurs petits, en produit suffisamment, leur fournissant calcium et vitamine D), 90 poussins ont survécu 150 jours après leur éclosion. Soit le seuil à partir duquel les oiseaux sont considérés comme viables, et donc ajoutés à la population globale. Depuis 1995, cela fait donc une augmentation du nombre de kākāpō de l’ordre de 600 %.

Vers un retour à l’état naturel

Et au-delà du seul chiffre, les signaux positifs sont multiples : des jeunes nés il y a quatre ans sont fertiles et ont réussi à se reproduire, la multiplication des naissances augmente la diversité génétique, les équipes en charge de la conservation ont pris du recul et limité l’apport de nourriture et la surveillance des œufs en prouvant que l’espèce était de plus en plus résistante par elle-même… Résultat : Deidre Vercoe, qui dirige les opérations de conservation, explique à Radio NZ que « tous les poussins ne seront pas nommés cette année, un geste symbolique témoignant d’un retour à l’état naturel pour le kākāpō, dans lequel tous les individus ne sont pas surveillés individuellement, ni connus nommément ».

Les résultats sont tels qu’un nouveau défi se pose désormais : où continuer à réintroduire ces perroquets ? L’île Stewart (ou Rakiura en maori), à l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, fait figure de favorite tant il semble envisageable d’y établir un sanctuaire libéré des fouines, chats, rats, opossums et autres furets importés par l’Homme et face auxquels les oiseaux endémiques néo-zélandais n’ont jamais appris à se défendre.

L’objectif final est simple : créer les conditions du retour du kākāpō sur les deux îles principales du pays, et plus seulement sur des îlots isolés où leur protection est simplifiée. Avec une espérance de vie record chez les oiseaux de 90 ans, on peut espérer que certains des poussins de 2026 soient candidats au retour sur le « sol » néo-zélandais. Un horizon heureux pour la biodiversité mondiale car comme l’explique le dernier podcast Kākāpō files de RNZ, un environnement sain pour le perroquet signifie qu’il l’est aussi pour toutes les autres espèces endémiques.

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