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En guerre larvée contre Édouard Philippe, Gabriel Attal lui a retiré le mérite du redressement des comptes publics au début de l’ère Macron. Et tant pis s’il a dû pour cela applaudir François Hollande.

MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP
Photo d’illustration, Assemblée nationale, octobre 2024
Le ralliement de Gabriel Attal à Édouard Philippe, ce n’est pas pour tout de suite. Le candidat Renaissance, à la peine dans les sondages d’opinion, a tenté de défendre son positionnement plus central que celui du maire du Havre qui reste son principal concurrent au sein du bloc post-macroniste. Il est allé pour cela jusqu’à décerner un satisfecit à… François Hollande, qui lui-même louche aussi sur l’Élysée. Avant d’être recadré par son ancien collègue Gérald Darmanin.
Jeudi 15 octobre, Gabriel Attal a profité de son passage sur franceinfo pour commenter la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire PS-Place Publique. Il s’en est « réjoui » et a saisi l’occasion de défendre une nouvelle fois l’idée d’une « coalition » entre les partis politiques hors RN et LFI pour 2027. Avant de tacler ceux qui « défendent le retour à une polarisation gauche-droite », c’est-à-dire « tous les candidats sauf » lui.
« On a l’impression quand on écoute certains candidats que pour lutter contre les déficits et rétablir les comptes publics, il faut être de droite. Mais pardon, la dernière fois que la Sécurité sociale, le budget, a été à l’équilibre, c’est sous François Hollande. Et si au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron le déficit est repassé sous les 3 %, c’est parce qu’il y avait eu une action très forte sous le quinquennat de François Hollande, qui est pourtant de gauche », a-t-il déclaré, avant de faire un équivalent à droite avec le Grenelle de l’écologie mené sous la présidence Sarkozy.
Rendre à Philippe ce qui appartient à… plusieurs personnes
Sous texte numéro 1 : attribuer à François Hollande le mérite des bons résultats financiers du premier quinquennat, c’est le retirer à Édouard Philippe qui était à la tête du gouvernement à ce moment. Indirectement, c’est aussi remettre en cause l’image de « sérieux » et de bon gestionnaire sur laquelle mise le maire du Havre pour convaincre en 2027. Sous-texte numéro 2 : en plaidant pour un rassemblement qui aille jusqu’à l’eurodéputé Place Publique, Gabriel Attal fustige en creux la stratégie du maire du Havre qui ambitionne de « rassembler la droite et le centre » et pas au-delà.
Discrètes, ces piques ne sont pas passées inaperçues chez Gérald Darmanin. Déjà parce qu’il faisait partie en 2017 des responsables du budget, en tant que ministre de l’Action et des Comptes publics. Mais aussi parce qu’il soutient désormais officiellement Édouard Philippe dont il a tenu à défendre le « bon bilan ».
Sur X, Gérald Darmanin a ainsi raconté « l’alerte » de la Cour des comptes « dès (leur) arrivée aux affaires » et insisté sur les baisses des dépenses de l’État décidées « sous l’autorité du Président de la République et d’Édouard Philippe », en dépit de « l’émotion » provoquée dans les secteurs concernés. « Cet effort a ramené le déficit à 2,9 % en 2017, puis en continuant notre travail de rigueur, à 2,3 % en 2018 sortant ainsi la France de la procédure pour déficit excessif », a-t-il fait valoir. Une façon de rejoindre la ligne d’Édouard Philippe qui se dépeint comme capable d’endosser des mesures impopulaires pour un bénéfice à long terme.
Dans les faits, la réalité se situe à mi-chemin entre Gérald Darmanin et Gabriel Attal. À l’issue du quinquennat Hollande, le déficit public avait été réduit de 1,4 point, passant de 4,8 % du PIB à 3,4 %. Un point pour Gabriel Attal. Mais le chiffre restait en deçà des attentes européennes (et des ambitions initiales du président socialiste) et « la persistance de ce déficit a conduit à une nette augmentation de la dette publique », soulignait à l’époque Le Monde. Un point pour Gérald Darmanin. Balle au centre.


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