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Josée Shushei Leblanc peine encore à réaliser ce qu’elle vient de vivre. L’entrepreneuse innue de Uashat mak Mani-utenam a présenté les créations d’Atikuss Canada à la Fashion Week de Paris, une expérience qu’elle décrit comme un moment chargé d’émotions.
J’ai encore de la misère à le réaliser. [...] C’est plein d’émotions, confie la présidente-directrice générale d’Atikuss Canada au lendemain du défilé.
Atikuss signifie petit caribou en innu-aimun. Pour sa fondatrice, la présence de cette marque innue au cœur de l’un des hauts lieux mondiaux de la mode représente bien plus qu’une vitrine internationale.
Elle y voit un retour du balancier : malgré les effets de la colonisation, les peuples autochtones peuvent aujourd’hui présenter leurs créations dans le prestigieux triangle d’or parisien.

Josée Shushei Leblanc, fondatrice d'Atikuss Canada.
Photo : Courtoisie : Josée Shushei Leblanc
À travers ses vêtements et ses accessoires, Josée Shushei Leblanc souhaitait aussi transmettre un message : vivre en harmonie avec la Terre-mère. Sa collection s’articule autour de cinq symboles : les quatre éléments – la terre, le feu sacré, le vent semence et l’eau de vie – auxquels s’ajoute le caribou, représenté par le A d’Atikuss et son panache.
Le caribou, ou Atik en innu-aimun, occupe une place fondamentale dans l’histoire du peuple innu. Pendant des millénaires, il a vécu en symbiose avec les Innus et a contribué à la survie de leurs ancêtres, rappelle la femme d’affaires.
Depuis des années, on est dans les guerres, dans des guerres commerciales, pour l’argent, le pouvoir et le contrôle. La seule chose qu’on a à faire, c’est de vivre en harmonie avec la terre. Les peuples autochtones prêchent ce message-là depuis longtemps.
Au-delà de l’esthétisme
Si la Fashion Week de Paris met en lumière des créations venues de partout dans le monde, la fondatrice d’Atikuss estime que son défilé se distinguait par le message porté par les vêtements et les accessoires.
Elle tient toutefois à saluer la qualité des autres collections présentées. Je ne veux pas minimiser les autres créations, mais c’était de la beauté, c’était de l’esthétisme. C’est extraordinaire tout ce qu’on a vu, souligne-t-elle.

Josée Shushei Leblanc d'Atikuss Canada se pince encore pour réaliser qu'elle a présenté une collection à la Fashion week de Paris.
Photo : Courtoisie : Josée Shushei Leblanc
Josée Shushei Leblanc a rendu hommage aux artisans et aux artisanes qui sont derrière les créations d’Atikuss et qui proviennent de différentes communautés autochtones du Québec. Un travail collectif qui, selon elle, a contribué à la réussite de la présentation parisienne.
Je pense que c’est ce qui nous a démarqués aussi. Ça a été extrêmement apprécié, notre défilé. J’en tremble encore. Je suis encore toute émotive, raconte-t-elle.
De Uashat aux capitales de la mode
La participation d’Atikuss à la Fashion Week de Paris n’était pourtant pas dans le plan d’affaires initial de l’entreprise.
L’aventure parisienne a plutôt commencé par une paire de mitaines confectionnée par le fils de Josée Shushei Leblanc. Celle-ci a remporté un concours d’accessoires de mode lors d’un gala à New York. À la suite de cette distinction, un représentant lui a fortement recommandé de soumettre sa candidature à Flying Solo, l’un des présentateurs de la Fashion Week de Paris.

La paire de mitaines artisanales confectionnée par le fils de la fondatrice, récompensée à New York.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Une occasion qui a finalement mené la marque innue jusqu’à la Ville Lumière.
Pour Josée Shushei Leblanc, ce parcours illustre l’importance de saisir les occasions lorsqu’elles se présentent et de croire en ses capacités.
Tout est possible.
Son expérience parisienne lui inspire également un message destiné aux jeunes femmes des communautés autochtones au Québec. Elle les encourage à ne pas laisser les doutes des autres freiner leurs ambitions.
Tout est possible et [il faut] arrêter de laisser les autres diriger notre vie en nous disant : ça se peut pas, ça va être trop dur, tu vas avoir de la misère, tu peux pas faire ça. [...] Arrêtez d’écouter ça. Il faut croire en soi, croire en nos rêves puis aller au bout, mais il faut surtout mettre plein d’efforts.
La dirigeante d’Atikuss sait pertinemment que la réussite est le fruit du travail et de la persévérance.
Moi, je travaille sept jours par semaine dans mon entreprise depuis des années. Je travaille. Ce que je bâtis, je le bâtis, mais je le gagne. Mon entreprise, [...] je la dirige moi-même.


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