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Athlétisme : «C’est à la fois une chance et une malchance d’être de la génération Duplantis», reconnaît Thibaut Collet

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ENTRETIEN – Présent lors des Étoiles du Sport à Tignes, le perchiste de 26 ans, 5e des Mondiaux en 2025, s’est confié sur son douloureux après-JO 2024, tout en évoquant l’hégémonie de «Mondo» Duplantis.

Quel bilan faites-vous de votre année ?
Thibaut Collet : Cela a été une année d’apprentissage lors de laquelle il a fallu que j’arrive à me relever. Je l’ai commencée en n’étant pas au top physiquement avec différents petits pépins. Du coup, il m’a fallu apprendre à être patient et à gérer ce doute qui pouvait m’envahir par moments. Mais à l’arrivée, c’est également une année qui s’est bien terminée avec un Top 5 aux Championnat du monde et une bonne performance en finale. Du coup, le bilan est plutôt positif et intéressant car il me permet de voir jusqu’où j’étais capable d’aller pour sortir de ce trou dans lequel j’étais. Je dirais que cela devrait rester comme une année de transition dans ma carrière, qui doit me lancer vers de beaux objectifs pour la suite.

Avez-vous appris des choses sur vous ?
Oui, j’ai appris à patienter. Je savais que je n’étais pas patient, mais là, j’ai vraiment dû mettre les bouchées doubles pour tempérer mon caractère.

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Où se trouvent vos limites aujourd’hui ?
C’est difficile à dire. La limite sur le plan sportif, je ne sais pas vraiment où elle se situe car je m’efforce de toujours la repousser. Ma vraie limite, elle se situe plus au niveau des blessures. Car sur le plan mental, j’ai quand même réussi à me relever de Jeux olympiques à la maison ratés en continuant à aller de l’avant. Donc dire où est ma limite, je ne sais pas. Je pense que le seuil est encore un peu loin.

J’ai effectué un véritable travail sur le plan psychologique parce que cet échec a eu une ampleur, à mes yeux, beaucoup plus forte que ce que les gens peuvent imaginer.

Thibaut Collet

Par rapport justement aux Jeux de Paris. Estimez-vous qu’aujourd’hui la page est définitivement tournée ? 
Oui, pour moi, c’est de l’histoire ancienne. Cela a été un échec et un raté, mais je pense qu’en 2025, si je prends les grands championnats, je finis 4e des Championnats d’Europe en salle cet hiver et 5e des Championnats du monde cet été. Mon vrai visage, c’est celui-là, celui d’un athlète qui répond présent sur les grandes compétitions. Cela n’est pas encore payé par des médailles mais je suis à la lutte pour les places d’honneur. Donc oui, le chapitre JO 2024 avec cette élimination lors des qualifications est fermé, clôturé. Et aujourd’hui, j’arrive à en parler sans trop de soucis, même si je ne m’éternise pas dessus parce que cela appartient au passé.

Avez-vous dû effectuer un important travail sur le plan mental pour surmonter cette déception à Paris ?
Cela allait au-delà du travail mental. J’ai effectué un véritable travail sur le plan psychologique parce que cet échec a eu une ampleur, à mes yeux, beaucoup plus forte que ce que les gens peuvent imaginer. Quand on parle d’un rêve de gosse qui se brise, d’une partie de soi qui meurt parce que ces Jeux représentaient l’objectif ultime, c’est un travail de deuil qu’il faut effectuer. Pendant trois ans, je me levais tous les matins en pensant à Paris 2024 et tout s’est bien passé jusqu’au jour J où là… Je me suis raté et cela a été vraiment difficile à vivre donc oui, il y a eu un gros boulot à faire, bien plus important qu’une simple préparation mentale.

Thibaut Collet aux Mondiaux à Tokyo cette année Bildbyran / Icon Sport

Ce deuil, l’avez-vous fait tout seul ?
Non, j’ai été accompagné par une psychologue du sport parce que tout seul, je n’y arrivais pas. Je n’étais plus assez lucide pour pouvoir me relever face à ça. Donc il a fallu que je m’entoure des bonnes personnes, compétentes et c’est ce que j’ai fait. Cela a vraiment bien marché et aujourd’hui, je me sens super bien.

Votre père ne pouvait pas vous aider…
Non, il ne pouvait pas m’aider parce qu’à part me dire qu’il était fier de moi, comme un père peut être fier de son fils… En fait, mon entourage ne pouvait pas m’aider parce que finalement, tout le monde se mentait un peu en disant : «on n’est pas déçu, on n’est pas triste, c’est la vie, c’est comme ça». Alors qu’en réalité, c’était tout l’inverse. Moi, je sais que j’ai été le plus grand dépité de l’histoire, mais j’ai déçu tellement de gens… Il m’a fallu du temps pour accepter cela. Et quand j’y suis parvenu, cela a tout changé derrière. Mon entourage a été présent, il m’a soutenu mais il n’avait pas les clés pour me permettre de vraiment aller de l’avant. Il fallait que ce soit fait par quelqu’un de professionnel.

C’est une nouvelle phase de ma carrière qui débute et c’est là qu’on va commencer à compter les points.

Thibaut Collet

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Pensez-vous être plus fort désormais ?
(Ferme) Beaucoup plus fort. Il y aura peut-être d’autres compétitions sur lesquelles je pourrais passer à travers. Ça arrive dans une carrière de sportif, on ne peut jamais prédire ce qu’il va se passer. Mais je sais qu’aujourd’hui, je suis beaucoup plus fort. Je l’avais déjà un peu affirmé avant les Championnats du monde de Tokyo en disant que je débarquais avec de nouvelles armes au niveau mental. Parce que le gros travail que j’ai fait pendant l’année, il m’a énormément servi et à Tokyo, je me suis senti comme un nouvel athlète, préparé à peu près toutes les situations qui pouvaient arriver. À 26 ans, j’ai participé à tous les grands championnats de mon sport, j’ai emmagasiné de l’expérience et je sens que j’ai une réponse pour chaque problème qui peut se présenter. C’est pour cela que je considère que je suis beaucoup plus fort que les années passées et je compte bien me le prouver cet hiver. C’est une nouvelle phase de ma carrière qui débute et c’est là qu’on va commencer à compter les points.

Quand vous dîtes cela, pensez-vous déjà aux Jeux de Los Angeles en 2028 ?
Pour l’instant, je ne suis pas vraiment tourné sur 2028. En athlé, on a la chance d’avoir des championnats majeurs chaque saison. Donc j’y vais étape par étape en ayant en ligne de mire Los Angeles, mais je ne suis pas là à me concentrer absolument sur les Jeux. Je sais que cela approche petit à petit mais il y a des belles étapes avant.

Quel regard portez-vous sur «Mondo» Duplantis ?
Il y a plusieurs regards possibles. D’abord, il y a l’amoureux de la perche qui ressent une profonde admiration pour ce qu’il réalise. Ensuite, il y a le compétiteur saoulé de voir qu’il a passé 5,90m en finale des derniers Championnats du monde et qu’il se retrouve à…. 40 centimètres du vainqueur. C’est juste surhumain ce qu’il fait. C’est à la fois une chance et une malchance de faire partie de cette génération-là, que ce soit Duplantis ou Karalis (26 ans tous les deux), parce que moi, je me les cogne depuis que je suis cadet ces deux mecs. Et je vais les avoir avec moi toute ma carrière. Mais c’est aussi une chance parce qu’il y a une vraie mise en lumière sur la discipline, un réel engouement à chaque championnat. Dès qu’il y a une finale de saut à la perche, les tribunes sont pleines et on passe des moments forts sur la piste avec le public et avec les athlètes. Cela crée une vraie «hype» autour de la perche. Mais c’est vrai que ce n’est pas toujours un cadeau parce que les gens en viennent à banaliser des performances qui ne le sont pas. Si je prends mon cas, passer 5,90m en finale d’un grand championnat, il y a dix ans, c’était synonyme a minima de podium, voire de victoire. Maintenant, il faut faire avec.

Thibaut Collet aux côtés de «Mondo» Duplantis Bildbyran / Icon Sport

Avant une grande compétition, cela revient-il à dire que vous ne visez pas la médaille d’or ? 
C’est sûr qu’il faut être lucide. Mon record est à 5,95m. Avec ça, si je parle de médaille d’or, c’est que je suis déconnecté de la réalité. Pour l’instant, mon objectif, c’est de passer la barre des six mètres et de prendre des médailles sur des grands championnats. J’ai envie d’être sur un podium aux Championnats du monde et je rêve d’une médaille olympique. Maintenant, de dire que je veux gagner ces compétitions - au fond de moi bien sûr que je rêve de les gagner -, mais je suis très lucide sur le fait que tant que Duplantis sera présent, ce ne sera pas possible. Depuis 2019, il n’a pas perdu en finale d’un grand championnat. Après, il y a plein de gens qui me disent : «oui mais il peut se trouer». Mais il ne se troue pas. Ou alors se trouer pour lui, cela veut dire passer 6 mètres et c’est tout. Moi, si je me troue, je m’arrête à 5,70m. Ou dit autrement, une performance correcte de sa part lui suffit pour gagner. Maintenant, il y a deux autres places sur le podium et celles-ci m’intéressent également très fortement.

Mais cela ne vous enlève pas une part de plaisir ?
Non, parce que je suis passionné par ce que je fais, par ma discipline. Après, il y a plein de compétitions dans l’année que je fais où il n’est pas là. L’objectif désormais, c’est de les gagner, c’est notre moment de gloire à nous. Mais pour revenir à votre question, mon plaisir, je le prends en vivant de ma passion et en étant en pleine forme.

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