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L’assassin du père Olivier Maire a été condamné, jeudi 22 janvier, à 30 ans de réclusion par la cour d’assises. Retour sur le procès qui s’est déroulé à La Roche-sur-Yon.
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Par Rédaction La Roche-sur-Yon Publié le 22 janv. 2026 à 20h55 ; mis à jour le 22 janv. 2026 à 21h04
Le procès d’Emmanuel Abayisenga s’est achevé jeudi 22 janvier 2026 devant la cour d’assises de Vendée, présidée par Anne Haye. L’homme était accusé de l’assassinat du père Olivier Maire.
Dans la nuit du 8 au 9 août 2021, le prêtre de la communauté des Montfortains avait trouvé la mort dans la congrégation de Saint-Laurent-sur-Sèvre. Quelques heures après le drame, l’homme, né au Rwanda en 1981, s’était rendu à la brigade de gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvre en disant aux militaires : « Mettez-moi en prison… »
À l’époque des faits qui l’ont conduit devant les assises, Emmanuel Abayisenga était placé sous contrôle judiciaire et assigné à résidence dans la communauté des Montfortains après l’incendie de la cathédrale de Nantes, onze mois plus tôt, pour lequel il avait été condamné à quatre ans de prison.
Très affaibli, pesant à peine quarante kilos, l’accusé a refusé d’être extrait de sa cellule mardi, au deuxième jour de son procès. Il a fait savoir, toujours par écrit, qu’il était « fatigué… ». Un mandat d’amener a été délivré et il a finalement été conduit dans son box par les gardes de l’administration pénitentiaire.
» On récitait le » Je vous salue Marie… «
Après le terrible rappel des faits, puis l’évocation de sa personnalité (notre édition du 22 janvier), des témoins se sont succédé à la barre. Comme sœur Joséphine, 91 ans, bénévole au sein d’une association chargée de venir en aide aux migrants. « Emmanuel avait 28 ans quand il est arrivé chez nous, dans notre association près de la gare de Nantes. Il n’est pas tout mauvais et n’a pas toujours cherché à s’exprimer par la violence. »
La religieuse est aussi revenue sur l’agression qu’il avait subie alors que l’accusé fermait la cathédrale de Nantes le 31 décembre 2018, une mission qui lui avait été confiée. « Quelqu’un l’a confondu avec un prêtre. Après son agression, nous l’avons emmené déposer plainte, mais elle a été classée sans suite. Il l’a assez mal vécu. Peut-être que si c’était quelqu’un d’autre, la plainte aurait été suivie d’effet… »
Sœur Joséphine tient à préciser que l’accusé « aimait prier. Quand j’allais lui rendre visite en prison, il me demandait avant que je parte que nous récitions ensemble un « Je vous salue Marie ».
Un autre objet que la chaise pour porter les coups
Mercredi matin, la médecin légiste a apporté des éclaircissements sur les coups portés à la victime. Sur les sept lésions, « au moins trois blessures à la tête ont pu entraîner le décès, indépendamment les unes des autres. ». Une question soulevée pendant l’enquête : la chaise qu’aurait utilisée Emmanuel Abayisenga pour frapper le prêtre, et retrouvée près de la scène de crime, a-t-elle suffi pour provoquer de telles blessures ?
Pour la médecin légiste, « certaines blessures n’ont pas pu être provoquées par cette chaise. ». Elle est formelle, les coups ont été portés avec « un objet d’une certaine dureté et d’une certaine masse ». L’arme par destination, autre que la chaise, qui aurait été utilisée par l’accusé n’a jamais été retrouvée malgré l’intervention et les investigations des brigades canine et nautique de la gendarmerie. Un colis a été sorti des eaux de la Sèvre et contenait une statuette. La question a été posée, mais il n’a pas pu être établi que cet objet a servi à tuer la victime. Une seule personne sait avec quelle arme le prêtre a été tué : Emmanuel Abayisenga… Mais il a choisi de se taire.
Peur de la castration
Une autre interrogation a plané tout au long des trois jours et demi des débats : pourquoi ? Emmanuel Abayisenga a fait savoir par écrit, à l’ouverture du procès, qu’il garderait le silence et qu’il n’avait pas besoin d’interprète ni d’avocat. Il est ressorti néanmoins du dossier que l’accusé avait d’importants problèmes de santé. Il souffrait aussi d’une psychose et avait, selon lui, peur d’être castré. Il a d’ailleurs passé un certain temps en psychiatrie.
À plusieurs reprises, il a fait part de son souhait d’aller en prison et de ne plus rester dans la communauté religieuse où il était pourtant contraint de rester sur décision judiciaire. Autres propos étonnants de l’accusé pendant l’instruction : « Quand c’est le jour de quelqu’un on ne peut pas y échapper… »
L’annonce de la mort brutale du prêtre a suscité un vif émoi. Daniel, un prêtre de la communauté des Montfortains, âgé de 80 ans, qui véhiculait souvent l’accusé pour ses différentes démarches, a témoigné devant la cour : « Devant n’importe qui, Olivier savait toujours trouver les mots. Il faisait tout ce qu’il pouvait pour Emmanuel… » Un autre prêtre de la communauté a décrit la victime comme « un homme droit, simple, un aîné qui était un modèle pour nous ».
Et puis il y a le témoignage de la cousine d’Emmanuel Abayisenga. Quand l’avocate générale lui a demandé son avis sur l’attitude de l’accusé dont on n’a pas entendu le son de la voix depuis l’ouverture du procès, elle a répondu : « C’est peut-être une mauvaise stratégie… Il aurait dû demander pardon. Il a tué quelqu’un… »
« Un mauvais larron… »
Sentiment partagé par l’avocat des missionnaires Montfortains, Antoine de Guerry, une des parties civiles. Il a évoqué la main tendue à l’accusé par la communauté religieuse, « une chance lui a été donnée. Il s’est inventé un passé de victime du génocide, il a été capable de faire croire qu’il avait des problèmes de santé, il a fait semblant de ne pas comprendre le français ».
Pour l’avocat de la communauté, l’accusé qui a été recueilli par « les bons samaritains, est un mauvais larron qui ne reconnaît pas ses fautes ». Il a adressé une dernière supplique à l’accusé : « Allez voir l’aumônier de la prison et demandez pardon. Un jour, que seul Dieu sait, vous comparaîtrez devant un tribunal qui ne sera pas une cour d’assises. Et ce jour-là vous n’aurez pas droit au silence ! »
Maître Céline Party, avocate des frères de la victime, a estimé que ce « n’est pas entendable quand on dit que la congrégation est pire que la prison. Il avait son trousseau de clés et pouvait entrer et sortir comme il voulait. Non, ce n’est pas pire que la prison ! Ce n’est pas entendable aussi parce que la victime a été frappée au sol. Réduire aussi Olivier Maire à un homme qui voulait castrer l’accusé, n’est pas entendable ! Cela donne une image surréaliste et injurieuse du défunt ».
Quinze mensonges
L’avocate générale, Fiametta Esposito, a rappelé, au début de son réquisitoire, que l’accusé n’a pas arrêté de mentir depuis son arrivée en France. À tout le monde. « Y compris aux médecins sur les multiples maux dont il se disait atteint. » Devant les jurés, la représentante du ministère public a énuméré, un par un, les quinze mensonges de l’accusé. Pour l’avocate générale, Emmanuel Abayisenga n’était pas fou au moment du passage à l’acte, « il savait ce qu’il faisait ». Elle requiert la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans.
Les premiers mots de Maud Navenot, avocate de l’accusé (désignée par le bâtonnier), ont d’abord été « pour la victime et ses proches ». Elle a aussi tenu à préciser qu’« assurer une défense pénale ne veut pas dire que l’on est d’accord avec l’acte commis ». Face au mutisme d’Emmanuel Abayisenga, son avocate n’a pu étayer sa plaidoirie que sur les seuls éléments du dossier. Elle a estimé que « l’on n’a pas assez d’éléments pour établir la préméditation ».
Autre question soulevée : avait-il l’intention de tuer ? Les facultés mentales d’Emmanuel Abayisenga étaient-elles abolies ou altérées au moment de la tragique soirée du 8 août 2021 ? Ou était-il en pleine possession de ses moyens sur le plan psychologique ? Après plus de quatre heures de délibéré, les jurés de la cour d’assises de Vendée ont considéré qu’il n’y avait pas d’altération ni d’abolition du discernement.
Aux questions : a-t-il tué volontairement et avait-il l’intention, ils ont répondu oui. Emmanuel Abayisenga a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté correspondant aux deux tiers de la peine. La cour d’assises a aussi prononcé une interdiction définitive du territoire français. Sanction applicable dès sa sortie de prison…
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