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Politique 01/10/2026 12:53 Actualisé le 01/10/2026 13:13
Sébastien Lecornu doit présider une cellule interministérielle de crise sur les blocages des lycées au moment où le mouvement social gagne les campus.

ABDEL MAJID BZIOUAT / AFP
Après les lycées, les universités : Le gouvernement débordé par la colère de la jeunesse (photo d’illustration de Nunez et Lecornu prise au Maroc en juillet 2026)
Une tache d’huile inflammable. Commencé il y a environ une semaine, dans le Val-de-Marne, en région parisienne, le mouvement social lycéen continue de prendre de l’ampleur à travers le pays et semble gagner les universités. Une trentaine de campus sont bloqués ce jeudi 1er octobre et s’ajoutent ainsi aux 356 établissements déjà concernés mercredi.
Soutenus par la gauche en général, et la France insoumise en particulier, dont les élus multiplient les apparitions sur les piquets de grève, ces jeunes ou étudiants dénoncent la dégradation de leurs conditions d’apprentissage. Ils réclament, notamment, davantage de moyens, le remplacement de leurs professeurs absents, mais également la rénovation de leurs établissements, parfois vétustes et souvent inadaptés au réchauffement climatique.
Autant de revendications qui viennent nourrir un mouvement de colère déjà amplifié, sans doute, par les vidéos virales publiées par les manifestants sur les réseaux sociaux. Quoi qu’il en soit, le gouvernement, qui n’a pas su anticiper une telle grogne, semble désormais bien incapable de la contenir. En témoigne un bilan déjà particulièrement lourd.
Le gouvernement ne trouve pas de parade
De fait, il a fallu attendre une semaine pour voir la première réponse tangible de l’exécutif sur le fond et les problèmes invoqués par les lycéens sur leurs blocus. Le ministre de l’Éducation nationale a effectivement annoncé, mercredi, l’ouverture d’une « plateforme de concertation » à laquelle « tous les lycéens pourront contribuer ». Le but ? Qu’ils y déposent leurs revendications et leurs inquiétudes de manière territorialisée.
Une « restitution nationale » serait ensuite organisée pour « apporter des réponses structurées », selon les mots d’Édouard Geffray lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Dans le même esprit, les recteurs sont appelés à réunir dans 48 heures, les conseils académiques de la vie lycéenne, et les proviseurs à convoquer « une réunion extraordinaire » des conseils d’administration. De quoi permettre aux étudiants de s’exprimer dans un « cadre démocratique », selon le ministre.
Pour l’heure, cette première réponse, a minima, ne satisfait pas les jeunes mobilisés. À gauche, les responsables politiques fustigent une forme de décalage par rapport à l’ampleur de la fronde. Le sénateur Yannick Jadot a par exemple parlé, sur franceinfo, d’une « réponse médiocre » aux « revendications bien légitimes de nos enfants », de la part d’un ministre qui n’a pas pris la peine d’entendre les organisations lycéennes.
Convergence des colères ?
Comme l’écologiste (soutien de Raphaël Glucksmann pour 2027), Olivier Faure dénonce l’« irresponsabilité totale » de l’exécutif. Dans un message publié ce jeudi sur les réseaux sociaux, il demande au chef du gouvernement et au ministre de l’éducation nationale de recevoir « dès aujourd’hui » les représentants des syndicats lycéens et enseignants « pour entendre leurs légitimes revendications et y apporter des réponses concrètes. » Car « la colère lycéenne et le malaise dans l’éducation nationale », ajoute-t-il, « ne se régleront pas à coups de matraques, de tir de LBD et en laissant dégénérer la situation. »
L’épreuve est particulièrement difficile pour Sébastien Lecornu et ses ministres, qui sont interdits de déplacement jusqu’au début de semaine prochaine selon BFMTV et Le Parisien. S’ils ne parviennent pas à trouver la parade pour répondre à la colère, ou au moins la juguler, le gouvernement prend le risque de voir le mouvement se propager. Après une semaine de montée en tension dans les lycées, le blocage d’une trentaine de campus (un chiffre assez rare), devrait être un signal d’alarme. D’autant plus vif dans le contexte éruptif actuel, et en marge d’une saison budgétaire propre à attiser les ressentiments.
Ainsi, les étudiants nouvellement mobilisés dénoncent devant leurs universités la « suppression massive de places dans les facs », mais également le gel des APL (allocation logement) prévu dans les textes présentés ce jour même en Conseil des ministres. Avec les appels à manifester le 17 octobre, qui circulent massivement sur les réseaux sociaux, le spectre d’une convergence des colères peut rapidement se faire plus pesant.
Le risque d’un basculement
Mais il existe un danger encore plus grand que celui de la tache d’huile, le risque d’un mouvement qui dégénère, et bascule dans la violence. De fait, les bilans donnés par les autorités depuis le début de la crise sont déjà lourds. Pour la seule journée de mercredi, 625 personnes ont été interpellées et 83 policiers et gendarmes blessés. Au total, 119 élèves et personnels ont été blessés en une semaine.
Des chiffres qui témoignent d’une situation toujours plus tendue sur le terrain. Ce jeudi, le hall d’un lycée à Nantes a été entièrement incendié par des manifestants, tandis que circulent sur les réseaux sociaux plusieurs vidéos montrant des actions violentes de la part des forces de l’ordre. L’IGPN est saisie de trois enquêtes après des blessures de lycéens par des policiers. L’une d’entre elles concerne un jeune homme hospitalisé avec « des blessures au niveau de la tête (...) compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD », selon la procureure de Tours. Autant d’événements susceptibles de provoquer une spirale de violence, avec l’arrivée dans le mouvement d’éléments plus radicaux ou étrangers aux lycées.
Signe de la sensibilité du sujet, Sébastien Lecornu a convoqué une cellule de crise ce jeudi à 13 heures, dédiée à cette colère sociale et ses conséquences. La veille, c’est Emmanuel Macron qui, depuis Madrid, appelait « au calme et à la responsabilité. » Il en faudra certainement davantage.


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