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Faute de pouvoir mesurer la confiance dans le système de santé, l’administration mesurera désormais les risques chez les thérapeutes.
L’idée prête évidemment à sourire. Le sujet, beaucoup moins.
La Miviludes explique que la santé et le bien-être représentent désormais son premier domaine de signalements et de demandes d’information. Dans le viseur : les promesses de guérison miraculeuse, la rupture avec les proches, la culpabilisation du patient, l’abandon de traitements médicaux, l’emprise psychologique ou encore les dépenses financières qui s’accumulent.
Autrement dit, des comportements qui méritent incontestablement d’être repérés.
Le problème commence lorsque le grand filet administratif s’approche de pratiques qui, elles, ne sont pas synonymes de secte.
Le ministère classe parmi les pratiques de soins non conventionnelles l’ostéopathie, l’hypnose, l’acupuncture ou encore différentes approches généralement présentées comme complémentaires. La Miviludes évoque également régulièrement la naturopathie, la sophrologie et le jeûne.
Et elle apporte une précision essentielle : toutes ces pratiques ne sont pas forcément sectaires.
Cela va mieux en l’écrivant.
Le gourou n’a pas le monopole du cabinet
C’est précisément là que le « dérivomètre » mérite d’être regardé attentivement.
Qu’un individu promette de guérir un cancer avec trois feuilles de sauge, exige l’arrêt d’un traitement indispensable, coupe son client de sa famille puis lui facture 4 000 euros un stage de purification cosmique dans la Creuse : le problème paraît assez simple à identifier.
Mais consulter un naturopathe, pratiquer le jeûne, recevoir une séance d’hypnose ou chercher à compléter un suivi médical par une approche différente ne transforme pas automatiquement un patient en adepte ni un praticien en gourou.
Le ministère lui-même reconnaît la diversité de ces pratiques et insiste surtout sur les risques lorsqu’elles remplacent des soins dont le patient a besoin.
La nuance paraît élémentaire. Elle est pourtant capitale.
Car en matière de santé, la frontière entre prévention légitime et soupçon généralisé peut devenir rapidement inconfortable.
Le sujet n’est d’ailleurs pas nouveau. Dès 2024, Fabien Moine alertait dans nos colonnes sur les conséquences possibles de la législation concernant les dérives sectaires, notamment lorsque le débat touche aux choix thérapeutiques et à la liberté d’expression.
Le vrai critère devrait rester le danger
Une médecine naturelle n’est pas automatiquement efficace parce qu’elle est naturelle. Une molécule industrielle n’est pas automatiquement irréprochable parce qu’elle sort d’un laboratoire. Dans les deux cas, le patient devrait pouvoir demander des preuves, connaître les risques et conserver son libre arbitre.
Les scandales sanitaires rappellent d’ailleurs que les dérives et les conflits d’intérêts ne sont pas réservés aux cabinets de naturopathie. Le documentaire consacré aux rapports de force entre grands laboratoires pharmaceutiques, recherche et santé publique montrait déjà pourquoi la vigilance ne devrait jamais fonctionner dans une seule direction.
De la même manière, notre article consacré au Dr Jade Allègre et à son travail sur l’argile illustrait les tensions persistantes autour des pratiques situées hors du cadre médical conventionnel.
La protection des patients contre l’emprise, l’escroquerie et les faux espoirs est évidemment nécessaire. Mais le meilleur « dérivomètre » restera peut-être encore celui-ci : un praticien accepte-t-il les questions ? Présente-t-il honnêtement les limites de sa méthode ? Promet-il l’impossible ? Demande-t-il d’abandonner brutalement des soins nécessaires ? Cherche-t-il à isoler ou contrôler son patient ?
Si l’outil sert à repérer ces comportements, il peut être utile.
S’il finit par transformer toute pratique non conventionnelle en zone suspecte, il ne mesurera plus seulement les dérives. Il mesurera surtout jusqu’où l’administration souhaite placer le curseur.


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