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Après le chaos, Laurent Nuñez sous le feu des critiques

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Emmanuel Macron a refusé sa démission. Mais il ne lui a pas pour autant renouvelé sa confiance sans réserve. Après les violences et les pillages du 17 octobre, Laurent Nuñez se retrouve sommé de rendre des comptes sur sa stratégie sécuritaire. Un revers cinglant pour cet ancien préfet de police, spécialiste du maintien de l'ordre. Le président de la République l'a maintenu à Beauvau au nom de "la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel". Mais le chef de l'État a pointé des "défaillances d'anticipation et de renseignements". Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a lui-même reconnu que les autorités avaient "failli incontestablement". Le maintien à Beauvau de Laurent Nuñez ressemble davantage à un sursis qu'à un blanc-seing.

Des forces de l'ordre débordées

Le 6 octobre, sur France Inter, le premier flic de France affirmait que "perdre le contrôle, c'est si jamais vous aviez des hordes de personnes qui défilaient dans les centres-villes, qui pillaient les magasins, qui commettaient des exactions". Onze jours plus tard, ce scénario s'est réalisé. À Paris, des commerces ont été pillés et des groupes violents se sont approchés de l'Élysée. À Marseille, l'hôtel de ville a été pris pour cible ; à Limoges, il a carrément été incendié. À Bordeaux, le Raid a été déployé. Près de 2 400 personnes ont été interpellées et près de 1 000 policiers et gendarmes blessés. Ces violences ont éclaté en marge d'une mobilisation majoritairement pacifique contre la vie chère : 550 000 personnes selon le ministère, 800 000 selon les organisateurs.

Comment les forces de l'ordre ont-elles pu être débordées à ce point ? Les accusations d'impréparation se multiplient. À Marseille, le maire Benoît Payan a dénoncé "l'incapacité de l'État à protéger sa ville". Il affirme avoir dû réclamer des renforts. À Limoges, le maire LR estime que "la police a manqué de moyens". Même colère chez les syndicats policiers : "On a été en sous-nombre toute la journée", assure Rudy Manna, de l'Unsa-police. Les renseignements sont accusés, eux, d'avoir sous-estimé la mobilisation.

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La tâche était certes difficile : des groupes mobiles, parfois éloignés des cortèges, ont multiplié les attaques, dispersant les effectifs. Rudy Manna évoque "des personnes haineuses qui voulaient tuer du flic et renverser l'État". Reste une question : pourquoi le dispositif n'était-il pas adapté ? Le ministère attendait environ 200 000 manifestants, contre plus de 500 000 recensés. Une erreur d'anticipation majeure.

Laurent Nuñez n'a pourtant rien d'un novice parachuté place Beauvau. À 62 ans, l'ancien préfet de police de Paris est passé par le renseignement intérieur et la lutte antiterroriste. Il a géré la crise des Gilets jaunes en tant que secrétaire d'État à l'Intérieur et supervisé la sécurité des Jeux olympiques de 2024. Son expérience rend ces défaillances particulièrement accablantes.

La fermeté, à quel prix ?

Pour comprendre les difficultés du ministre, il faut remonter aux premières manifestations lycéennes, fin septembre. Dès le départ, Laurent Nuñez affiche sa fermeté. Dans un télégramme du 30 septembre, il rappelle aux préfets que "l'usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l'action pour rétablir l'ordre". Le 2 octobre, sur TF1, il assure n'avoir donné "aucune consigne de retenue" aux policiers, tout en rappelant l'exigence de proportionnalité. Le 7 octobre, devant les députés, il martèle : "J'assume la doctrine d'ordre public, j'assume les instructions que je donne […] mais je ne suis pas responsable des violences."

Mais cette stratégie suscite la controverse, face à une mobilisation composée en grande partie de mineurs. Plusieurs adolescents sont grièvement blessés. À Lens, un lycéen de 15 ans perd une main après l'explosion d'une grenade policière. Le 7 octobre, Laurent Nuñez annonce la suspension des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen. Des enquêtes de l'IGPN sont ouvertes. La dénonciation des violences policières s'ajoute aux revendications.

C'est aussi la doctrine qui fait débat. Le sociologue Cédric Moreau de Bellaing rappelle dans Le Monde que le maintien de l'ordre français a longtemps admis une part de désordre : intervenir trop tôt peut provoquer plus de confrontations qu'on n'en évite. Faut-il agir vite pour empêcher les dégradations, au risque d'attiser les tensions, ou privilégier la désescalade, au risque de laisser agir les groupes violents ? La gestion des lycéens n'explique pas les débordements du 17 octobre. Mais ces deux séquences interrogent la capacité du ministère à adapter sa réponse à des mobilisations très différentes.

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Laurent Nuñez se retrouve pris entre des critiques contradictoires. À gauche, certains dénoncent une réponse disproportionnée aux lycéens. À droite, Bruno Retailleau met en cause la faiblesse de l'exécutif. Les maires réclament des comptes. Et Emmanuel Macron exige une révision des méthodes.

Depuis lundi, le gouvernement tente de reprendre la main. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé des couvre-feux "partiels" et "localisés". Des mesures de ce type ont ensuite été confirmées à Paris, Lille, Douai, Nice et Lyon. Les effectifs policiers et les moyens de renseignement doivent être renforcés, avec l'arrivée de réservistes. Laurent Nuñez s'est également engagé à mener "une réflexion sur la doctrine du maintien de l'ordre et la gestion des violences urbaines", tout en assumant "sa part de responsabilité".

À quelques jours d'une nouvelle mobilisation, samedi 24 octobre, Laurent Nuñez joue sa crédibilité et son poste. Lui qui, le 6 octobre, assurait savoir reconnaître une perte de contrôle doit désormais démontrer qu'il est encore capable de l'éviter.

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