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Après le calme et la confiance, un peu de panache et de bravade au service du Canadien

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Le Canadien n’est pas arrogant, mais il ne manque pas de confiance. Et il a trouvé un tas de façons de l’exprimer, dimanche, dans sa victoire de 6-2 sur les Sabres de Buffalo.

Comme c’est souvent le cas, ça commence avec le gardien.

Celui du Canadien est d’une candeur adorable, qui n’a d’égal que le feu qui brûle à l’intérieur de lui.

On apprend un peu plus chaque jour à découvrir Jakub Dobes et l’instinct de compétition qui l’incite à être aussi confrontant avec l’adversaire. Mais d’une certaine façon, Dobes aussi en apprend sur lui-même durant ces séries éliminatoires.

Plus tôt en saison, il était en proie à une certaine volatilité émotive. Mais plus la saison a avancé, et à mesure qu’il a apprivoisé une charge de travail plus exigeante, le grand gardien tchèque a atteint une zone de confort et de constance dans laquelle il continue d’œuvrer en séries éliminatoires.

Ce n’est pas banal pour un gardien recrue compte tenu du fait qu’il s’agit des séries et qu’il pourrait très bien se montrer plus chancelant dans un environnement aussi chargé.

Mais non.

Comme il l’avait fait dans le deuxième match, Dobes a réservé plusieurs de ses meilleurs arrêts devant l’avantage numérique des Sabres, et il a été essentiel dans l’effort du Canadien de prendre l'avance 2-1 dans cette série.

Les amateurs montréalais, qui se sont fait un plaisir de l’adopter, vivent une idylle avec lui en ce moment.

Je ne suis pas un héros. Je suis juste moi-même. Je ne suis qu’un gardien de but un peu fanfaron qui essaie d’arrêter les rondelles. Je ne me considère pas comme un héros. Je vais rentrer chez moi, manger, regarder Game of Thrones et aller me coucher. Il n’y a rien d’héroïque là-dedans.

Il y a quelque chose de fascinant chez ce jeune homme, qui est à la fois attendrissant et provocateur. Il dérange l’adversaire, il parle continuellement aux joueurs des Sabres, et ceux-ci doivent ressentir l’envie de foncer sur lui, un peu comme l’a fait Beck Malenstyn à mi-chemin dans le match.

Le joueur des Sabres saute sur le filet.

Zachary Bolduc (76) du CH réagit pendant que Beck Malenstyn (29) des Sabres de Buffalo entre en collision avec le gardien Jakub Dobes (75).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Juraj Slafkovsky a fait 4-1 Canadien pendant que Malenstyn était au cachot, et Dobes s’est permis d'aller donner quelques coups de patin en direction du banc des Sabres pour les narguer quelque peu.

Il adore ces échanges-là, a dit le capitaine Nick Suzuki. Ça l'aide à se mettre dans le bain et à se sentir partie prenante de tout ce qui se passe.

On dirait presque qu’il est à son mieux quand ce genre de truc se produit.

Dobes fait ressortir ce pan de sa personnalité dans un contexte de séries où les rivalités s’échauffent, mais il offre surtout au Canadien le meilleur des deux mondes : non seulement fait-il les arrêts, mais si les Sabres croient pouvoir le décontenancer et le sortir de son match, il semble plutôt être celui qui déconcentre l’adversaire.

Et ce qui est déroutant, c’est de devoir conjuguer ce tempérament batailleur au sourire angélique qu’il a offert à la foule durant un arrêt de jeu.

Le Centre Bell scandait son nom en fin de match lorsque son visage est apparu à l’écran géant. Dobes a laissé transparaître à travers son masque un large sourire qui a fait réagir la foule encore davantage.

J’étais habitué aux matchs décidés par la marge d’un but contre Tampa Bay, a dit Dobes candidement. Ce soir j’ai pu le savourer davantage. Je n’avais pas besoin d’être hyper concentré dans les dernières minutes.

Vêtu de l'uniforme rouge du CH, il se tient immobile devant son filet.

Le gardien Jakub Dobes reçoit une ovation des partisans au Centre Bell.

Photo : Reuters / Eric Bolte

Il était impossible de deviner quel genre de gardien Dobes pouvait devenir avant qu’il soit soumis pour vrai à la pression des séries. On commence à en avoir une idée.

Et il s’avère un atout encore plus important pour le Canadien que ce qu’on aurait pu imaginer auparavant.

Bolduc a de nouvelles cordes à son arc

Dès que Malenstyn est entré en contact avec Dobes, l’ailier Zachary Bolduc n’a fait ni une ni deux et a sauté au collet du joueur des Sabres.

Bolduc venait de marquer le troisième but de son équipe après un beau jeu de Joe Veleno, mais il était tout aussi content après le match de s’être porté à la défense de son gardien.

C’est deux choses desquelles je retire beaucoup de fierté, a dit Bolduc. En tant que coéquipier, tu veux t’assurer que tes coéquipiers se sentent en sécurité et se sentent bien sur la glace. Quand des choses comme ça arrivent, ce n’est pas le fun à voir. Mais si Dobes était un défenseur ou un attaquant, il aurait probablement fait la même chose.

On est une équipe qui se tient et qui prend soin l’un de l’autre. Dans des moments comme ceux-là, c’est important de le faire.

Il est félicité par ses coéquipiers.

Zachary Bolduc a marqué le 3e but du Canadien, dimanche soir.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Bolduc en est un autre qui dérange l’adversaire depuis quelque temps. Il patine, il frappe et il parle. Beaucoup. Il a dérangé les joueurs du Lightning de Tampa Bay au premier tour et il continue de le faire contre les Sabres.

On le savait à l’aise quand vient le temps de donner des coups d’épaule, on le sait à son mieux lorsqu’il est efficace en échec avant, mais on dirait que les séries ont éveillé en lui une nouvelle facette de sa personnalité qui profite au Canadien et qui le rend beaucoup plus utile.

Tout à coup, sa combinaison de vitesse et de robustesse se décline d’une nouvelle façon.

Il y a un historique qui se bâtit et tu peux devenir fatigant pour l’adversaire, a décrit Martin St-Louis. C’est plus facile d’amener ça en séries qu’un mardi au 53e match de la saison, quand tu n’as pas vu un adversaire depuis trois mois et que tu ne le reverras pas pendant trois mois.

St-Louis n’en est pas avec Bolduc à son premier projet. Il a eu sous la main quelques joueurs dont l’identité dans le junior était bien définie, mais qu’il a voulu amener à un jeu d’ensemble plus complet. L’entraîneur-chef s’est réjoui des progrès effectués par Bolduc cette saison, et le fait que ce dernier s’affirme autant en séries vient valider tout le travail effectué durant la campagne.

Je me suis un peu cherché durant la saison, mais les séries c’est une autre saison, a dit Bolduc. C’est comme ça que je l’ai vu. Je veux apporter mes forces le plus possible.

Au total, Bolduc a récolté 16 minutes de punition dimanche, soit trois infractions mineures pour rudesse ainsi que 10 minutes de mauvaise conduite. Mais que voulez-vous, c’était pour une bonne cause.

Un avantage numérique qui s'affirme

Non, le Canadien ne manque pas d’assurance, et il a bien placé ses pions pour que cette série se joue selon ses termes.

Ajoutez à cela un avantage numérique productif, et on a une équipe qui cherche vraiment à s’affirmer dans toutes les facettes du jeu.

Une attaque à cinq qui crée une erre d'aller et qui est dangereuse peut inciter l’adversaire à jouer un peu plus sur les talons, de peur que ce jeu de puissance ne lui fasse payer un trop lourd tribut.

Le Canadien n’avait pas marqué en supériorité dans le deuxième match, mais il avait quand même obtenu plusieurs chances. Dimanche, il a fait mouche deux fois en plus d’être une menace constante en zone des Sabres.

Le CH avait fait du beau boulot pour se remettre d’un but de Tage Thompson dans la première minute de jeu, mais c’est le but marqué par Cole Caufield avec l’avantage d’un homme qui a vraiment fait basculer le match en faveur du Tricolore.

On se sentait préparés ce soir. Évidemment, il y a encore des choses à améliorer. Mais ce soir, ça nous a fait du bien de pouvoir enchaîner les actions. J’espère qu’on va pouvoir bâtir là-dessus. Quand les cinq joueurs sont sur la même longueur d’onde et font les bonnes lectures de jeu, tout va mieux.

Les joueurs avaient cherché Caufield lors de la supériorité numérique précédente de façon à l’aider à secouer sa léthargie. Lane Hutson l'a finalement trouvé.

Il se plaçait aux bons endroits et jouait de la bonne manière, a dit Hutson. Ça fait vraiment du bien de le voir en marquer un. C'est sans doute un soulagement pour lui aussi, mais il l'a amplement mérité.

N’ôtons aucun mérite à Caufield, il avait bien trouvé l’espace libre au centre de l’enclave pour recevoir la passe de Hutson. Mais c’est le petit défenseur qui est vraiment à l’origine de ce but. Hutson a d’abord empêché in extremis que la rondelle sorte de la zone offensive, de sorte qu’un quatuor défensif exténué des Sabres a dû continuer à se défendre devant le jeu de passe étourdissant du Canadien.

Jakub Dobes se retrouve seul devant son filet, entouré de bâtons abandonnés sur la glace après une mêlée générale.

Les joueurs des deux équipes ont laissé tomber leurs bâtons lorsqu’une mêlée a éclaté.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

L’attaque à cinq du CH n’a pas l’habitude de poivrer le filet adverse, mais on a bien vu dans ce match qu’elle ne cherche pas le jeu parfait. Elle cherche à briser la structure défensive des Sabres, et elle a attendu que cela se produise pour attaquer.

Hutson a donc gardé la rondelle en zone des Sabres, puis, quelques instants plus tard, il s’est permis une incursion vers le filet, puis une ou deux feintes qui ont eu raison des chevilles et de l’orgueil de ceux qui essayaient de le freiner, avant de repérer un Caufield à découvert.

Caufield avait commis un revirement en début de match qui avait ouvert la porte au premier but des Sabres. C’était une belle façon pour lui de faire amende honorable.

Voilà donc le Canadien en bonne posture.

Sa confiance est gonflée à bloc, il a su capitaliser sur l’espace que lui offraient les Sabres et sur les erreurs défensives qu’ils ont commises. Il sait aussi qu’en dehors de quelques dégagements ratés et qui ont prolongé des salves offensives des Sabres, il n’a pas donné une tonne d’occasions en contre-attaque.

On a beaucoup parlé de calme et de sang-froid depuis le début des séries.

Mais dans ce troisième match, le Canadien s’en est permis un peu plus. Il a pu asseoir un peu d’autorité sur cette série.

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