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Depuis l'annonce de la mort du commanditaire du massacre de Srebrenica, des hommages spontanés sont organisés en Serbie et en République serbe de Bosnie. L'Union européenne déplore l'apologie d'un homme condamné à la prison à vie pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Publié le 02/09/2026 05:57
Temps de lecture : 4min
Un enfant fait le salut militaire devant un portrait de Ratko Mladic, le 27 août 2026, à Banja Luka (Bosnie-Herzégovine). (RADIVOJE PAVICIC / AP / SIPA)
Le mémorial a été installé dans le hall d'accueil, sitôt les portes d'entrée franchies. Sur une table, rehaussé d'un cadre doré et barré d'un brassard noir, le portrait de Ratko Mladic, casquette militaire vissée sur la tête. Et devant, un livre de condoléances. Voilà bientôt une semaine que les 30 000 habitants de Trebinje rendent hommage à leur "regretté général", ancien chef militaire des Serbes de Bosnie. "A lui la gloire et les louanges éternelles. Que le Seigneur accueille son âme", a griffonné le maire de cette ville située en République serbe de Bosnie, l'une des deux entités composant la Bosnie-Herzégovine.
A 300 km de là, à Doboj, des citoyens se relaient pour allumer des bougies sur une place. A Bratunac, des cérémonies religieuses sont organisées pour louer la mémoire de Ratko Mladic, mort jeudi 27 août dans un hôpital pénitentiaire de La Haye (Pays-Bas) où, gravement malade, il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie. Entre 1992 et 1995, le conflit a fait environ 100 000 morts et déplacé 2,2 millions de personnes.
Des passants allument des bougies devant un mémorial en hommage à Ratko Mladic, le 27 août 2026, à Banja Luka (Bosnie-Herzégovine). (RADIVOJE PAVICIC / AP / SIPA)
Le soir de sa mort, plusieurs dizaines de ses adorateurs ont spontanément fondu vers le pont de Branko, en plein cœur de Belgrade, capitale de la Serbie voisine. Torches en main, ils ont chanté ses louanges, au milieu des automobilistes. Des images tournées au drone montrent aussi une banderole : "Iz tvoje borbe živi naša sloboda". Traduction : "De votre combat vit notre liberté."
Son nom a aussi été scandé pendant de longues minutes jeudi soir par des supporters de l'Etoile rouge, lors du match d'Europa League sur la pelouse des Tchèques de Plzen. Là encore, une banderole, et là encore, un message sans équivoque : "Generale, večna slava i hvala" ("Général, gloire éternelle et merci").
Les nationalistes serbes sont en démonstration de force. Le culte qu'ils vouent à Ratko Mladic n'a pas disparu. Il semble même s'être renforcé avec sa disparition à l'âge de 84 ans. Et avec les encouragements du ministre de la Justice de la Serbie, qui a promis des obsèques nationales. "Il est certain que le général Mladic recevra tous les honneurs militaires et d'Etat auxquels il a droit", a déclaré Nenad Vujic.
Cette annonce, comme les vidéos et photos des hommages, a provoqué un certain malaise dans les couloirs des institutions européennes. "Le fait qu'il y ait aujourd'hui des hommages à cet homme est absolument révoltant, souffle l'eurodéputée française Nathalie Loiseau. Ratko Mladic était un boucher, un génocidaire." "Il suffit de lire les témoignages des rescapés du massacre de Srebrenica", où plus de 8 000 Bosniaques, musulmans, réfugiés dans une "zone de sécurité" de l'ONU, ont été tués en juillet 1995, sur ordre de Mladic lui-même. "On parle de la pire tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, j'en ai la nausée", s'étouffe un autre parlementaire joint par franceinfo.
Même indignation chez l'eurodéputé croate Marko Vesligaj. "Ça me rend furieux de voir des faits historiques indéniables et des vérités établies par la justice niés ou manipulés, se désespère le parlementaire. Ce refus d'affronter le passé déshonore les victimes." "S'il a dû répondre des atrocités commises à Srebrenica, il porte également la responsabilité de crimes graves perpétrés en Croatie", rappelle-t-il.
"Une partie de l'opinion publique en Serbie montre qu'elle a du mal à affronter le passé et à adopter une position claire sur les crimes de guerre. Sans cette démarche, il ne saurait y avoir de voie vers un avenir européen."
Marko Vesligaj, eurodéputé croate
à franceinfo
Pressée de prendre la parole, la commissaire européenne à l'Elargissement, Marta Kos, a profité d'un déplacement en Slovénie, lundi, pour rappeler que la glorification des criminels de guerre "est contraire aux valeurs fondamentales européennes" et qu'elle "n'a sa place ni dans l'Union européenne, ni dans les pays qui aspirent à en devenir membres", comme c'est le cas de la Serbie.
La mort du "boucher des Balkans" a rouvert des cicatrices dans la région. "Brûle en enfer", a titré le tabloïd croate 24sata. "Le bourreau est mort en geôle", s'est réjoui en une le quotidien bosnien Avaz. "Mais malheureusement, avec ces hommages, on observe que l'idéologie est toujours à l'œuvre", réagit auprès de franceinfo la Franco-Bosnienne Nejra Musabasic, avocate au barreau de Nantes, qui a vécu le siège de Sarajevo. "Nous avons donc le devoir d'utiliser nos armes pour la combattre : la mémoire, la vérité, l'Etat de droit…"
"Brûle en enfer", a titré en une le journal croate "24sata", au lendemain de la mort de Ratko Mladic. (HELOISE KROB / FRANCEINFO)
Le directeur du Mémorial de Srebrenica, Emir Suljagic, lui-même survivant du génocide, affirme également que "le plus dur reste à faire". "La mort de Mladic est une nouvelle occasion de choisir ce dont nous nous souviendrons et, surtout, ce que nous ne laisserons pas s'effacer. (...) Ne pas laisser la vérité, la responsabilité et la mémoire disparaître avec lui", témoigne-t-il dans les colonnes d'Avaz.
Près d'une semaine après la mort de Ratko Mladic, le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des tribunaux pénaux de l'ONU continue de mener son enquête "sur les circonstances de son décès". Mais la structure dit ne "pas être en mesure, à l'heure actuelle, d'estimer la date de clôture" des investigations.
Contacté par franceinfo, l'avocat de Ratko Mladic ne s'attend pas à récupérer la dépouille "avant la fin septembre". "Tout prend du temps, constate Branko Lukic. Pour le moment, le corps de mon client est toujours à l'hôpital de La Haye." Le criminel de guerre lui a souvent répété que "son dernier souhait était de reposer aux côtés de sa fille Ana, au cimetière de Topcider, à Belgrade".
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