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Des scientifiques aux activistes, ceux qui alertent depuis des années sur les conséquences du changement climatiques s’interrogent sur le souvenir que laissera l’été 2026 au grand public.

LAURENT PERPIGNA IBAN / Hans Lucas via AFP
Ce que les experts et les défenseurs du climat espèrent (ou non) de l’été pour le déclic écologique. (Photo d’illustration de la foule observant le mégafeu de Gironde depuis le bord de mer à Arcachon, le 24 juillet 2026)
EN BREF • L’été 2026, avec ses canicules et incendies, pourrait-il marquer un tournant écologique ? Les défenseurs du climat espèrent un déclic.
• La diminution des climatosceptiques est notable, mais la peur d’un retour à l’indifférence persiste parmi les experts et activistes.
• Des efforts sont entrepris pour documenter cet été et renforcer la conscience collective, afin de promouvoir des politiques climatiques durables.
Bientôt le déclic ? La vague de chaleur joue les prolongations en France, avec un mercure qui repart à la hausse dès ce samedi 8 août. Ce coup de chaud est le quatrième depuis le mois de mai, un chiffre affolant et à l’image de l’été infernal qui s’est abattu sur l’Hexagone, entre températures harassantes et mégafeux ravageurs en Gironde, dans le Var ou à Fontainebleau.
La période estivale n’est pas terminée et peut réserver d’autres (mauvaises) surprises mais déjà, se pose la question du souvenir que cette saison en enfer va laisser au grand public. L’été 2026 va-t-il être celui d’une large prise de conscience écologique, poussant la société et ses représentants politiques à prendre le problème climatique à bras-le-corps ?
Des scientifiques aux activistes, les défenseurs du climat sont partagés entre l’espoir d’un déclic et la crainte de voir la population tourner la page une fois la saison terminée, mais tous insistent sur l’importance de retenir les leçons des derniers mois.
La fin des climatosceptiques ?
Le bon sens voudrait que la première victime des incendies et des canicules soit le climatoscepticisme. Début juillet déjà, la directrice générale de Météo France notait lors d’une audition au Sénat que les attaques sur les « communications » du prévisionniste avaient « beaucoup baissé », après deux vagues de chaleur dont celle de la fin juin, particulièrement brutale.
« Où sont passés les “C’est normal, c’est l’été” ? », raillait pour sa part l’agroclimatologue Serge Zaka, dans un post publié sur X le 23 juillet. Même son de cloche du côté du média engagé Bon Pote, dont une publication du 25 juillet ironisait en présentant la disparition des climatosceptiques des réseaux sociaux comme « la seule bonne nouvelle de cet été apocalyptique ».
Interrogé par Le HuffPost, le fondateur de Bon Pote, Thomas Wagner, calme l’enthousiasme : « Les climatosceptiques prennent une nouvelle forme ». Ils affirment que « la technologie va nous sauver » et portent au nu des solutions individuelles comme la climatisation, pour éviter l’épineuse question des changements de « modes de vie » nécessaires pour lutter contre le changement climatique.
« Les messages de haine et menaces continuent », pointe Thomas Wagner, selon qui c’est le cas « tous les étés » et même « toute l’année ». Un constat tristement commun avec d’autres comptes Instagram engagés, qui ont témoigné sous le post de Bon Pote.
« Notre mémoire collective est courte »
S’il ne suffit pas à faire disparaître les climatosceptiques, l’été peut-il provoquer un déclic auprès du public ? Lors d’un échange avec Le HuffPost au milieu de la canicule de juin, la climatologue Valérie Masson-Delmotte n’était pas très optimiste. « On a l’impression d’assister à un sursaut seulement parce qu’on entre dans une phase où la situation est dangereuse, affirmait l’experte du GIEC, mais mon inquiétude c’est qu’une fois l’évènement passé, ça recommencera comme avant. »
« Chaque été, on se dit que suite à une catastrophe, la vraie prise de conscience est arrivée, tempère également Thomas Wagner. J’aimerais me tromper, mais dès la rentrée, l’attention médiatique va retomber et d’autres sujets prendront le dessus. » Une inquiétude partagée par plusieurs scientifiques qui prennent les devants et recueillent les témoignages de l’impact des fortes chaleurs sur la population.
« Notre mémoire collective est courte », affirme le climatologue François Massonnet dans un post LinkedIn où il dit vouloir « documenter » les effets de cet été infernal sur les personnes. « Une fois la chaleur passée, les impacts les plus concrets s’effaceront rapidement… jusqu’à la prochaine fois », expose-t-il, espérant doper la « mémoire collective » pour « mieux orienter les politiques d’adaptation ».
Une autre enquête participative a été lancée par la docteure en sciences cognitives Mélusine Boon-Falleur, qui assure dans Reporterre que pour beaucoup de gens, « le réchauffement climatique a pris corps » cet été.
« Politiser ce fucking été de l’enfer »
De quoi pousser les citoyens, et par ricochet les politiques, à agir davantage pour le climat ? Rien n’est gagné, aux yeux des activistes et des associatifs. Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à s’emparer des canicules ou des feux pour tirer la sonnette d’alarme. Le compte @lejeuneengagé a ainsi partagé une série de visuels titrés « Ce que l’on doit retenir des feux cette année », comme un moyen de s’assurer que les sinistrés et les milliers d’hectares partis en fumés ne seront pas oubliés dès l’automne et que les internautes feront bien le lien avec le changement climatique.
La militante Lumir Lapray, ex-candidate Nupes aux législatives en 2022, appelle de son côté sa communauté de près de 50 000 followers à « politiser ce fucking été de l’enfer ». « Ce moment de crise est atroce », mais il est aussi « une fenêtre d’opportunité », assure cette « activiste rurale » qui invite à aller sensibiliser celles et eux qui « étaient un peu dans le déni » de la catastrophe climatique, mais « ne peuvent plus faire comme s’ils ne savaient pas », puisque l’impact sur leurs vies est devenu « tellement gros ».
Mobiliser à partir de l’été 2026, c’est aussi l’objectif que défend Quentin Ghesquière, cofondateur et délégué général de l’association ADAPT. « Beaucoup de personnes étaient en colère face aux mesurettes ou d’avoir à coller des couvertures de survie sur les écoles », estime-t-il auprès du HuffPost, invitant à « canaliser cette colère légitime » et à montrer que « les déboires et les désespoirs étaient collectifs » et liés à la question climatique.
Cette « énergie » peut alimenter une adaptation en profondeur de la société, estime Quentin Ghesquière. Mais cette transformation ne peut s’opérer que « sur le long terme »… à condition que la colère suscitée par l’été de l’enfer ne se dissipe pas à la rentrée.


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