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Politique 27/08/2026 13:42 Actualisé le 27/08/2026 13:57
La rivalité entre les deux candidats du bloc central est de plus en plus visible. Et les études d’opinion, censées les départager, n’aident pas. Bien au contraire.

QUENTIN DE GROEVE / Hans Lucas via AFP
Édouard Philippe et Gabriel Attal lors d’un meeting de campagne pour les municipales à Paris en février 2026.
EN BREF • Gabriel Attal et Édouard Philippe affichent leur rivalité sur les sujets touchant au monde du travail, malgré des convergences.
• Les sondages pour la présidentielle montrent un affaiblissement du bloc central, sans favori clair entre les deux candidats.
• Plus de 200 élus appellent à une primaire ouverte pour éviter la dispersion au premier tour.
Les deux candidats du bloc central à l’Élysée ont bien du mal à faire bloc. Après des sorties simultanées sur l’école qui n’ont fait qu’étaler leurs désaccords, Édouard Philippe et Gabriel Attal ont rejoué le même match sur l’emploi ce jeudi 27 août. Cette fois, ce sont surtout des convergences qui ont émergé. Mais elles ont aussi mis en lumière les tensions de plus en plus fortes entre les deux concurrents.
La veille, Édouard Philippe a dévoilé à l’AFP une partie de ses propositions sur le monde du travail. Parmi elle, l’abaissement à 12 mois de la durée d’indemnisation du chômage pour les moins de 50 ans. « Sur l’assurance chômage, ma direction c’est de faire comme l’Allemagne », a-t-il expliqué. La durée maximale d’indemnisation est actuellement de 18 mois pour les moins de 55 ans depuis une réforme intervenue en 2023 qui avait déjà réduit de six mois l’ouverture des droits. Cette durée sera encore réduite et portée à 15 mois en cas de rupture conventionnelle à partir du 1er septembre 2026, selon une nouvelle réforme.
La réforme proposée par Édouard Philippe n’est pas sans en rappeler une autre, portée par Gabriel Attal deux ans plus tôt. Et alors que la rivalité entre les deux anciens Premiers ministres grandit, le patron du parti Renaissance a rappelé avec (vraiment) beaucoup d’insistance qu’il avait été le premier à mettre le sujet sur la table lorsqu’il était à Matignon.
« Plus il y a de personnes qui sont d’accord avec des choses que je propose, mieux c’est »
« Ça fait deux ans que je propose une réforme qui va dans ce sens », a souligné le candidat Renaissance sur le plateau de BFMTV/RMC. Et de rappeler sa proposition initiale : « 15 mois d’indemnisation et qu’on augmente la durée qu’il faut avoir travaillé pour bénéficier du chômage » en instaurant un seuil de « 8 mois sur les 20 derniers mois ». « La dissolution l’a interrompue » mais « ça fait deux ans que je dis qu’il faut appliquer cette réforme », a-t-il répété.
Même son de cloche sur les arrêts maladies. D’un côté : Édouard Philippe dit vouloir « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail » et dénonce leur coût « en augmentation de presque 40 % entre 2019 et 2025 » ainsi qu’un « phénomène de chantage à l’arrêt maladie » entre les salariés et leurs employeurs. De l’autre : Gabriel Attal pointe « une dépense hors de contrôle » et « une sorte de rapport de force, parfois un peu malsain qui s’est installé » au sein des entreprises.
Blanc bonnet et bonnet blanc ? Interrogé sur sa proximité (économique a minima) avec Édouard Philippe, Gabriel Attal en profite pour tirer un peu plus la couverture à lui : « Plus il y a de personnes qui sont d’accord avec des choses que je propose depuis deux ans, mieux c’est », glisse-t-il innocemment, tout en assurant avoir « une ligne politique différente » de celle de son lointain prédécesseur à Matignon. Avant de citer les retraites en guise d’exemple, soit le sujet le plus inflammable pour son concurrent.
La séquence illustre la volonté de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe de s’imposer comme le candidat le plus à même de parler aux patrons, à quelques heures du premier débat présidentiel organisé par le Medef. Mais elle dit aussi beaucoup des difficultés du bloc central à aboutir à une candidature unique pour briguer l’Élysée.
Sans « favori » clair, le bloc central tente de trouver le nord
Car alors que les deux candidats comptaient sur les sondages pour les départager, avec un avantage jusqu’ici net pour le maire du Havre, les récentes enquêtes d’opinion ont semé le doute. Une étude Harris interactive-Toluna pour M6 et RTL publiée le 24 août montre qu’Édouard Philippe, dans l’hypothèse où il est le seul candidat du bloc central, enregistre une baisse de trois points en un mois (17 %) à égalité avec Jean-Luc Mélenchon. Dans une configuration similaire, Gabriel Attal recueille 15 %. « Ce qu’on voit, c’est qu’Édouard Philippe est en train de perdre son pari d’être le rempart au premier tour face à Jean-Luc Mélenchon et le rempart au second tour face à Marine Le Pen », s’est empressé de réagir l’entourage du candidat Renaissance. Gabriel Attal a lui jugé qu’il n’y avait « plus de favori » dans le bloc central.
Dans ce contexte, et alors que les mêmes études d’opinion prédisent l’élimination du bloc central dès le premier tour en cas de candidatures multiples, plus de 200 élus dont le centriste Hervé Morin et des élus Les Républicains ont appelé mercredi à une « primaire ouverte » de la droite et du centre. « La campagne telle qu’elle se présente aujourd’hui nous mène inéluctablement à la dispersion au premier tour et à la disparition au second », alertent les signataires, qui lancent aussi une pétition en ce sens.
Sur BFMTV, Gabriel Attal a répondu qu’il « n’avait jamais écarté » ce processus de départage… avant de renvoyer la faute sur Édouard Philippe qui a clairement rejeté ce processus. Le candidat Renaissance en a profité pour faire savoir qu’il avait proposé un « vote de départage » si personne ne s’imposait pendant les premiers mois de campagne. « À ce stade, il (Édouard Philippe) ne le souhaite pas », a-t-il ajouté. Le maire du Havre a lui estimé que le rassemblement qu’il appelle toujours de ses vœux doit avoir lieu « quelque part entre novembre et février » car « si c’est après, ce sera trop tard ». Si ça ne l’est pas déjà.


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