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Donald Trump, qui n'est jamais avare de déclarations fracassantes, a dit mercredi vouloir rencontrer à nouveau Kim Jong-un, avec qui il entretient, a-t-il souligné, une excellente relation. Les retrouvailles pourraient avoir lieu dans "les deux ou trois prochains mois", peut-être à la faveur du sommet du Forum de coopération Asie-Pacifique (Apec) qui se tiendra les 18 et 19 novembre à Shenzhen, en Chine. On sait que le président américain avait déjà songé à revoir le dictateur nord-coréen à l'occasion du précédent sommet de l'Apec, qui était organisé à l'automne dernier en Corée du Sud, mais le projet n'avait pas abouti.
Pour expliquer ce rendez-vous manqué, Donald Trump a rappelé qu'il avait eu, à l'époque, dans la ville sud-coréenne de Busan, un long entretien avec Xi Jinping et qu'une rencontre avec Kim Jong-un aurait fâcheusement fait de l'ombre à ces négociations sino-américaines – ce qui serait revenu à "manquer de respect" à l'égard de son "ami" Xi. Il est plus probable que Pyongyang ne brûlait pas alors du désir d'accueillir le président américain et, cette fois encore, le doute est permis puisque l'influente sœur de Kim Jong-un, Kim Yo-jong, a déclaré qu'elle ignorait tout d'éventuels contacts récents entre la Maison-Blanche et son frère.
De bons sentiments personnels
Alors que, selon Donald Trump, Kim Jong-un a "répondu très positivement" à sa demande, Kim Yo-jong a poussé la perfidie en précisant : "Ce serait probablement là l'unique question de politique étrangère de nos plus hauts dirigeants dont je n'aurais pas connaissance." Elle a, toutefois, indiqué que son frère avait conservé "de bons sentiments personnels" à l'égard du président américain.
Donald Trump inflige un revers à la Corée du Sud: "C'est juste un prétexte"Donald Trump reste le seul président américain à avoir jamais rencontré un dirigeant suprême de la Corée du Nord, et ce à Singapour en juin 2018, puis à Hanoï en février 2019. Il est aussi le seul à avoir posé le pied sur le sol nord-coréen, fût-ce furtivement, à l'occasion d'une troisième rencontre avec Kim Jong-un, en juin 2019, à Panmunjom, sur la ligne de démarcation entre les deux Corées. Bill Clinton avait bien failli l'y précéder et avait dépêché à Pyongyang Madeleine Albright en octobre 2000, mais l'initiative ne livra d'autre résultat qu'un chapitre désopilant dans les Mémoires de la secrétaire d'État.
Signal inapproprié
Les velléités de Donald Trump de renouer le dialogue avec un pays qu'il avait menacé de "détruire totalement" dans un discours inoubliable devant l'Onu, en septembre 2017, s'inscrivent dans un contexte particulier. En début de semaine, il avait déjà créé la surprise en annonçant une réduction spectaculaire des manœuvres militaires que les États-Unis mènent chaque année conjointement avec la Corée du Sud, au motif qu'elles envoient "un signal inapproprié" à Pyongyang.
Cette décision et sa justification trahissent, toutefois, un message adressé autant à la Corée du Sud qu'à son rival communiste du Nord. Donald Trump ne s'en est pas caché en fustigeant la réticence des Sud-Coréens à contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz. Il leur reproche aussi de n'avoir pas tenu leurs promesses d'investir massivement aux États-Unis en contrepartie d'une réduction des droits de douane qu'il leur avait initialement imposés.
Questions d'argent
Aux représailles ainsi assumées s'ajoutent des considérations plus terre à terre. Les manœuvres ont un coût, a admis Donald Trump ; or le Pentagone est déjà saigné à blanc par la guerre contre l'Iran. Plus généralement, Washington entend faire payer ses alliés pour leur sécurité. Cela vaut pour l'Europe comme pour des pays asiatiques qui, en outre, sont aujourd'hui beaucoup plus riches qu'ils ne l'étaient au temps de la guerre froide.
Le projet fou de Donald Trump pour espionner Kim Jong-un: "Il semblait de plus en plus imprévisible et dangereux"Enfin, le conflit en cours au Moyen-Orient a montré la vulnérabilité des bases américaines (quelque 200 installations militaires ont été détruites ou endommagées). Le constat vaut pour celles dont les États-Unis disposent en Asie orientale, exposées à d'éventuelles frappes chinoises ou nord-coréennes. L'heure du désengagement est sans doute arrivée et autant qu'il se prépare dans un climat apaisé avec Pyongyang.
Une puissance nucléaire établie
Donald Trump croit pouvoir attribuer à l'obstruction de faucons tels que son ancien conseiller à Sécurité nationale John Bolton l'échec de ses précédents pourparlers avec Kim Jong-un. Rien ne dit, cependant, qu'il réussira mieux cette fois, bien au contraire. La Corée du Nord s'est renforcée dans l'intervalle. Elle a assis son statut de puissance nucléaire et elle a consolidé ses liens avec la Russie, qu'elle aide militairement dans son agression contre l'Ukraine – une dimension qui ne pourra être ignorée, quand bien même Volodymyr Zelensky compte sans doute moins aux yeux du président américain que Kim Jong-un ou Vladimir Poutine.
Si l'objectif de Donald Trump est de redorer son blason, et pas seulement de provoquer un nouveau buzz médiatique, la marge sera extrêmement étroite. Pas plus que l'Iran, la Corée du Nord n'est disposée à renoncer à son programme nucléaire. Or on voit mal comment la Maison-Blanche pourrait s'en accommoder dans un cas, et pas dans l'autre, si ce n'est à considérer que Pyongyang, à la différence de Téhéran, ne menace pas Israël. Une explication qui ne pourrait que sembler un peu courte.
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