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Il se trouve à Astray, « à une heure de chemin forestier de Schefferville », du côté labradorien de la forêt boréale, une classe bien particulière. Au milieu de la mer d’épinettes, là où la neige a déjà commencé à tomber il y a deux semaines, trois garçons sont impatients d’aller chasser la perdrix : ils attendent que leur mère finisse une entrevue pour partir à l’aventure. Loin des sacs d’école et de la classe traditionnelle, c’est dans le Nutshimit, le territoire innu, que leur maman leur apprend tout.
Ce que je constate, c’est l’étincelle dans les yeux des enfants, fiers d’être Innus, d’avoir une école qui leur ressemble. Ça change la donne quand on met de l'avant notre culture et notre langue.
Grâce au territoire et à la culture innue, Shipiss Michel-McKenzie enseigne à ses trois plus jeunes, Uatshekat (Grégoire), 9 ans, Pieinsh-Andrew, 6 ans, et Nui-Kantuut, 5 ans. Non pas à la maison, mais dehors, dans le Nutshimit. Elle intègre à leur parcours scolaire des notions de leur langue maternelle, l’innu-aimun, les traditions et les relations avec le territoire.

Le mot Nutshimit signifie « intérieur des terres », mais porte aussi le sens d'espace où l'on pratique les activités traditionnelles et la transmission du savoir.
Photo : Courtoisie Shipiss Michel-McKenzie
Au micro de Bonjour la Côte, celle qui est aussi enseignante de formation et conseillère pédagogique raconte comment se passent les premières semaines de cette classe qui n'a rien d'ordinaire.
Grégoire a vécu un deuil. Il était habitué à sa routine, à être avec ses amis. Pieinsh, il est dans son élément dans le territoire. C'est une autre personne, comparé à quand il était scolarisé, à l'école. Le dernier, il est suiveux, il aime jouer dehors, raconte-t-elle, une pointe de fierté dans la voix.
Les étoiles se sont alignées
Shipiss Michel-McKenzie a commencé son expérience au début de l’année scolaire, mais elle cogite ce projet d’école-territoire depuis longtemps.
Quand j’ai fait mon bac en enseignement à Sept-Îles, je rêvais d’avoir une école alternative qui nous ressemble, commence-t-elle.
Il y a quelques années, l’Institut Tshakapesh l’a engagée comme conseillère pédagogique consultante : elle aidait alors ses collègues enseignantes à intégrer le territoire dans leurs projets éducatifs.
Oui, on peut aller chercher des compétences et des connaissances scolaires en allant prendre une marche en forêt, c’est faisable, assure Shipiss Michel-McKenzie.

La forêt boréale est riche en apprentissages… et en petit gibier.
Photo : Courtoisie Shipiss Michel-McKenzie
À petit pas de perdrix, elle concrétise son rêve de s’évader complètement de la salle de classe, pour un projet pédagogique où ses enfants se reconnaissent : une école décolonisée.
Que ce soit après une promenade, la pose de pièges ou l’abattage d’un arbre, les élèves parlent de ce qu’ils ont appris. Ils font alors des liens avec les sciences, la langue innue, les mathématiques.
Ce que j’aime, c’est qu’on fait tout en innu-aimun. Ils apprennent à lire en innu-aimun, le français va suivre dans les prochaines années.
Ce pari se fait en couple. Mon conjoint allait souvent en territoire. Il a arrêté l’école tôt, mais il connaît tous les rudiments de la chasse. C’est mon expert.

La chasse devient une activité pédagogique très appréciée des enfants.
Photo : Courtoisie Shipiss Michel-McKenzie
Joëlle Drouin-Poudrier est sa coéquipière à l’Institut Tshakapesh. Également conseillère pédagogique consultante, elle l’épaule au quotidien. En comparant avec le programme de formation de l’école québécoise, elle observe les apprentissages des trois garçons.
On se parle tous les jours, on vérifie la progression des apprentissages, on documente le tout pour inspirer d’autres familles, explique Joëlle Drouin-Poudrier.
Si faire l’école à la maison est de plus en plus répandu chez les Québécois, pour les Innus de la Côte-Nord, c’est rarissime, selon Mme Drouin-Poudrier. Elle pense que Shipiss Michel-McKenzie est la seule à le faire dans la région, mais est certaine qu'elle saura inspirer d'autres familles.
Pendant que l'hiver s'installe rapidement, dans le nord de la région, la classe adapte les apprentissages au changement de saison. La classe se conclura lorsque la neige fondra et que les lacs dégèleront, quand la chasse à l'outarde sera terminée. L'année prochaine, les petits retrouveront les bancs de leur ancienne école.


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