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« Aplaventrisme », « non-sens total » : le recul d’Ottawa sur la « taxe Netflix » dénoncé

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La volonté du gouvernement libéral de supprimer l'obligation de contribution financière de base imposée aux services de diffusion en continu par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a été vivement critiquée jeudi par de multiples acteurs et observateurs du milieu culturel.

Journaliste, professeur et essayiste, Alain Saulnier, qui a notamment écrit le livre Tenir tête aux géants du web, a qualifié d’aplaventrisme le choix du gouvernement libéral.

Les géants du web doivent contribuer à la production culturelle canadienne et québécoise. Ce que M. Carney fait, c’est reculer complètement, a-t-il déclaré en entrevue à Tout un matin

C’est nous [le Québec] qui allons écoper le plus dans tout ça, parce que notre souveraineté culturelle est encore plus fragile, a-t-il poursuivi. On se trouve à marginaliser encore plus la capacité de produire et de faire rayonner notre propre culture.

Cette décision est regrettable. Le Québec se bat depuis des décennies pour protéger l’exception culturelle! a pour sa part indiqué sur X Mathieu Lacombe, le ministre québécois de la Culture et des Communications.

Cette décision est regrettable. Le Québec se bat depuis des décennies pour protéger l’exception culturelle!

Je le répète depuis quatre ans et la première ministre l'a encore répété à M. Carney la semaine dernière : la spécificité culturelle du Québec n'est pas négociable. https://t.co/Es9TGMjfBT

— Mathieu Lacombe (@lacombemathieu) July 29, 2026

Pour la présidente de l’Union des artistes, Tania Kontoyanni, une pointe de colère s’ajoute à sa vive déception devant ce recul monumental.

C’est une décision qui ignore le danger réel des cultures comme la nôtre et [le fait] que ces compagnies multinationales multimilliardaires ont des impacts vraiment négatifs, a-t-elle indiqué, en référence aux entreprises comme Netflix ou Prime Video.

L'envahissement des contenus étasuniens [diffusés sur ces plateformes] est énorme, a-t-elle ajouté.

Des redevances plutôt que des subventions

Pour compenser le manque à gagner des redevances que les services de diffusion en continu auraient dû verser pour respecter les règles du CRTC, Ottawa avait annoncé début juin l’injection de 600 millions de dollars pour soutenir le milieu culturel.

Ce n’est pas suffisant, car on parlait de milliards de redevances.

Hélène Messier est présidente-directrice générale de l'Association québécoise de la production médiatique (AQPM). Elle juge que les règles du CRTC garantissaient un financement plus structurant que des subventions fédérales, qui peuvent fluctuer selon le gouvernement en place.

Pour le milieu, c'est beaucoup plus stable et prévisible que l'argent vienne en vertu d'une décision du CRTC et c'est beaucoup plus équitable par rapport à l'ensemble des joueurs qui contribuent actuellement au financement du système, a-t-elle déclaré.

Annick Charette, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN), abonde dans le même sens.

La "taxe Netflix" aurait permis beaucoup plus d’investissement dans la production de produits canadiens et québécois, a-t-elle expliqué, soulignant que les profits issus des abonnements payés par les Canadiens partiront aux États-Unis.

Il y a un non-sens total, et on refile la facture de 600 millions de dollars aux contribuables.

Ce n'est pas viable

Celle dont l'organisation représente 6000 personnes travaillant dans les médias, les communications et la culture craint que le choix du gouvernement libéral envoie un mauvais message au milieu culturel, en le sacrifiant sur l’autel des négociations commerciales avec les États-Unis de Donald Trump .

Ça dit que [le secteur de] la culture [...] n’est pas névralgique, alors qu’il se compare avantageusement à l’acier en matière de retombées fiscales et de nombre d’emplois, a-t-elle déploré.

On n'en parle jamais dans ce sens-là, on en parle toujours comme d'un secteur sursubventionné, a-t-elle ajouté avec regret.

Selon l’Association canadienne des producteurs médiatiques, la production cinématographique et télévisuelle au Canada a généré 10,17 milliards de dollars en 2024-2025, représentant plus de 180 000 emplois.

Un portrait d'Annick Charette dans l'atrium de Radio-Canada.

Annick Charette est à la tête de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN).

Photo : Radio-Canada / Kim Bouchard

Désormais, Annick Charette se demande quelle valeur le gouvernement libéral accorde à la culture.

Le dialogue n’est pas entamé avec le gouvernement Carney sur la culture et sur [sa] valeur, c’est plutôt une zone nébuleuse, a-t-elle précisé.

Le président de l'Association canadienne des radiodiffuseurs, Kevin Desjardins, dénonce quant à lui l’iniquité entre les plateformes comme Spotify et les radiodiffuseurs canadiens.

En effet, le CRTC exige des radiodiffuseurs canadiens qu’ils consacrent 25 % de leurs revenus annuels à la production de contenu canadien.

Ce n’est pas viable de ne pas avoir de contributions des plateformes en ligne, a-t-il averti. Elles amassent des revenus ici au Canada, alors elles devraient contribuer [comme] ce qui est demandé aux radiodiffuseurs canadiens.

Des alliances internationales?

Pour Alain Saulnier, le Canada gagnerait à s’inspirer de l’Europe, dont la posture vis-à-vis des géants du web américains est plus agressive.

Il faut qu’on se réveille à un moment donné et qu’on se dise qu'il n'y aura pas de souveraineté au Canada si on ne maîtrise pas la souveraineté culturelle et surtout la souveraineté numérique dans son ensemble, a-t-il mis en garde.

Si Alain Saulnier estime que la perte de la souveraineté numérique du Canada est déjà en cours, il est toujours possible de faire des alliances avec des pays, notamment européens, pour créer un certain front commun contre cette volonté américaine de nous imposer à peu près tout, selon lui.

En France, les plateformes comme Netflix doivent investir 20 % de leurs revenus générés au niveau local dans du contenu français ou européen.

Tania Kontoyanni, présidente de l’Union des artistes.

Tania Kontoyanni préside l’Union des artistes.

Photo : Radio-Canada

Pour Tania Kontoyanni, l’heure est également à la mobilisation. Est-ce qu’on va aller vers des alliances internationales pour se donner une force de frappe? s’est-elle demandé jeudi. 

Les Canadiens pourraient également avoir leur rôle à jouer. Quand nos habitudes de consommation font en sorte que l'intérêt supérieur de notre culture est menacé, il faut commencer à se poser des questions comme consommateur, a-t-elle dit.

Autre option déjà envisagée par certains : allouer une partie de l’argent issu de la vente des téléphones, des tablettes et des autres appareils électroniques utilisés pour consommer de la culture au financement de la production audiovisuelle.

Peut-être qu’il faut y penser sérieusement, croit Tania Kontoyanni. [Sinon] comment on va faire pour faire survivre notre culture? L’heure est critique.

Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet et de Catherine Dib

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