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Après quasiment 40 années sous la direction de son fondateur, François-Mario Labbé, l’étiquette Analekta a un nouveau visage en la personne d’Anne-Marie Talbot. Le Devoir s’est entretenu avec la nouvelle directrice de l’un des deux grands éditeurs de musique classique au Canada.
« Il n’y a pas grand-chose qui change, au sens où je reprends avec la même formule. C’est [le groupe] Outhere qui distribue à l’international ; c’est juste que c’est ma compagnie qui va s’occuper de sortir les produits », dit au Devoir celle qui dirige désormais l’étiquette rachetée en 2022 par l’entreprise belge. En effet, la direction confiée par Outhere Music sera celle d’une nouvelle entité, Analekta Musique, qu’Anne-Marie Talbot, associée au fonctionnement de l’étiquette depuis 2021, assumera dans le cadre de son entreprise 17Aylwin, spécialisée dans la gestion artistique.
« J’ai essentiellement un mandat de continuité. C’est-à-dire que je reprends les activités en tant que directrice de label », affirme Anne-Marie Talbot. « Je serai les yeux et les oreilles d’Outhere sur ce qui se fait sur le marché local. »
Le mot d’ordre de « continuité » englobe les artistes actuels (Orchestre du Centre national des arts, Charles Richard-Hamelin et Luc Beauséjour) et les collaborateurs majeurs, comme le directeur artistique Carl Talbot. « Il s’agit de permettre aux artistes canadiens d’avoir une plateforme à l’étranger en bénéficiant du réseau qu’Outhere offre sur la scène mondiale », résume la nouvelle directrice.
En entrevue avec nous en 2022, Charles Adriaenssen, fondateur et président d’Outhere Music, affirmait, à propos de l’achat d’Analekta, que « le facteur déterminant [avait] été Angèle Dubeau ». Mais le portrait a rapidement changé après la transaction, avec l’arrêt de la carrière de la violoniste vedette et véritable locomotive de l’étiquette.
Quel avenir pour Analketa ?
Anne-Marie Talbot se défend d’avoir pour mandat principal de palier ce trou majeur dans la production. « En tant qu’yeux et oreilles d’Outhere sur le marché canadien, je suis toujours à la recherche de cet artiste qui peut être le prochain Angèle, mais, même s’il n’y a pas d’Angèle à court terme, il y a quand même des projets intéressants et profitables avec des artistes de qualité. »
La nouvelle directrice avoue tout de même que « [son] mandat, c’est un peu de revitaliser Analekta au Canada, parce que les gens pensaient qu’on avait disparu de la map, si je peux dire, ici ».
Par ailleurs, pour Anne-Marie Talbot, le rachat récent d’ATMA Classique par GFN Productions « ne change rien ». « Eux font leurs choses ; moi, je vais faire les miennes. Et puis, ce n’est pas une question de gagnant ou de perdant, il y a de la place sur le marché pour tous les labels. »
Quant à savoir si le communiqué diffusé lors du rachat d’ATMA a effrayé certains artistes, on n’en saura pas plus : « J’étais en déjà contact avec plusieurs artistes avec qui j’entretiens des relations. Le sujet avait déjà été soulevé en juin dernier, donc c’est sûr que des artistes recherchaient peut-être une [solution de rechange]. Moi, je ne suis pas contre ATMA, et les artistes sont libres de discuter avec qui ils veulent et d’aller où ils veulent. »
Le rythme annuel de parutions n’est pas décrété par le propriétaire. « Ce sont des discussions stratégiques avec Outhere Music. Comme on repart un peu la machine, on va commencer tranquillement. Je soumets à Outhere les projets qui me sont présentés et on fait un tri. Après ça, si c’est une dizaine de parutions dans une année, ce sera une dizaine de parutions. Si c’est une vingtaine, si c’est cinq… On ira selon les projets jugés pertinents pour le label. »
Encore miser la qualité
En 2022, Charles Adriaenssen admirait l’expertise d’Analekta dans la diffusion continue et la maîtrise des algorithmes. Sur ce plan, Anne-Marie Talbot n’a pas de mission particulière.
En termes clairs, on ne lui demande pas de créer des « sources de clics ». « Notre mandat — et la politique éditoriale — , c’est d’offrir des produits de qualité, quels qu’ils soient », nous dit la directrice, qui souligne les questions de la découvrabilité et de l’équilibre entre les produits grand public et ceux qui « plaisent aux puristes ».
Il s’agit, à ses yeux, de « trouver cette balance-là pour faire plaisir aux gens qui connaissent Analekta depuis des années et aussi aller chercher de nouveaux publics avec des produits peut-être plus accessibles ». « Si ça se traduit en davantage de streaming, hé bien, tant mieux. Mais il s’agit avant tout d’offrir un produit de qualité. »
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