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Anne Gruwez : “Un jour, un ancien professeur a plaidé devant moi. Je ne lui ai pas donné tort pour me venger, mais je l’ai fait avec plaisir”

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Dotée de la franchise qui lui est propre, la juge d'instruction Anne Gruwez raconte sans détour ses souvenirs scolaires : de ses examens de passage à ses prières à Sainte Rita, en passant par des revanches arrivées plus tardivement.

Quel genre d'élève étiez-vous ?

J'étais une jeune fille banale et discrète de caractère, mais face aux cours j'étais mauvaise, nulle en tout. J'ai suivi ma scolarité dans une école bilingue jusqu'en cinquième primaire avant de passer au Sacré-Cœur de Lindthout. Et là, paf ! J'ai écopé d'un examen de passage en dictée en sixième primaire. Le résultat ? Je tremblais trois jours avant, et trois jours après l'examen. C'était il y a 60 ans mais je m'en souviens encore. S'est ensuite mise en place une longue litanie d'examens de passage qui se sont succédé chaque année à partir de la deuxième humanité, jusqu'à la fin de mon parcours. J'ai même eu un examen de passage en couture.

Une fois arrivée à l'université, j'ai réussi sans aucun problème. Je garde un souvenir formidable du blocus, en tout cas pour juin. Je me rappelle d'un prof de sociologie qui m'a interrogée sur la page 20 de son syllabus. J'étais bien contente parce que je la connaissais. Sauf que j'ai appris en sortant de là que son syllabus comptait 100 pages, alors que je croyais qu'il n'en comptait que 20… Il y a un bon Dieu pour les imbéciles !

J'ai réussi tous mes examens grâce à Sainte Rita, la patronne des causes désespérées. Il y avait une statue d'elle à l'église près de chez moi. À chaque fois que j'avais un examen, j'allais y planter mes cierges et faire une petite prière. Et je n'ai pas eu de problème, sauf en deuxième candi (2e année de bachelier actuellement, NdlR.) parce que je me suis fait amputer de la moitié de la main en septembre. Je devais donc réapprendre à écrire.

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Y a-t-il un(e) professeur(e) qui vous a marquée ?

En sixième primaire, les filles avaient un cours de couture, on était destinées à devenir de bonnes épouses, je suppose… Pendant ce cours, une nonne nous faisait la lecture des histoires les plus épouvantables du catholicisme dont celle du curé d'Ars qui abritait le diable sous son lit. Je me rappelle aussi qu'un jour, alors que j'étais juste devant son bureau, une prof de maths a dit : "Si Anne a compris, toute la classe a compris". Une autre, en sixième primaire, m'a dit : "Anne, vous croupissez dans votre paresse". Elle ne rigolait pas à l'époque, il ne faut pas croire.

Plus positivement, je me souviens de Mère de Streel, qui nous enseignait le latin en première humanité. Elle était formidable, toute petite et elle faisait des caramels au chocolat. Ils étaient délicieux, mais il ne fallait surtout pas croquer dedans, sinon vous y laissiez votre dentier… Plus tard, à un examen de philosophie, un professeur m'a mis 19 sur 20. Il s'est levé, m'a pris la main et m'a félicitée en me disant "Vous êtes très intelligente". Vous vous rendez compte ? C'était formidable. Cela dit, j'avais un décolleté jusqu'au nombril…

J'ai aussi pu me venger, des années après. En troisième humanité, j'avais une ignoble professeure en latin-grec. À chaque fois qu'elle pouvait me péter, elle le faisait. Plus tard, alors que je pratiquais l'ULM (ultraléger motorisé), j'ai croisé son mari avec une belle blonde alors que ma professeure était noire de cheveux. J'ai su qu'il la trompait, et je dois bien avouer que j'ai rigolé. Bien fait pour elle, elle n'avait qu'à ne pas me péter partout ! En deuxième année de droit à l'université, mon prof d'économie politique était avocat. Des années plus tard, dans ma trentaine, je suis devenue juge des saisies. Et un jour, qui plaide devant moi ? Ce professeur. Je ne lui ai pas donné tort pour le plaisir de me venger – ça, je ne l'ai jamais fait – mais je dois dire que je lui ai donné tort avec plaisir.

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Quel est votre regard sur le métier d'enseignant ?

Qu'ils ne me pètent plus jamais, ceux-là ! Plus sérieusement, il faut raconter son cours, parce qu'on retient les choses de par les histoires qu'on en entend. Il faut s'assurer aussi que chaque élève comprenne bien les bases. J'admire beaucoup le métier de prof. J'aime bien enseigner à des gosses, surtout quand je leur apprends à être un peu rebelle !

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