Nous étions dimanche depuis à peine une heure, dans la nuit de Kansas City, et déjà les journalistes argentins avaient oublié l’équipe de Suisse, l’expulsion de Breel Embolo et le premier match sans but de Lionel Messi dans cette Coupe du monde. Plus qu’une seule chose ne comptait: la demi-finale contre l’Angleterre, mercredi à Atlanta. C’était moins la demi-finale que l’Angleterre, pour être exact. Cette Argentine en perte de repères et déclassée par la crise économique vit plus que jamais le football à travers le prisme de l’identité et insiste sur la fibre patriotique.
Pour les supporters, défier l’Angleterre est l’occasion de rejouer la guerre des Malouines, une tentative d’invasion militaire en avril 1982 qui a tourné au fiasco, la junte alors au pouvoir ayant sous-estimé la virulence de la réaction de Margaret Thatcher. La Dame de fer non plus ne plaisantait pas avec les victoires symboliques. Celle-ci fut réglée en 74 jours, et l’archipel de l’Atlantique Sud que se disputent les deux pays depuis le XIXe siècle continue de s’appeler officiellement Falkland. La blessure est toujours vive pour de nombreux Argentins et il n’y a pas un match de la Selección sans un drapeau ciel et blanc frappé du slogan «Malvinas argentinas».


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