Faut-il s’inquiéter des tensions géopolitiques et de leurs impacts sur notre marché immobilier?
La tentation est de se projeter immédiatement dans les conséquences. Il faut pourtant distinguer les effets réels des effets anticipés.
Les marchés et les décideurs s’appuient sur des modèles construits à partir de situations historiques comparables: l’éclatement d’un conflit, un choc inflationniste, une crise de l’endettement. Ces modèles produisent aussi le récit médiatique.
La réalité est souvent plus nuancée. Dans le quotidien d’un Suisse, l’impact direct est moins important qu’on ne l’imagine.
Notre économie dispose de caractéristiques propres qui lui permettent d’absorber une partie des chocs extérieurs.
Quelles sont ces caractéristiques?
Déjà, la stabilité institutionnelle et politique, c’est ce qui rend le reste possible.
La neutralité politique rassure également, et fait de la Suisse une valeur refuge. Les capitaux y affluent quand l’incertitude monte ailleurs. La force du franc en est l’illustration la plus directe.
Ensuite, alors que le récit médiatique s’est concentré sur l’impact des droits de douane pendant une bonne partie de l’année dernière, notre balance commerciale, excédentaire sans interruption depuis dix ans, a dégagé 54 milliards de francs en 2025. Elle a même battu son record mensuel en juillet 2026.
Cet excédent commercial contribue à notre faible endettement public. Il offre cette capacité d’investissement dans l’avenir que nous n’utilisons sans doute pas assez en ce moment.
Finalement, la Suisse cultive une histoire de création de valeur et de savoir-faire très spécialisé, qui n’est pas facilement «réplicable» à l’étranger.
Cela nous protège-t-il des maux qui guettent nos voisins: l’inflation et la dette?
Sur l’inflation, on voit qu’actuellement elle reste sous les 1% en Suisse quand la zone euro dépasse 3%. Dans le contexte récent de hausse des cours du pétrole, le franc absorbe une bonne partie de cette inflation venue de l’extérieur.
Sur la dette, la situation suisse est effectivement très saine. Mais de nombreux pays avancés portent une dette publique bien au-delà du seuil de 60% du PIB inscrit dans le traité de Maastricht sans que les conséquences redoutées ne se matérialisent. Le benchmark est historique, mais la vraie question devrait davantage porter sur ce que finance cette dette.
Les tensions au Moyen-Orient renchérissent-elles les coûts de construction?
C’est le premier réflexe lorsqu’un conflit touche une région stratégique: on anticipe une hausse de l’énergie, des matières premières et donc des coûts de construction.
Dans les faits, le franc fort a offert une protection importante. Les matériaux, les équipements et les prestations achetés à l’étranger seraient plus coûteux avec un franc plus faible.
Le franc fort nous protège-t-il durablement?
Les caractéristiques sont bonnes aujourd’hui, mais la force du franc est toujours relative à d’autres économies, qui, elles, sont aujourd’hui en moins bonne posture.
L’inflation pourrait revenir, même si ce n’est pas un diable à combattre à tout prix. Une inflation modérée est d’ailleurs saine, elle peut favoriser l’investissement et inciter les épargnants à chercher des placements productifs plutôt qu’à laisser dormir leurs liquidités.
Pour notre secteur, les enjeux sont de toute manière ailleurs: la main-d’œuvre disponible, les exigences réglementaires, les délais de développement et la capacité à produire des logements là où le marché en manque.
Où en est l’attractivité de la Suisse et de Genève aujourd’hui?
La Suisse conserve des atouts majeurs, et les tensions géopolitiques récentes ont renforcé sa position. Dans un monde plus incertain, les investisseurs recherchent des juridictions offrant stabilité, prévisibilité et sécurité juridique.
Cet avantage ne doit pas être considéré comme acquis. Il se construit sur plusieurs décennies et il peut s’éroder si les facteurs qui le soutiennent ne sont plus entretenus.
A Genève, la demande de logements et de surfaces dépend justement de la capacité du canton à attirer entreprises, talents et capitaux.
Quelles priorités concrètes permettraient de renforcer cette attractivité?
Les priorités sont connues: maintenir une fiscalité attractive, simplifier certaines réglementations, accélérer les procédures et développer les infrastructures qui soutiennent la croissance.
A force d’ajouter des contraintes, un pays peut progressivement perdre en attractivité sans même s’en rendre compte.
Comment cette attractivité se traduit-elle pour les investisseurs et les expatriés qui choisissent la Suisse?
Ils raisonnent de plus en plus à l’échelle internationale. Lorsqu’une famille se projette pour dix ou vingt ans, la sécurité devient déterminante: écoles, système de santé, emploi, stabilité politique et sécurité du quotidien.
La Suisse reste une référence. L’enjeu est d’éviter le piège du statu quo. Vivre sur ses acquis est probablement un risque plus important que le changement lui-même.
TOUR D’HORIZON IMMOBILIER
Le marché immobilier suisse vu depuis l’Arc lémanique
Logement en propriété et locatif, immobilier commercial, de bureaux et industriel: deux fois par an, les experts de Swissroc livrent leur lecture du marché immobilier suisse à partir de leurs observations de terrain et des dernières données disponibles.
Edition du deuxième semestre 2026.


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