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Zoé Henry a servi ses derniers clients au rayon boucherie du Super U de Maen Roch. Il quitte le comptoir, mais pas un métier qu'il raconte avec passion sur les réseaux sociaux.
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Par Rédaction Fougères Publié le 3 oct. 2026 à 17h50
Zoé Henry a rangé ses couteaux. Cette fois, pour de bon. Onze ans après son arrivée au Super U de Maen Roch (Ille-et-Vilaine) et quarante-six ans après ses premiers pas dans le métier. Du dernier jour, il redoutait surtout une chose : quitter ses clients. « Ce que j’adore par-dessus tout, c’est la vente. Conseiller sur la cuisson, la conservation, le morceau, la quantité… », confie-t-il. Au comptoir, la viande n’est d’ailleurs souvent qu’un début. « On parle de la vie, du jardin, des problèmes de santé. Les gens s’ouvrent. C’est ce petit lien-là qui va me manquer », reconnaît-il.
« Zozo, retrousse tes manches »
Le premier jour, lui, est resté intact dans sa mémoire. Nous sommes en 1980. Zoé Henry a 16 ans, une troisième derrière lui et aucune idée précise de la suite. « Mon père m’a demandé ce que je voulais faire. Je lui ai répondu : « Je ne sais pas, papa. » Il m’a dit : « Ben, tu vas travailler » », se souvient-il.
Le jeune Normand, originaire du Nord-Cotentin, entre alors en apprentissage chez Jean-Marie Housset. À peine arrivé : « Zozo, retrousse tes manches. » Son patron les lui retrousse. « Ce geste, je l’ai fait tous les jours depuis. Et à chaque fois, je pensais à lui », glisse-t-il.
Le CAP en poche, il navigue d’enseigne en enseigne avant de devenir patron à son tour. En 1991, il pose ses couteaux à Romagné, dans le commerce de bouche créé par la municipalité rue de Fougères. Boucherie-charcuterie, traiteur puis, en 1999, restaurant ouvrier dans la salle attenante : il y restera quinze ans.
L’aventure romagnéenne s’arrête en 2006. Suivent l’agroalimentaire, puis l’intérim. « J’ai rencontré beaucoup de bouchers, beaucoup de façons de travailler », résume-t-il.
Des « Bouchinades » à l’ambassade britannique
Les échanges se poursuivent bientôt sur Facebook. Il y a treize ans, Zoé Henry y crée les Garçons Bouchers (ères). « Ça n’existait pas. Je voulais un endroit pour parler du métier et partager », explique-t-il. Le groupe rassemble aujourd’hui quelque 24 000 professionnels.
Une question de technique ou de réglementation ? « Un boucher peut avoir cinquante réponses. » Au fil des années, les échanges se sont accumulés. « C’est devenu une grande mémoire du métier ».
Très vite, les échanges débordent aussi de l’écran. Naissent les « Bouchinades », clin d’œil aux cousinades. Une centaine de bouchers peuvent s’y retrouver pendant trois jours.
Certains viennent de Belgique, du Luxembourg, voire du Canada. « Il fallait passer du virtuel au réel », résume-t-il.
De rencontres en événements, le réseau s’étend encore. Jusqu’à lui ouvrir les portes de l’ambassade britannique, où il est convié à une garden-party pour son travail de promotion en France de l’agneau gallois IGP. « Ça, forcément, ça m’a marqué », reconnaît-il.
Cette activité prend peu à peu une place considérable dans son quotidien. Zoé Henry consacre aujourd’hui près de trente heures par semaine aux réseaux sociaux.
Salon de l’Agriculture, concours, championnats : il filme, photographie, monte et partage. Certaines vidéos relayées sur ses comptes ont atteint plusieurs millions de vues.
Mais gare au mot « influenceur » : « Non. Moi, je partage le métier. »
La retraite, vraiment ?
Et il compte bien continuer. Zoé Henry rejoint désormais RS prestations, une entreprise de prestation de services en boucherie, qu’il va aider à se développer à l’échelle nationale et à recruter.
Les concours resteront aussi au programme. Le prochain championnat du monde de boucherie, en Australie, est déjà dans son viseur.
À 62 ans, il veut simplement reprendre un peu la main sur l’horloge, caler davantage son emploi du temps sur celui de son épouse et profiter des siens, convaincu que « la retraite, quand on est en bonne santé, ce n’est pas la fin d’une vie. C’est le début d’une autre ».
Samedi, Zoé Henry a donc bien rangé ses couteaux. Pas la boucherie. « Je change simplement de côté du comptoir. »
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