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Par Julia Baudin
Publié le 05/10/2026 à 07h00, mis à jour le 05/10/2026 à 07h41

Cette série, inspirée d’une affaire qui a défrayé la chronique en 1977 sur une radio d’Indianapolis, brosse un portrait saisissant de l’Amérique.
Passer la publicité Passer la publicitéDans les années 1970, certaines grandes chaînes de radio et de télévision américaines avaient recours à une technologie baptisée « dump button », qui permettait, en cours de direct, de maintenir jusqu’à sept secondes de décalage entre l’enregistrement du signal et sa transmission, de sorte à éviter les lourdes amendes de la Federal Communications Commission pour de potentiels débordements.
La réglementation s’était durcie en 1975 après la diffusion d’un sketch de l’humoriste George Dennis Carlin, resté célèbre sous le nom d’« Affaire de l’indécence » ou encore « FCC v. Pacifica Foundation». La série American Hostage s’inspire du podcast anthologique « Hostage », dédié, entre 2018 et 2020, aux grands faits divers de l’histoire contemporaine des États-Unis.
Elle nous plonge à Indianapolis en 1977, au cœur d’une affaire retentissante. Fred Heckman (Jon Hamm, célèbre depuis Mad Men), journaliste vedette de la principale radio locale, est contacté par Tony Kiritsis (Giovanni Ribisi), parmi ses plus fervents admirateurs. Acculé, ce dernier vient de prendre en otage le patron de la société de crédit responsable de sa ruine et exige de pouvoir dénoncer ses méthodes en direct, puis d’obtenir des excuses publiques, sans quoi il l’abattra. Pour Heckman et son antenne, c’est l’exclusivité du récit d’une banqueroute, peut-être sa solution et, avec elle la libération de l’otage. La promesse d’un pic d’audience exceptionnel. Celle d’amendes colossales aussi - seules les grandes antennes peuvent s’offrir le « dump button » -, au vu des excès de langage et des menaces proférés par Kiritsis.
Vintage, précise, rythmée
Et c’est le point de départ d’une enquête journalistique sans précédent sur les dommages collatéraux de pratiques capitalistes déjà bien peu réglementées. L’affaire durera trois jours… Soixante-trois heures de va-et-vient, d’échanges avec le forcené, de commentaires journalistiques plus ou moins bienveillants, de prises de position plus ou moins audacieuses, de quête de scoop au détriment de celle de vérité. « Et de réflexions sur le fonctionnement de la société américaine de l’époque, dont certains aspects semblent ne jamais vouloir ou pouvoir s’améliorer », estime Jon Hamm dans une interview. « J’ai grandi à Saint-Louis, dans le Missouri, dans les années 1970, dit-il, et je n’avais jamais entendu parler de cette histoire que j’ai découverte avec sidération. Il y a donc d’un côté, le récit du fait divers. Et de l’autre, la démonstration de la fin de l’innocence de ces radios locales, lancées du jour au lendemain dans une guerre concurrentielle d’ampleur nationale. Heckman, mon personnage, en décèle d’emblée les enjeux. Va-t-il saisir l’occasion de se faire une place sur ce grand échiquier ? J’ai pris un plaisir fou à l’incarner. »
Vintage, rythmée, précise, remarquablement filmée, mise en musique et interprétée, American Hostage brosse le triple portrait du journaliste, du journalisme et, à traits peut-être insuffisamment radicaux, la désespérance de dizaines de milliers de petites gens, jamais vraiment remis de la crise de 1929 ni de la guerre du Vietnam, dont les années de labeur et le rêve américain étaient réduits en poussière par une simple signature. « Vous voulez savoir un truc sur les riches, interroge Tony en direct. Ils n’ont pas besoin de flingue pour s’enrichir, ils ont juste besoin de pauvres. »


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