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Aller jouer au parc

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Une confidence pour commencer : depuis quelques années, la programmation d’Osheaga, un festival que j’ai vu naître et que j’ai fréquenté assidûment, me laisse sur ma faim. Le fait que l’événement ait gagné en envergure et que de nombreux groupes me soient inconnus ne me dérange pas outre mesure. C’est plutôt la déviation plus pop de son ADN qui fait en sorte qu’Osheaga ne m’interpelle plus autant qu’avant. Sonic Youth en était la tête d’affiche en 2006, on est loin de Tate McRae.

Je constate aussi, en parallèle, que les groupes locaux y sont moins représentés qu’avant. Le festival a évolué de manière à rallier une clientèle plus vaste (américaine et ontarienne, notamment), mais comment se fait-il que des artistes locaux qui ont dépassé le stade de l’émergence, comme Les Louanges et Lou-Adriane Cassidy, soient quasi absents de la programmation, alors qu’on devrait voir leur nom trôner assez haut sur l’affiche, surtout lorsqu’ils chantent en français, peu importe la langue maternelle des festivaliers courtisés ?

Et puis osons nommer l’éléphant dans la pièce, soit l’acquisition à 49 % d’Evenko, l’un des plus importants promoteurs, producteurs et diffuseurs de spectacles au Canada, par la géante américaine Live Nation en 2019. Les mélomanes peuvent constater, depuis le retour après la pause pandémique de 2020 et 2021, les changements engendrés sur l’offre.

Cette année, plus ou moins allumée par la proposition d’Osheaga, j’ai décidé de changer d’air. J’ai ressorti mon chapeau de cow-boy pour aller faire un tour à Lasso du 14 au 16 août, puis un vieux chandail des Sainte Catherines pour me rendre au Vans Warped Tour les 21 et 22 août. Le contraste est très marqué entre les deux et c’en est fascinant.

D’abord, après cinq ans, Lasso, sur un bel élan, semble s’installer pour durer, tandis que le Vans Warped Tour (VWT), festival emblématique des années 1990, tente un retour après un arrêt de quatorze ans. Avec Mexico, puis Washington, Long Beach et Orlando aux États-Unis, Montréal fait partie des cinq villes où s’arrête cette année le VWT.

Sur le site, là où se dressait l’immense fer à cheval de Lasso, s’érige plutôt pour le VWT une très haute rampe de skateboard en demi-lune où défilent des athlètes de haut niveau, en planche et en BMX. Comme si l’on avait viré le fer à l’envers ! La perspective au bas de la colline, qui donne sur la rampe en U et s’ouvre sur la scène Off the Wall, est à couper le souffle.

Les foules de Lasso et du VWT n’ont pas grand-chose en commun, à part d’être amicales et inclusives (pas reçu de petits coups de coude dans les flancs comme à Osheaga, où se rassemblent 151 000 spectateurs sur trois jours plutôt que deux). Il y avait plus de monde au VWT qu’à Lasso (51 000 spectateurs contre 43 500), et plus de scènes.

Un truc vraiment sympathique à Lasso, c’est la tente où l’on nous propose des cours de danse en ligne. Ça m’émerveille quand, tout à coup, pendant la prestation d’un artiste, tout le monde s’y met spontanément. Au VWT, on a eu droit en revanche à quelques mosh pits et circle pits — les seconds me font beaucoup rire : tout à coup, une petite foule massée à l’avant se met à tourner en rond, comme le petit train à la maternelle. Il y a eu un peu de bodysurfing — j’ai même vu un petit gars de 8-9 ans planer sur les mains tendues de la foule pendant le concert de Suckerpunch, groupe local franco de pop punk. D’ailleurs, dans les deux événements, les familles sont les bienvenues — on a même offert de jolis chapeaux noirs aux deux petits cow-boys qui nous accompagnaient à Lasso. Au milieu de l’après-midi, quand le soleil nous descend droit sur la noix, le chapeau de cow-boy prend tout son sens, il m’a manqué au VWT.

Où pensez-vous que j’ai entendu une reprise de Jolene ? Pas à Lasso, non ! Difficile de résister à la proposition de Spike and the Gimme Gimmes, des reprises punk d’hymnes populaires comme Rocket Man, Straight Up, Wild World, I Will Survive, etc. Pourquoi bouder son plaisir, semblait se dire la foule réunie, d’un âge médian que je fixerais, à vue de nez, à 38 ans. C’est peut-être ce qui explique que j’aie aperçu seulement deux crêtes punk (mohawks). « Le monde est rendu trop vieux, ils font de la calvitie », ai-je entendu. Mais quelques-uns avaient encore assez de cheveux pour se faire teindre des têtes de mort sur le crâne, haha !

Lasso avait réservé une place aux groupes locaux : Léa Jarry et Krystel Mongeau, figures montantes de la scène country-pop au Québec, et Gab Bouchard y étaient. Du côté du VWT, de Béton Armé à Simple Plan en passant par Mulch, Basterds et Despised Icon, entre autres, encore plus d’artistes locaux avaient leur place. Et les musiciens francos du lot, même quand ils chantaient en anglais, ne se sont pas gênés pour s’adresser à la foule en français. Il m’a semblé entendre plus de français parmi les festivaliers au VWT qu’à Lasso, où la foule m’a semblé plus jeune.

Un souhait sincère, pour Lasso, adressé à l’efficace programmatrice Audrey Johnson : si l’on ouvre la programmation à des artistes aux racines americana, comme Mumford & Sons, pourrait-on aussi faire une place à de grosses pointures d’ici, comme Guylaine Tanguay et le groupe Salebarbes ? Puis, tant qu’à y être, pourquoi ne pas aller jusqu’à inviter Marjo et Québec Redneck Bluegrass Project ?

Je n’en reviendrai jamais de la chance que j’ai de pouvoir fréquenter un festival d’été d’envergure, chez moi, sur un site que je connais comme le fond de ma poche. À l’heure dorée, quand la température s’adoucit et que les têtes d’affiche se pointent, il y a toujours un moment où je me sens remplie de gratitude. Déjà la fin du festival et de la chronique, et je n’ai même pas eu le temps de vous parler du plaisir nostalgique que j’ai éprouvé à voir jouer des groupes comme Sublime et Pennywise, des formations qui ont rythmé mon adolescence. Jamais je ne pourrai résister au plaisir d’aller flâner au parc pour écouter de la bonne musique, entourée d’amis. Je n’y peux rien, je suis une ado de 50 ans ; j’y traînerai encore probablement à 75.

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