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La liberté d’association, c’est uniquement pour les associations qui plaisent au gouvernement ?
Le 9 octobre 2026, Alain Soral a reçu un courrier officiel du ministère de l’Intérieur l’informant de l’intention du gouvernement de dissoudre Égalité & Réconciliation (E&R). Le document invoque l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure, qui permet notamment de dissoudre une association accusée de provoquer à la discrimination, à la haine ou à la violence. Le média associatif ERFM est également visé.
Le ministère détaille dans sa notification plusieurs publications et commentaires qu’il juge haineux, notamment envers les Juifs, les immigrés, les femmes et les personnes LGBT. Alain Soral conteste cette lecture et dénonce une « persécution inique ». Son association dispose de dix jours pour répondre aux accusations. Aucune dissolution définitive n’a encore été prononcée.
Aujourd’hui Égalité & Réconciliation, demain une autre association ?
C’est probablement l’aspect le plus préoccupant de cette procédure. En France, une dissolution administrative n’exige pas de condamnation pénale préalable de l’association. Elle peut être décidée par décret en Conseil des ministres. Autrement dit, le gouvernement prend lui-même l’initiative d’une mesure capable de mettre fin à l’existence d’une organisation.
Le danger d’un usage politique de cet instrument mérite d’être pris au sérieux. Qu’une association déplaise à un ministre, à un parti ou à des groupes d’influence ne devrait jamais suffire à justifier sa disparition. Pour des organisations indépendantes, comme pour les médias critiques dont Le Média en 4-4-2, l’enjeu est essentiel : pouvoir contester une politique sans craindre qu’un désaccord soit transformé en motif de fermeture. Les régimes juridiques ne sont pas toujours identiques, mais le principe démocratique reste le même.
Laurent Nuñez avait signalé Alain Soral dans l’affaire Epstein
Cette démarche intervient huit mois après un signalement effectué en février 2026 par Laurent Nuñez auprès de la justice. Le ministre avait réagi à une publication dans laquelle Alain Soral évoquait une « mafia juive » à propos de l’affaire Jeffrey Epstein.
L’essayiste défend l’emploi de cette expression en la comparant à celle de « mafia italienne » : désigner un réseau criminel sans accuser toute une population.
Alain Soral conteste cette interprétation. Selon lui, parler de « mafia juive » dans l’affaire Epstein revient à désigner un réseau d’individus, et non à accuser l’ensemble des Juifs. Il fait le parallèle avec l’expression « mafia italienne », qui ne signifie évidemment pas que tous les Italiens appartiennent à une organisation criminelle. Toute la controverse porte donc sur le sens donné à ses propos et sur la réalité du réseau qu’il entend dénoncer.
Au même moment, en février, Jack Lang avait bénéficié d’une protection policière dans le contexte de l’affaire Epstein, alors qu’une enquête financière le concernant était ouverte. Le contraste peut nourrir le sentiment d’un traitement inégal.
De Jordan Bardella à la gauche radicale, l’influence politique de Soral
Autre particularité du calendrier : la dissolution envisagée survient après les révélations concernant les liens idéologiques entre Alain Soral et une partie de la jeunesse du Front national, notamment dans l’entourage de Jordan Bardella.
Dans son entretien du 11 octobre avec Marcel D., Soral affirme : « Bardella fait partie de la génération […] que j’ai formée politiquement. » Plusieurs enquêtes ont effectivement documenté l’influence de ses travaux sur certains militants et futurs cadres du RN.
Égalité & Réconciliation revendique depuis sa création une ligne associant « gauche du travail » et « droite des valeurs ». Ce positionnement explique une partie de son audience auprès de personnes venues d’horizons politiques différents. Faire disparaître cette structure reviendrait également à supprimer un espace de diffusion de cette doctrine, sans faire nécessairement disparaître les idées ni ceux qui les partagent.
Alain Soral en Russie : un exil politique qu’il présente comme une résistance
Depuis son installation en Russie, Alain Soral poursuit ses activités politiques et ses prises de parole, loin d’une France qu’il affirme avoir dû quitter à la suite de ses condamnations judiciaires. Un exil qu’il présente non comme un abandon, mais comme une manière de continuer son combat depuis l’étranger.
Difficile de ne pas penser au général de Gaulle, parti à Londres en 1940 pour poursuivre la lutte depuis l’extérieur. Bien sûr, les contextes historiques sont radicalement différents. Mais le parallèle porte sur une idée précise : lorsqu’un homme estime ne plus pouvoir mener son combat dans son propre pays, l’exil peut devenir un moyen de poursuivre son action plutôt que d’y renoncer. Pour Alain Soral, c’est désormais depuis la Russie que cette démarche se poursuit.
La liberté d’association doit aussi protéger ceux que l’on conteste
Le gouvernement doit désormais examiner les arguments présentés par Égalité & Réconciliation. Si la dissolution est prononcée, l’association pourra saisir le Conseil d’État. Mais le problème de fond demeure : en France, l’exécutif dispose du pouvoir de faire disparaître une organisation par décret, sans condamnation pénale préalable de celle-ci.
On peut être en désaccord avec Alain Soral, critiquer ses propos, voire les combattre, sans pour autant souhaiter la disparition de son association. Car aujourd’hui, c’est Égalité & Réconciliation qui est visée. Demain, ce pourrait être un autre collectif, une association indépendante ou une structure dont les prises de position dérangent le pouvoir.
La loi encadre les dissolutions et le juge peut les annuler. Encore faut-il que ces garanties empêchent toute utilisation politique de cette procédure. La liberté d’association ne vaut pas grand-chose si elle ne protège que ceux qui pensent comme le gouvernement. Une démocratie doit aussi laisser exister ses opposants, même les plus controversés, tant qu’ils agissent dans les limites de la loi.


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