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Catherine Durand et Mara Tremblay sont plus heureuses ensemble. Une sorte d’effet réciproque agit. Elles respirent le calme et exsudent l’enthousiasme. Cette influence bénéfique, on la sent depuis qu’elles sont officiellement alliées : trois ans déjà que Mara et Catherine sont Hauterive. Mais en ce midi de fin mai où, rue Rachel, Le Devoir les retrouve, leur force tranquille semble décuplée. « Ce soutien qu’on se donne, c’est précieux », affirme Catherine en souriant. « On se fait du bien. » Mara sourit aussi, et renchérit : « Plus on se connaît, mieux on est. »
Tout ce deuxième album intitulé Aire de repos en témoigne. Elles sont devenues quelque chose comme une entité plurielle, une création née de leurs singularités « tellement acceptées qu’on peut aller plus loin dans la collaboration sans se nier », explique Mara. « On est un mélange plus… organique ! », résume Catherine. Du Hauterive plus intégré que le premier album, déjà beau à chérir, mais qui était quand même plus prometteur que réussi. Aire de repos est une promesse dix fois tenue.
La méthode Hauterive
Une méthode Hauterive s’est développée chemin faisant, au gré des spectacles s’additionnant. Catherine : « La confiance est tellement grande. Il y a des chansons que Mara m’a envoyées, dans lesquelles j’ai bricolé. Changer le refrain, mettons, dans l’espoir que ça devienne un peu plus du Hauterive. Je pensais que la signature de Mara demeurait évidente, mais le constat est que plus on plonge, plus ça baigne. » Ravissement de Mara : « Il y a des chansons que j’ai faites, qui sont portées par sa voix à elle. » Splendide exemple, les premières lignes de Mes joues : « J’aimerais être une chanson / Pour habiter ta maison ». « J’en ai pleuré quand elle m’a chanté ça », déclare Mara, encore émue.
Mara sèche ses larmes et continue : « Depuis quelque temps, je fais des démos très simples. Je sors ce que j’ai à sortir. Ce qui est magique, c’est que je dompe ça dans la cour à Catherine [que l’image de dompe fait beaucoup rigoler] et elle va me rajouter des beaux accords. Moi, après une heure sur une chanson, je suis à bout. Alors, je passe le relais à Catherine. » Dans l’entrevue aussi, Catherine prend le relais. « C’est mon rôle. J’écoute la toune à Mara. Si je pense que le refrain pourrait être plus fort, il n’y a pas de gêne. Je prends son refrain, je le mets à la poubelle, et j’en écris un autre. » Et c’est Mara que la poubelle fait pouffer.
Pas besoin de préprod
La réussite de cet album tient à ce qu’on peut de moins en moins deviner qui a fourni quoi. Mara concourt : « Je n’ai tellement plus à jouer à ce jeu de l’identification. » Des harmonies, de l’unisson, il y a toujours exactement ce qu’il faut, ce que la chanson demande. « On sait où on s’en va, je pense, non seulement Mara et moi, mais nos collaborateurs aussi », se réjouit Catherine. « La section rythmique est la même que pour le premier album. À la batterie Victor [Tremblay-Desrosiers, fils de Mara], à la basse Marie-Anne [Arsenault], c’est solide. S’est ajouté Dan Lacoste, qui est un champion des guitares. On n’a pas fait de préprod. Ils avaient entendu les chansons guit-voix, il n’y avait aucun arrangement. Ça s’est fait naturellement. »
Le résultat, fort beau, est plus uniformément folk rock. « Par bouts, commente Catherine, je trouve que ça fait Tom Petty. Dire ça, pour moi, c’est une qualité. » Le mixage de Ghyslain Luc Lavigne y est pour beaucoup, précise-t-elle : « C’est pas mal lui le meilleur qu’on a au Québec pour trouver le bon son. » Mara l’entend : « Ça donne un album cohérent. Du Hauterive à notre goût, notre projet comme on l’avait en tête. » Catherine regarde Mara avec affection. « Nous deux, on prend toujours le temps. On discute, on essaie des variantes. Et à la fin, la décision s’explique. Pour les voix, les harmonies, l’instrumentation, il y a toujours une raison. Mara est très bonne pour ça : elle a toujours un argument. » Mara, fière, assume sa nature : « J’aime ça, argumenter ! C’est comme ça qu’on progresse. C’est communiquer. »
En spectacle, le plus souvent dans des salles à jauge moyenne, 150 à 200 personnes, cette qualité de contact se propage à tout le monde. Catherine confirme : « On se regarde beaucoup, Mara et moi, et on regarde les gens avec la même intensité. Quand je suis spectatrice, je suis comme ça aussi. C’est comme si ces artistes que j’aime lisaient dans mon cœur, dans ma vie. » Mara va plus loin : « Un artiste de qualité, c’est quelqu’un qui parle en mon nom, aussi. Je me sens validée parce que ce que je ressens a été nommé, chanté. »
Admiratrices et amies
Avant d’être Hauterive, elles ont souvent été spectatrices l’une de l’autre. Mara rappelle qu’elles ont été instantanément amies. « Festival d’été de Québec, conférence de presse, 1999. La première fois que je t’ai vue arriver vers moi, je vais toujours me souvenir de ça. » Catherine réagit en badinant : « Je lui ai fait de l’effet ! » Puis elle raconte : « Je l’admirais beaucoup, Mara. Elle m’intimidait beaucoup, en fait. J’avais peur d’elle. Moi, j’étais la petite fille propre, dans mon premier clip, j’étais dans des champs de fleurs. Mara, elle était plutôt dans le fond d’une cour à scrap, avec une bouteille de Jack Daniel’s. Mais ben fine, finalement. »
Commentaires croisés. Mara : « Être bipolaire, ça donne un certain style, mais mélangé avec Catherine, ça adoucit un peu. » Catherine : « J’étais là pour adoucir le chihuahua qui jappe fort, des fois. Mais qui mange pas ! » Quel effet se font-elles, 27 ans plus tard ? Catherine : « Moi, elle me pousse plus loin. Elle me déstabilise. » Mara lâche : « Je la crisse à l’eau ! » Rigolade à deux. Catherine reprend : « Elle me pousse dans des coins où je ne vais pas toute seule. » Mara la complimente : « Elle est rendue qu’elle fait des méchants solos de guitare ! » Catherine relativise : « Ouin… C’est tout le temps la même affaire… » Mara ne ment pas, pourtant. « C’est ça, nous deux, dit-elle simplement. On s’encourage et ça nous permet d’être meilleures. Vraiment. »
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