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Air France se plie aux exigences d’Israël et écarte des pilotes en raison de leur nationalité

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Israël impose ses critères de nationalité aux équipages, Air France les relaie, même pour ses salariés français à double nationalité.

31 nationalités dans le viseur, Air France au garde-à-vous

L’information a été révélée le 10 octobre 2026 par une enquête de Mediapart. Dans une note interne destinée à ses pilotes et personnels navigants commerciaux, Air France transmet une nouvelle directive du ministère israélien des Transports.

La consigne est parfaitement explicite : « Aucun membre d’équipage entrant dans l’espace aérien israélien ne doit détenir la nationalité ou la double nationalité d’un État sans relations diplomatiques formelles avec l’État d’Israël. »

Sont notamment concernés les ressortissants d’Algérie, de Tunisie, d’Iran, du Pakistan ou encore du Liban. Au total, 31 nationalités seraient visées.

Le plus savoureux ? Un pilote franco-algérien, formé en France, travaillant pour une compagnie française et détenteur d’un passeport français, peut désormais se retrouver exclu d’une rotation vers Tel-Aviv.

Son expérience professionnelle ? Aucun problème. Ses qualifications ? Irréprochables. Son deuxième passeport ? Veuillez descendre de l’avion.

Et Air France ne se contente pas de transmettre l’information. La compagnie prévient que le non-respect de cette directive pourrait exposer le salarié et l’entreprise à des sanctions.

Voilà une conception particulièrement souple de l’indépendance française : quand Israël fixe les conditions, Air France adapte ses plannings.



Une « tentative d’attentat » qui tombe à pic pour justifier une exclusion collective

À l’origine de cette directive, une prétendue tentative d’attentat à bord d’un avion reliant Dubaï à Tel-Aviv. Un copilote omanais aurait attaqué le commandant de bord avant de tenter de précipiter l’appareil au sol. Une histoire aux allures de mauvais scénario hollywoodien, dont nous avions déjà pointé les invraisemblances dans un précédent article.

Faute d’éléments indépendants permettant de confirmer tous les détails du récit, difficile de prendre cette version pour argent comptant. Mais pour les autorités israéliennes, nul besoin d’attendre que les zones d’ombre soient dissipées : cette histoire suffit désormais à justifier l’exclusion de personnels navigants appartenant à 31 nationalités.

Un scénario bien commode pour étendre les mesures de sécurité à des salariés qui n’ont évidemment rien à voir avec l’incident. Et Air France, plutôt que de contester ce principe de suspicion collective, choisit de s’y conformer.

À croire qu’en matière de discrimination, il suffit désormais d’invoquer la sécurité pour que la direction trouve la mesure parfaitement acceptable.

Air France demande aux salariés de faire eux-mêmes le tri

Selon les informations rapportées le 11 octobre, Air France aurait initialement envisagé que les salariés déclarent les nationalités concernées. Face aux objections syndicales et aux difficultés juridiques, la compagnie aurait finalement privilégié une autre solution : inviter les personnels visés à se retirer volontairement des rotations vers Israël, sans justification obligatoire.

Une méthode assez remarquable. La direction n’établit pas officiellement un fichier des salariés concernés, mais elle leur demande de tirer eux-mêmes les conséquences de la directive.

Autrement dit, le tri existe toujours. On laisse simplement aux employés le soin de s’en charger.

En France, la lutte contre les discriminations est pourtant régulièrement présentée comme une priorité. Mais lorsqu’une puissance étrangère impose ses propres critères aux activités d’une entreprise française, les grands principes semblent soudain beaucoup moins encombrants.

Cette différence de traitement rappelle les controverses entourant l’affaire du parc Tyrovol, où un refus d’accueil concernant des enfants israéliens avait suscité de vives réactions politiques et judiciaires.

Les situations juridiques ne sont pas identiques. Mais la question de la cohérence des indignations mérite d’être posée.

Et le gouvernement français, il embarque ou il regarde passer l’avion ?

Le plus préoccupant reste l’attitude de la compagnie. Air France pouvait expliquer les exigences israéliennes, contester leur portée ou demander publiquement des garanties pour ses salariés.

À ce stade, aucune opposition officielle de cette nature n’a été établie.

La France sait pourtant afficher de grands principes lorsqu’il est question de droits humains. Reste à savoir ce qu’ils valent lorsqu’une entreprise stratégique française reçoit des instructions étrangères fondées sur la nationalité.

Cette affaire s’ajoute à un contexte politique déjà explosif, dans lequel les relations entre Paris et Israël font l’objet de critiques concernant notamment la guerre à Gaza.

Pour Air France, une chose semble acquise : la compagnie sait parfaitement distinguer ses salariés. Pas nécessairement selon leurs compétences, mais selon les exigences du pays de destination.

Liberté, égalité, fraternité. Pour les correspondances, voir directement avec Tel-Aviv.

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