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Il y a Pogačar, qui, après avoir conforté sa réputation d’invincibilité, renforcé les inévitables soupçons de dopage qui naissent dans sa roue et rejoint le légendaire quatuor des quintuples vainqueurs de l’épreuve en écrasant le Tour de France 2026, et alors que, survolant la Vuelta, il va réaliser le doublé en Espagne, se prend une mauvaise chute et se pète la clavicule.
Il y a « FAA », qui, sur la route du carré d’as à Flushing Meadows, retrouvait son adversaire le plus redoutable, qui ne tient même pas de raquette : la pression, ce n’est pas de la petite bière pour notre Félix, ex-troisième tête de série à l’US Open.
Il y a les Alouettes qui vont accéder aux séries éliminatoires, comme 66 % des équipes de la Ligue canadienne de football (LCF), et une autre espèce d’oiseau, les Blue Jays, qui sont en voie de rater celles du baseball majeur.
Il y a les Roses de Montréal qui dominent le classement de la Super Ligue du Nord (SLN) de soccer féminin, qui viennent de battre le record d’assistance de cette même SLN au stade Saputo et qui ont le plus beau nom d’équipe de toutes les formations sportives montréalaises. Un nom qui rappelle à la fois la grande marche féministe Du pain et des roses (1995-2025) et une célèbre famille militante, révolutionnaire et terroriste du Québec… Une chance qu’elles ne jouent pas en Arabie saoudite !
Il y a le gros Aaron Donald, qui, à 35 ans, sort de sa retraite pour revenir jouer comme plaqueur défensif avec les Rams de la NFL. En 2022, son plaqué du quart réussi aux dépens de Joe Burrow dans la dernière minute de jeu avait confirmé la victoire des Béliers au Super Bowl. Pendant ses dix saisons, cet habitué du Pro Bowl a cumulé 111 plaqués du quart et 543 plaqués. Plusieurs centaines de fois, son cerveau a donc été secoué comme une boule de Jell-O dans sa boîte crânienne. Son retour au jeu à un âge vénérable coïncide avec la publication d’une étude qui conclut que le quart (25 %) des anciens joueurs de la NFL souffrent du syndrome de l’ETC (encéphalopathie traumatique chronique) ou, dit plus simplement : de dégénérescence cérébrale. Ça ne lui tentait pas de rester à se bercer chez lui en buvant de la bière sur la terrasse, ou d’aller à la pêche, à la place ?
Et il y a Canadien, qui, inactif sur le marché des échanges et à l’encan des joueurs autonomes, ne s’est pas amélioré d’une cenne pendant l’été. Quid de ce véritable centre de deuxième trio dont tout le Québec se languit depuis un an ? Et qu’est-il advenu de cette louable intention d’ajouter quelques kilos de robustesse et d’expérience à la ligne bleue pour protéger les arrières de Hutson et cie ? Sans parler d’un peu de « papier sablé » sur le troisième trio… Je l’ai dit, je le redis et je l’écrirai encore après l’élimination hâtive du Tricolore le printemps prochain, suivie du congédiement de Martin St-Louis quelque part entre le mois de juin et l’apparition des premières flambées de rouge dans les frondaisons des érables : la route de la Stanley était ouverte en 2026, mais à la fin, Canadien, abandonné par son coach, a manqué de cœur et baissé les bras. Les petits gars ont ensuite regardé une équipe juste un peu plus qu’ordinaire lui filer sous le nez jusqu’au gros trophée.
Bon, alors on dirait bien que voici venu le doux temps de se remettre au boulot… Déjà, au moment où je partais en vacances, j’avais décidé de consacrer ma chronique de la rentrée à la course à pied. Pas celle des Audrey Leduc et des Andre De Grasse, non. Ni surtout celle des coureurs d’ultramarathons et d’Ultra-Trails qui sont du genre à se faire souffrir pendant trois ou quatre jours de suite en dormant debout comme les chevaux. Pour ces sportifs de l’extrême, la haute montagne et ses glaciers semblent avant tout être une source de pics sur Instagram. Mais devant certains événements climatiques, ils vont peut-être devoir courir encore plus vite, car je ne vois personne — même pas une version améliorée en laboratoire d’Usain Bolt — pour battre de vitesse la terrifiante coulée de boue qui a récemment dévalé la vallée de la Bhotekoshi, au Népal.
Non, moi, je vous parle de la fille et du gars ordinaires qui courent dans les rues de mon quartier, et du vôtre. Du garçon de 15 ans qui passe, Nike aux pieds et écouteurs aux oreilles, et du monsieur de 60 ans qui pratique exactement le même sport que lui, mais dans une vieille paire d’Asics et sans la moindre montre-bracelet équipée de capteurs ultrasensibles au poignet. Je vous parle de cet écrivain qu’une vieille tendinite chevillère est revenue hanter au printemps, et qui s’est ensuite démoli un genou au cours d’un match de basket de rue improvisé. Qui s’est ensuite accordé quelques semaines de repos (plusieurs, en fait), avant de décider qu’il se trouvait maintenant devant un choix : ou bien tu marches jusqu’à la fin de tes jours, ou bien tu reprends le volant, façon de parler : dix minutes de marche pour réchauffer le moteur, puis tester la mécanique, la cheville, le genou, en trottant sur quelques coins de rue pour commencer.
Cette affaire courante, c’est moi.
Fermée pour cause de travaux jusqu’en octobre, notre rue est bouchée, à une extrémité, par un déploiement de machinerie et une impressionnante montagne de garnotte que j’ai baptisée « mont America ». Cet été, devant chez nous, dynamitages mis à part, c’était aussi tranquille que le long d’un chemin de terre au cœur de la campagne. On ne s’ennuyait ni des pick-up d’entreprises de travaux paysagers et autres experts des pelouses en détresse qui foncent comme des camions de pompiers à travers le voisinage, toujours pressés d’arriver et encore plus de repartir, ni des conducteurs au pied pesant en général.
Me voici donc de retour sur mon parcours, dans ma routine, casquette des Harfangs enfoncée sur le crâne, lunettes noires sur le pif et joues tartinées d’un soupçon de crème solaire, on n’est jamais trop prudent. Madame Hélène n’y est plus, qui était comme un repère et qui a marché jusqu’à la fin. Mais le riche jardin floral de monsieur Jean embaume toujours l’espace de leur bout de rue. Une conversation de voisins m’attend peut-être devant la maison suivante.
Depuis que ma blonde m’a appris à respirer par le ventre, même après une si longue pause, je n’ai aucun mal à accorder mon souffle au rythme des premières foulées. L’air m’emplit par le milieu, et me voilà parti… Soudain, la campagne électorale et la guerre des tarifs paraissent loin. Quand respirer par le nez ne suffit plus, il y a le jogging.
Romancier, écrivain indépendant et chroniqueur sportif atypique, Louis Hamelin est l’auteur de dix-sept livres.


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