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Affaire Thélyson Orélien : les Éditions du Boréal admettent ne pas disposer de preuves

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Les Éditions du Boréal, qui ont publié C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien au Québec en mars dernier, après avoir reçu le manuscrit en septembre 2025, ont indiqué mercredi ne pouvoir infirmer ou confirmer les allégations d'utilisation de l’intelligence artificielle (IA) par l’auteur. L'éditeur assure cependant se tenir à ses côtés et conserver le livre en librairies afin de laisser les lecteurs faire leur choix.

Ce communiqué fait suite au texte envoyé mardi par Thélyson Orélien dans lequel il nie à nouveau avoir eu recours à l’IA pour écrire C’était ça ou mourir, mais dans lequel il admet des plagiats.

L’écrivain canado-haïtien y raconte avoir commencé la rédaction de C’était ça ou mourir à l’automne 2017, puis en avoir achevé la rédaction au printemps 2019.

Nous aurions aimé pouvoir apporter des réponses définitives aux allégations qui le visent, mais, outre sa parole, nous ne disposons pas, à ce jour, d’éléments nous permettant de retracer avec précision l’historique du manuscrit avant le 12 septembre 2025, date à laquelle il a été reçu par notre équipe, ont écrit les Éditions du Boréal dans un communiqué envoyé mercredi matin.

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Rappelons que, le 22 septembre dernier, lors du début de l’affaire Thélyson Orélien, l’auteur âgé de 38 ans avait déclaré au quotidien français Libération : Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis.

Aucune certitude

En entrevue à Tout un matin mercredi, Renaud Roussel, codirecteur général des Éditions du Boréal, a expliqué que Thélyson Orélien avait transmis des éléments à la maison d’édition, mais a refusé d’en révéler la nature par souci de confidentialité.

Ces éléments-là ne sont pas concluants d’une manière ou d’une autre, c’est-à-dire qu’on ne peut pas confirmer ou infirmer les allégations qui ont été faites au sujet de l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Pour véritablement démentir [ces allégations], il faudrait qu’il y ait une version très proche du manuscrit qu’on a reçu et qui date d’une période [...] antérieure à l’apparition de l’intelligence artificielle, a-t-il ajouté plus tard dans l’entrevue.

Renaud Roussel estime ne pas avoir à exiger de preuves des auteurs édités par les Éditions du Boréal.

L’auteur est le seul à en connaître la réalité et à pouvoir expliquer vraiment son processus, a-t-il précisé. En tant qu’éditeur, ce n’est pas notre rôle d’enquêter sur sa démarche. Nous ne sommes pas des enquêteurs, nous ne sommes pas des journalistes, nous ne sommes pas non plus des juges. Nous l’avons encouragé à nous transmettre des éléments. Ensuite, ce qu’il souhaite ou non nous transmettre ou révéler au grand public, cela le regarde.

Le codirecteur général des Éditions du Boréal a également souligné la difficulté d’obtenir des preuves, un éditeur ne sachant pas exactement combien de temps et comment un auteur travaille sur un manuscrit avant de l'envoyer.

Comment prouver les différentes étapes d’un manuscrit ? Comment prouver qu’à un moment donné, il y a eu ou il n’y a pas eu d’intelligence artificielle ? Ce qu’on juge, c’est la version finale, a-t-il dit.

Les Éditions du Boréal restent solidaires

Renaud Roussel a réitéré que son équipe et lui n’avaient pas eu recours à l’IA pour réaliser le travail éditorial effectué sur C’était ça ou mourir.

Il a également souligné le fait qu’un logiciel de détection d’IA comme Pangram n’apporte pas de réponses définitives.

Je me dois de lui faire confiance. Je me dois de le soutenir en l’absence de preuves irréfutables qui viendraient véritablement confirmer ces allégations-là, a-t-il souligné.

Aujourd’hui, nous avons une machine qui a produit des résultats, une machine dont la fiabilité est souvent remise en question, et nous avons la parole d’un auteur. Entre les deux, entre la machine et l’auteur, je choisis la parole de l’humain.

Le livre « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien.

« C’était ça ou mourir » a été publié au Québec par les Éditions du Boréal.

Photo : Radio-Canada / Simon LaSalle

Ne pas faire l’amalgame

Quant aux révélations concernant le plagiat de plusieurs auteurs auquel s’est livré Thélyson Orélien et pour lequel il a plaidé l’erreur de jeunesse mardi, la maison d’édition a condamné, par communiqué, sans réserve ces actes qui heurtent leurs valeurs les plus chères.

Au micro de Patrick Masbourian, Renaud Roussel a reconnu que ce plagiat sème le doute, mais il a tenu à le distinguer de la polémique entourant C’était ça ou mourir.

C’est important pour nous [...] de ne pas faire l’amalgame entre ce plagiat qui a eu lieu et qui ne concerne pas C’était ça ou mourir et la réalité du processus créatif de C’était ça ou mourir et des allégations d’intelligence artificielle.

Thélyson Orélien absent du Salon du livre de Montréal

Les Éditions du Boréal ont donc décidé de ne pas retirer C’était ça ou mourir de la vente. Ce roman sur les migrants reste un succès en librairie, malgré les allégations d’utilisation de l’IA.

Nous aurions la même position si ce livre ne marchait pas commercialement, a affirmé Renaud Roussel. Tant que nous n’aurons pas de preuves dans un sens ou dans l’autre de preuves définitives, nous maintiendrons notre soutien au livre [...] Il a été aimé par les lecteurs. [...] Ce n’est pas notre rôle de prendre la décision de retirer ce livre aujourd’hui.

Selon les chiffres de la Société de gestion de la BTLF, qui produit chaque année le Bilan Gaspard, les ventes de C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, ont baissé de 37 % la semaine dernière. Le livre se classe quatrième des ventes dans les librairies indépendantes et onzième sur l’ensemble du marché.

Malgré le recul des ventes, C’était ça ou mourir reste le meilleur vendeur de l’année en librairie, a indiqué, par courriel, Patrick Petitclerc, directeur ventes et développements de la Société de gestion de la BTLF.

Les données de la Société de gestion de la BTLF n'incluent pas les chiffres des ventes des librairies Renaud-Bray. C’était ça ou mourir occupe la quatrième place du palmarès des ventes de cette chaîne de librairies.

Est-ce que les Éditions du Boréal publieront un autre livre de Thélyson Orélien à l’avenir? Renaud Roussel a refusé de se prononcer sur cette question. Il a aussi précisé que l’auteur sera pour l’instant absent du Salon du livre de Montréal, qui se déroulera du 25 au 29 novembre.

Nous ne voulons pas profiter commercialement en attirant le plus de monde possible et en risquant de mettre en danger l’auteur qui a quand même fait l’objet de menaces et de certains propos offensants, a-t-il expliqué.

Dans son communiqué, la maison d’édition québécoise avait déclaré joindre sa voix à celle de Thélyson Orélien pour dénoncer les attaques dont il continue de faire l’objet, car rien ne justifie de faire de lui le bouc émissaire de nos peurs et de nos doutes face à la place grandissante de l’IA. 

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