NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Par Eric V.
La reculade de la direction de Radio France dans l'affaire de Charles Sapin et de sa chronique illustre une nouvelle fois le mal de notre République : l'incapacité de l'élite publique (en l'espèce celle de Sibyle Veil, patronne de Radio France) à manager correctement ses équipes, malgré les leçons de "courage" et de "responsabilité" dont elle aime si souvent à se targuer.
Par franchise, je commence cette chronique en signalant que je suis contributeur sporadique (et bénévole) à Valeurs Actuelles. Certains pourront penser que cette collaboration (bien légère au demeurant, et sur des bases saines, puisque je ne cache pas mon mépris pour la transformation progressive du journal, comme du JDD, en chronique des chiens écrasés par les Arabo-Musulmans qui prépareraient une imaginaire guerre civile contre les Français de souche) influence les lignes qui suivent. Libre à eux de le penser...
Mais ils se trompent.
Je vais épargner aux lecteurs la diversion que je vois partout (je pense au post d'Alexandre Devecchio sur Linkedin, qui en constitue une brillante illustration) où il est de bon ton d'accabler la gauche "sectaire" qui a mené la fronde, et de louer les intentions paraît-il louables de la pourtant défaillante Sibyle Veil, patronne de Radio France.
Pour ma part, comme je n'ai nul service à demander à Sibyle Veil, et nulle intention de bénéficier des ondes de Radio France, je me permets de traiter ce qui me semble le point essentiel : l'échec managérial majeur que représente le renoncement final à une chronique hebdomadaire de quelques minutes confié à un intervenant qu'une intersyndicale a décidé de se payer.
Reprenons les faits en quelques mots...
Avant l'été, en bouclant sa grille de rentrée, Céline Pigalle, directrice de France Inter depuis mars, cherche un éditorialiste politique qui représente « les idées et les valeurs de la droite républicaine », en pendant de Camille Vigogne, du Nouvel Obs. Elle pense à Charles Sapin, alors au Point. Entre-temps, il rejoint Valeurs actuelles comme directeur adjoint de la rédaction. Elle l'appelle ; il lui dit qu'il y va pour en changer la ligne ; elle maintient.
Le recrutement est annoncé le 26 août, à Radio France et à France Télévisions. Première chronique le dimanche 30 août. Le 2 septembre, les salariés votent la grève. Le 3, Sibyle Veil refuse tout retrait dans Le Monde. Le 10, Céline Pigalle s'explique au micro de la médiatrice et pose elle-même la clause de sortie : « s'il se produisait quoi que ce soit d'équivalent à ce qui s'est produit dans le passé dans ce journal, il faudrait arrêter ». Grève les 13 et 14 septembre. Le 19, la direction propose de transformer l'édito en séquence de débat ; Sapin refuse et s'en va. Bilan : deux chroniques, aucun incident d'antenne, et une clause de sortie actionnée sans que sa condition ait été remplie.
Il y a bien là une reculade, très différente de l'attitude suivie lors de la grève historique de 63 jours, fin 2019 et début 2020, contre 299 suppressions de postes et 60 M€ d'économies imposées par le gouvernement, ou de l'attitude lors de l'affaire Meurice, licencié en juin 2024 pour « déloyauté répétée », après une mise en garde de l'Arcom et la réitération à l'antenne, le 28 avril, de sa blague sur Nétanyahou — alors même que la plainte pour provocation à la haine avait été classée sans suite au printemps. Radio France a sanctionné au-delà de ce que la loi exigeait.
Ceci pose la question des raisons expliquant la reculade dans l'affaire Sapin.
Celle-ci illustre bien le "courage" managérial à géométrie variable en vigueur dans certains milieux parisiens - instabilité managériale qui tétanise tant de cadres intermédiaires et nourrit la méfiance quotidienne de ceux-ci dans les fonctions qui leur sont confiées. Beaucoup le savent : avoir un patron énarque (mais polytechnicien, HEC ou Saint-Cyrien, ce n'est guère mieux), dans l'administration, suppose d'apprendre un langage codé. Officiellement, le patron est un héros de guerre, dans la pratique, il est absorbé par des calculs politiques où son déroulement de carrière indique plus ou moins secrètement le Nord de sa boussole décisionnelle.
L'affaire Sapin le confirme.
L'énarque Sibyle Veil à la manoeuvre
Dans le déroulement de cette crise, la directrice générale de Radio France, Sibyle Veil, n'a guère mouillé la chemise. Pourtant, elle est un poids lourd de la caste au pouvoir en France, et l'on peut penser que son rôle, vu la dimension politique de l'affaire, consistait à prendre position et à tenir la ligne de front.
Mais cette énarque illustre bien le pourrissement de la caste par l'intérieur. Par cette expression, je ne la vise pas personnellement, et je ne pense pas en l'espèce qu'elle soit pire que les autres. C'est tout notre sujet : le management par l'énarchie est devenu une question de système, de culture, de modèle transmis à l'école, où la personnalité de ceux qui sont aux responsabilités importe au fond assez peu. Le processus managérial à suivre laisse peu de place à l'innovation individuelle, il repose tout entier sur des "marqueurs" collectifs auxquels il vaut mieux ne pas déroger, même si l'on s'appelle Sibyle Veil, née Petitjean, et que l'on est camarade de promotion d'Emmanuel Macron.
Je soutiens en revanche que le système managérial des grands corps de l'État est vicié de l'intérieur. Il consiste à prendre le moins de risque possible pour ne pas nuire à sa réputation et à sa carrière, mais à faire grief aux subalternes des risques qu'ils n'ont pas pris pour servir la notoriété du chef. Je l'ai soutenu la semaine dernière, je le confirme par l'exemple aujourd'hui.
Pourquoi les polytechniciens et les énarques n’ont aucun courage managérial mais beaucoup de mépris social
On a supprimé les grands corps en 2021 ; six cents agents y demeurent. Pourquoi un système qui retire la chute ne peut produire aucun arbitrage difficile.
Le Courrier des StratègesRédaction

Un cas d'école presque pur
Dans l'affaire Sapin, Sibyle Veil a parfaitement déroulé le manuel de management en vigueur à l'ENA.
D'abord, elle a laissé Céline Pigalle en première ligne. Certes, Sibyle Veil a donné le change dans une interview au Monde début septembre, mais là encore, le geste mérite d'être compris.

Donner une interview au Monde, ça ne se refuse pas, surtout si cela donne l'occasion de jouer aux héros des temps modernes, imposant la "pluralisme" à une maison qui n'aime pas ça, ou qui limite sa compréhension du pluralisme à la gauche bobo des beaux quartiers. Cette interview était par ailleurs l'occasion de signaler aux "politiques" que la directrice générale avait bien entendu les messages passés (souvent maladroitement et de façon contre-productive, au demeurant) par la commission Alloncle.
Bref, Sibyle Veil a pris une part d'énarque dans le conflit : elle s'est montrée dans la presse, elle a fait de belles phrases, puis elle a rangé son carquois et elle a fait machine arrière pour retrouver la paix sociale.
Pourquoi avait-elle mieux tenu en 2020 ? Parce que le plan d'économies était une commande politique.
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est elle, au JDD, le 14 décembre 2019, au vingtième jour de grève : « Au moment où le montant des économies était décidé par l'État en 2018, je me suis battue pour défendre tout ce que Radio France apporte à la société, mais aussi pour qu'on ne me dicte pas la façon de procéder. » Le pouvoir la soutenait et avait l'initiative ; il ne lui restait qu'à tenir. Et elle tenait, dans le même entretien, avec des mots qu'on relit aujourd'hui avec intérêt : « Non, ce serait irresponsable. […] L'immobilisme, lui, n'est pas à l'ordre du jour. Ce projet prépare l'avenir de Radio France, il n'y a pas d'alternative. »
Et ceci, qui vaut pour toute grève, y compris celle des 13 et 14 septembre : « Il ne doit pas y avoir de disproportion entre mobilisation réelle et mobilisation ressentie. » Elle chiffrait alors elle-même : 25 % de grévistes le premier jour, 2 à 3 % ensuite. Quel fut le taux des 13 et 14 septembre ? 12% sur le groupe, 38% sur France Inter. C'est l'ordre de grandeur de la première semaine de 2019, celle qu'elle avait traversée sans bouger avant d'en tenir soixante-deux autres.
Quand il s'agit d'obéir à un ordre, l'énarque est toujours plus courageux que quand il s'agit de réaliser ses propres initiatives.
Pourquoi avait-elle mieux tenu dans l'affaire Meurice ? Parce que l'Arcom faisait levier et menaçait.
Courageuse comme une énarque, donc
Revenons-en au fil : nous voyons ici se dessiner le courage managérial propre à l'énarchie.
Quand il s'agit d'appliquer des décisions prises par d'autres, l'énarque peut tenir sa ligne, avec plus ou moins d'adresse. Mais si l'affaire tourne mal, il peut rejeter la responsabilité du naufrage sur les donneurs d'ordre et dégager la sienne.
Quand il s'agit d'appliquer ses propres décisions, l'énarque se montre beaucoup plus prudent. Il aime bien se montrer dans les journaux pour faire des effets d'annonce. Mais si l'affaire tourne mal, son réflexe est de chercher des lampistes pour payer à sa place, c'est-à-dire pour endosser l'échec.
Tel est le courage managérial de ceux à qui le pouvoir administratif est confié. Une seule obsession : ne jamais se mettre en danger personnellement, se dérober toujours à la responsabilité ultime de ses propres actes.




























.jpg)






French (CA)