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Accusé de « négationnisme », un avocat force le Barreau de la C.-B. à corriger ses affirmations sur Kamloops

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En 2021, l’annonce de la découverte de 215 « tombes anonymes » sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops a bouleversé le Canada. Les drapeaux ont été mis en berne, des statues ont été déboulonnées, des églises ont été incendiées et les gouvernements ont multiplié les excuses officielles et les engagements financiers.

Or, cinq ans plus tard, une réalité demeure inchangée : aucune des 215 sépultures annoncées n’a été exhumée, et aucun corps n’a été retrouvé sur le site de Kamloops.

Ce simple constat factuel est pourtant devenu, pour certains militants et certaines institutions, une position presque impossible à exprimer publiquement sans risquer d’être accusé de « négationnisme ».

Les récents développements entourant le Barreau de la Colombie-Britannique illustrent jusqu’où cette logique peut mener.

Une poursuite qui force un recul

Selon le National Post et Business in Vancouver, l’avocat criminaliste Jim Heller contestait depuis 2024 le contenu d’une formation obligatoire imposée aux avocats de la Colombie-Britannique.

Cette formation affirmait qu’un « site funéraire non marqué contenant les corps de 215 enfants » avait été découvert à Kamloops, et que cette découverte confirmait les témoignages des survivants.

Pour Heller, cette affirmation était tout simplement inexacte. Les relevés par géoradar (Ground Penetrating Radar, GPR) avaient identifié des anomalies dans le sol, mais aucune excavation n’avait permis de confirmer la présence de restes humains. Il demandait donc que le matériel pédagogique soit modifié afin de refléter les faits disponibles.

Sa proposition n’a pas seulement été rejetée.

Le BC First Nations Justice Council l’a qualifiée de résolution « raciste » et de « négation du génocide des pensionnats ». Le Barreau de la Colombie-Britannique a lui-même publié un communiqué laissant entendre que cette démarche démontrait précisément la nécessité de cette formation obligatoire.

Estimant avoir été diffamé, Heller a poursuivi le Barreau.

Deux ans plus tard, le dossier s’est conclu par un règlement confidentiel. Mais surtout, le Barreau a discrètement modifié le contenu de sa formation.

La formulation initiale, qui présentait comme un fait établi la découverte de 215 corps, a disparu. Elle a été remplacée par une formulation beaucoup plus prudente évoquant environ 200 « cibles d’intérêt » détectées par géoradar qui pourraient correspondre à des sépultures probables.

Cette nuance est loin d’être anodine.

Elle correspond beaucoup mieux à ce que les spécialistes du géoradar expliquent depuis le début : cette technologie permet d’identifier des anomalies souterraines, mais elle ne permet pas d’établir avec certitude qu’il s’agit de tombes ni encore moins d’identifier des restes humains sans excavation.

Une confusion devenue intouchable

Depuis 2021, une confusion s’est installée dans le débat public canadien.

Les relevés géophysiques, qui constituaient une piste d’enquête, ont rapidement été présentés comme la preuve définitive de fosses communes contenant les corps de centaines d’enfants.

Cette interprétation s’est imposée dans une grande partie des médias, des institutions publiques et du discours politique.

Pourtant, même la Commission de vérité et réconciliation n’avait jamais affirmé avoir découvert ces corps. Son rapport concluait que plus de 3 000 enfants étaient décédés pendant leur séjour dans les pensionnats et qu’il était probable que plusieurs aient été enterrés dans des cimetières associés aux écoles, souvent abandonnés ou mal entretenus. Elle recommandait justement que les recherches se poursuivent afin d’identifier ces lieux de sépulture.

Autrement dit, reconnaître l’existence de décès dans les pensionnats ne revient pas nécessairement à affirmer que les 215 anomalies détectées à Kamloops correspondent à 215 corps retrouvés.

Quand le débat devient impossible

L’affaire Heller met surtout en lumière un phénomène plus inquiétant.

Plutôt que de répondre aux arguments factuels portant sur la nature des données géophysiques, plusieurs organisations ont préféré qualifier leur contradicteur de raciste ou de négationniste.

Cette stratégie a contribué à transformer une question de preuve en faute morale.

Le problème est que cette logique dépasse désormais largement le cas de Kamloops.

Au cours des dernières années, des universitaires, des journalistes, des juristes et d’autres observateurs ayant simplement demandé davantage de prudence dans les affirmations publiques ont parfois été accusés de nier un « génocide » ou de minimiser les souffrances des Autochtones.

Pour plusieurs, remettre en question une affirmation factuelle serait devenu comparable au négationnisme de l’Holocauste.

Cette analogie soulève pourtant un problème fondamental.

Le négationnisme consiste à nier des événements abondamment démontrés par une masse exceptionnelle de preuves historiques, documentaires, matérielles et judiciaires.

À Kamloops, le débat ne porte pas sur l’existence des pensionnats, ni sur les abus qui y ont été commis, ni sur les nombreux décès documentés d’enfants autochtones.

Il porte sur une question beaucoup plus précise : les anomalies détectées par géoradar constituent-elles, oui ou non, une preuve suffisante pour affirmer que 215 corps ont été retrouvés?

Or, même le Barreau de la Colombie-Britannique semble aujourd’hui reconnaître qu’il fallait employer un langage plus prudent.

Une démocratie a besoin de preuves

L’un des aspects les plus révélateurs de cette affaire est peut-être le suivant.

Jim Heller n’a jamais soutenu que les pensionnats étaient exempts d’abus ni que des enfants n’y étaient pas morts. Il demandait simplement que des professionnels du droit reçoivent une formation conforme aux faits établis.

Le fait qu’une telle demande ait pu conduire à des accusations publiques de racisme et à une poursuite en diffamation illustre le climat qui s’est installé autour de ce dossier.

Une société démocratique repose pourtant sur un principe simple : les affirmations extraordinaires exigent des preuves solides, et demander ces preuves ne devrait jamais constituer une faute morale.

Si des sépultures sont un jour confirmées à Kamloops par des excavations ou d’autres éléments probants, les faits parleront d’eux-mêmes.

Mais tant que cette confirmation n’existe pas, exiger de la rigueur dans le langage utilisé par les institutions publiques ne relève pas du négationnisme.

Cela relève simplement de la recherche de la vérité.

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